«J’étais prise au piège»: de nouveaux témoignages contre Stéphane Métro, star de comédies musicales, déjà jugé pour atteintes sexuelles sur mineur

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  1. >**«J’étais prise au piège»: de nouveaux témoignages contre Stéphane Métro, star de comédies musicales, déjà jugé pour atteintes sexuelles sur mineur**
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    > «Libé» a recueilli des récits ciblant le chanteur, déjà condamné en 1996 pour des faits de pédocriminalité, mais malgré tout protégé : coach à «The Voice Kids», à l’affiche de spectacles prestigieux ou prof d’établissements réputés, il a pu continuer à travailler avec des jeunes, dont certains témoignent aujourd’hui.
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    > par Sylvain Chazot
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    > publié aujourd’hui à 12h05
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    > Dans sa boutique de chocolats, en banlieue parisienne, Alicia s’affaire. En cet après-midi d’automne, quelques jours avant Halloween, la jeune trentenaire range des sachets de douceurs et s’agite devant la vitrine. De l’autre côté, il y a la rue, et en face, le commissariat de Noisy-le-Grand. C’est là que, durant plusieurs années, le chanteur Stéphane Métro est venu pointer dans le cadre de son contrôle judiciaire. Crâne nu, traits fins et yeux sombres… ce visage est bien connu des amateurs de comédies musicales. Spécialisé dans les rôles malsains, il a joué le prince de Vérone dans le Roméo et Juliette de Gérard Presgurvic ou le comte Von Krolock dans le Bal des vampires de Roman Polanski. Le hasard prend un drôle de chemin : Alicia a plusieurs fois aperçu ce visage depuis sa vitrine. C’est celui de l’homme qu’elle accuse de faits de pédocriminalité et dont le procès pour atteintes sexuelles sur mineur par personne ayant autorité aura lieu mercredi après six ans d’attente. Alors Alicia trépigne. Et fume beaucoup. Elle sera présente au tribunal de Bobigny. L’accusé la reconnaîtra-t-il ? A l’époque des faits, elle arborait une chevelure blonde naturelle. Il y a sept ans, juste avant de déposer plainte, elle a décidé de se teindre en brune.
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    > Durant six mois, Libération a recueilli son témoignage ainsi que ceux de cinq autres victimes, quatre femmes et un homme. Certains n’avaient jamais raconté leur histoire. Tous décrivent le même procédé, celui d’un homme qui a su user de sa position pour convaincre et contraindre des adolescents d’avoir des relations intimes avec lui. Tout au long de notre enquête, une question va s’imposer : comment un individu, condamné pour des faits de pédocriminalité en 1996 et visé par une nouvelle plainte en 2016, a-t-il pu continuer à travailler si longtemps avec des enfants ? Car mercredi, il s’agit bien du deuxième procès pour Stéphane Métro. La première fois, c’était au printemps 1996 devant le tribunal de grande instance de Privas, en Ardèche. A tout juste 20 ans, il était condamné à 18 mois de prison avec sursis pour «atteinte sexuelle avec violence, contrainte, menace, surprise» sur deux mineurs de 11 ans. Selon l’enquête de police, il a agressé sexuellement ces jeunes enfants en touchant leurs parties génitales, masturbant l’un d’eux et pratiquant une fellation à l’autre. Assortie de trois ans de mise à l’épreuve et d’une inscription sur son casier judiciaire, cette condamnation n’a jamais empêché l’homme de travailler avec des mineurs, de Disneyland Paris à l’Académie internationale de comédie musicale (Aicom), en passant par The Voice Kids ou La France a un incroyable talent. En 1996, le juge lui avait ordonné une obligation de soins mais pas d’interdiction de travailler avec des enfants. Son casier judiciaire a donc été nettoyé à la fin de cette période de trois ans. Et à l’époque, le fichier des auteurs d’infractions sexuelles et violentes n’existait pas.
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    > **«J’étais sa petite protégée»**
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    > L’année de sa condamnation, Stéphane Métro a ainsi pu rejoindre Disneyland Paris en tant que performer parade. Ce qui pose la question du recrutement des «cast members» du parc d’attractions de Marne-la-Vallée. Un extrait de casier judiciaire est-il exigé ? Comment expliquer que Métro soit passé entre les mailles du filet ? Contactée à plusieurs reprises, la direction de Disneyland Paris n’a pas répondu à nos questions. Amie du chanteur, Sandrine fut, elle, assistante chorégraphe dans le merveilleux monde de Mickey. C’est là qu’elle a rencontré Stéphane Métro. Avec son époux, Grégoire (1), ces trois-là sont devenus inséparables : «On vivait quasiment à trois. Et quand on a eu notre fille avec Grégoire, c’était une évidence : Stéphane serait le parrain.» Quand elle refait le film dans sa tête, Sandrine se dit qu’elle aurait dû se rendre compte. Mais «on n’a rien vu», souffle-t-elle, installée devant une tasse de thé vert, un après-midi d’octobre.
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    > Sandrine n’est pas la seule : pendant plus de quinze ans, personne ne va rien voir, ou presque. En 2000, quatre ans après sa condamnation, Stéphane Métro intègre ainsi le Centre artistique de Trilport (CAT), en Seine-et-Marne, où il donne des cours de comédie musicale à des ados et des enfants âgés, pour certains, de 7 ans à peine. C’est à cette époque qu’il rencontre Alicia. Elle est la fille de la gardienne de Sandrine et Grégoire, à Noisy-le-Grand. Ils présentent l’ado à Métro afin, pourquoi pas, de l’intégrer au spectacle qu’ils ont coécrits tous les trois : 1939 . Sa voix et son physique d’enfant, malgré ses 13 ans, collent parfaitement à l’histoire mais le rôle principal devait être tenu par un garçon de 10 ans. Le scénario est alors modifié pour Alicia. Cela commence comme un rêve : la jeune fille répète deux à trois fois par semaine chez Métro. Ses parents le rencontrent, ils ont confiance. «On n’est qu’élève et professeur mais on se rapproche. J’étais sa petite protégée» , témoigne-t-elle.
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    > > «J’ai mal. Il s’en fiche. Il me dit : Pense au plaisir.»
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    > > Alicia, victime de Stéphane Métro
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    > En 2003, Alicia a 14 ans. Elle est au collège et, amours naissantes, elle flirte avec un garçon de son établissement. Elle s’en livre à son prof. Ce dernier change alors d’attitude. «On était dans son studio où il vivait avec sa compagne enceinte. Il m’a attrapée par la main et il m’a fait asseoir sur ses genoux. Il m’a dit : “J’ai beaucoup d’amour pour toi” mais il disait qu’il fallait être discret, qu’il prenait des risques et pouvait aller en prison.» Et le rêve devient cauchemar. «On a une relation sexuelle. Sans préliminaire. Il me sodomise. Pendant deux ans, ça sera comme ça. Il me sodomise parce qu’il a peur que je tombe enceinte, raconte Alicia en larmes. Aucune tendresse, pas de préliminaire et une fois que c’est fini, je suis libre de partir.» Libre de partir mais sous sa coupe : le professeur de chant filme leurs ébats ou lui demande de se raser le sexe avant chaque rapport. L’accusé a reconnu ces faits devant la police. Après deux ans de relations anales, le mentor veut des relations vaginales avec l’adolescente. Elle a 16 ans, il en a 29. «J’ai mal. Il s’en fiche. Il me dit : “Pense au plaisir.”» Elle coupe les ponts en 2006 mais reste proche de Sandrine. Dix ans plus tard, le 1er janvier 2016, elle lui raconte tout. «J’ai été étonnée sans l’être», admet Sandrine, qui trouve dans les révélations d’Alicia des réponses à des questions qu’elle avait «refoulées» pendant des années au sujet de son ex-ami. Les deux femmes cherchent alors quelle suite donner à l’affaire. Elles décident d’écrire toute l’histoire dans un livre, le Pardon, qu’elles mettent à disposition sur Internet. Et surtout, elles s’interrogent : Alicia est-elle la seule victime ? La réponse est non.
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    > **«Il m’a fait mal, encore une fois. J’avais peur»**
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    > «Pense au plaisir.» Cette phrase revient souvent dans les témoignages que Libération a recueillis. Car le modus operandi va se répéter : Stéphane Métro se rapproche d’un ou une élève et instaure une relation quasi paternelle avec eux, faisant miroiter sa carrière et ses contacts dans le monde des comédies musicales. Les échanges se multiplient par SMS ou la messagerie de Facebook. C’est comme ça que [Métro s’est approché de Gwendal Marimoutou](https://www.liberation.fr/societe/police-justice/gwendal-marimoutou-je-veux-dire-aux-enfants-quil-ne-faut-pas-avoir-peur-de-parler-des-abus-sexuels-dont-ils-sont-victimes-20221212_MYNWONNYQZFTNF2UPKYHE73GY4/). Le jeune homme, qui interprète Simba dans le Roi Lion au théâtre Mogador, raconte son histoire pour la première fois. Il a croisé la route de Métro en 2009, dans les coulisses de l’émission La France a un incroyable talent. Il a alors 14 ans. Métro le coache pour la demi-finale. L’année suivante, Gwendal est élève junior à la prestigieuse Aicom, l’école de comédie musicale fondée par [Pierre-Yves Duchesne](https://www.liberation.fr/societe/droits-des-femmes/tous-les-eleves-ont-peur-de-lui-pierre-yves-duchesne-directeur-dune-ecole-de-comedie-musicale-accuse-dagressions-sexuelles-et-de-harcelement-20220610_XQIO4RU2IJF47PVRP74JOKF7YU/), dont [Libération a révélé les pratiques discutables en juin dernier](https://www.liberation.fr/societe/droits-des-femmes/on-sait-quon-nest-plus-tout-seul-a-lacademie-de-comedie-musicale-les-eleves-sunissent-face-au-directeur-pierre-yves-duchesne-20220612_3MJX3AOYSNGCFLT3C7IK7FTD7Q/). Métro y est professeur. Il va abuser de Gwendal pendant des mois et avoir des relations sexuelles avec lui. Métro le pénètre à plusieurs reprises.

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