Égoïsme allemand, protectionnisme américain… Perclus de dettes et de déficits, en proie à l’inflation, l’Hexagone risque de se retrouver marginalisé.
Rarement on a senti les représentants de l’industrie française aussi nerveux. Face à l’envolée des coûts de l’électricité et du gaz en Europe, ils sont persuadés que le pays n’a plus réellement la capacité de réagir comme l’exigerait la gravité de la situation. « On n’a plus les moyens de notre politique à cause de notre déficit, c’est aussi simple que ça. La France est coincée par son budget et par l’Europe, alors que l’Allemagne ne l’est pas », s’alarme un pilier du patronat industriel français, pas mécontent de s’épancher sur les dangers du moment.
La situation tranche avec celle que l’on nous annonçait après la crise du Covid, quand le gouvernement espérait une vague de relocalisations. La guerre russe en Ukraine a tout chamboulé. Le spectre d’un nouveau train de délocalisations des industriels gourmands en énergie aux États-Unis ou en Asie, où les prix restent beaucoup plus sages, hante désormais l’Europe et singulièrement l’Hexagone. Les sites de production d’aluminium, pressés de se décarboner, sont particulièrement menacés, comme les hauts-fourneaux d’ArcelorMittal à Fos-sur-Mer. L’heure est suffisamment grave pour que le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, ait officiellement invité la presse au siège de l’organisation patronale, avenue Bosquet, le 16 novembre pour sonner le tocsin. « Il existe un risque général de compétitivité pour l’Europe vis-à-vis de la Chine, de l’Asie et des États-Unis », a souligné le patron des patrons.
Priorité aux ménages. Lesté par une dette publique élevée, de 112 % du PIB contre 98 % avant la crise sanitaire, le gouvernement est soupçonné de ne pas être en mesure d’imiter Berlin, qui a mis 200 milliards d’euros sur la table pour sauver son économie du naufrage. Parmi les industriels français s’est imposée l’idée qu’Emmanuel Macron et son ministre de l’Économie et de la Souveraineté industrielle, Bruno Le Maire, ont tiré l’essentiel de leurs cartouches pour protéger la population de l’inflation qui ronge le pouvoir d’achat et que les entreprises sont laissées pour compte. « L’option politique qui a été choisie a été d’indemniser davantage les ménages. La priorité absolue leur a été donnée », lâche abruptement notre représentant patronal influent, sous couvert d’anonymat. L’année prochaine, malgré une hausse de 15 % de l’électricité et du gaz, le bouclier tarifaire pourrait coûter 45 milliards d’euros en fonction des prix du marché, quand les entreprises doivent pour l’instant se contenter d’une enveloppe « fermée » de 10 milliards d’euros, selon l’expression du ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire.
Après avoir dépensé sans compter pendant la crise du Covid, ce dernier veut à tout prix éviter de tirer le dernier chèque de son carnet. Aussi a-t-il vu rouge quand la Première ministre, Élisabeth Borne, a arbitré en faveur de la prolongation de l’indemnité carburant de quinze jours, jusqu’à la mi-novembre, alors que la CGT bloquait les raffineries du pays dans une grève préventive pour obtenir des hausses de salaires de la part de TotalEnergies. C’est que le syndrome britannique commence à inquiéter dans les couloirs de Bercy, où l’on craint d’être attaqué sur les marchés financiers, comme l’éphémère Première ministre Liz Truss. Un ministre l’avoue tout de go : « La dette n’est jamais un problème, jusqu’au jour où elle le devient. Ce n’est pas du tout une mécanique progressive, c’est comme la pluie de la mousson sur les toits indiens. On est chez soi tranquille, on boit son thé et, tout à coup, toute l’eau accumulée se met à tomber. En France, la moindre faute de gestion des finances publiques – en maintenant, par exemple, la remise carburant qui coûte 1,6 milliard par mois – risque de faire passer nos taux de 3 % à 4,5 % du jour au lendemain. Et là, on est morts. » Député macroniste de la commission des Finances, Charles Sitzenstuhl reconnaît que « le gouvernement a mis le sujet des finances publiques au second plan dans ce budget. On a pourtant commencé cette législature avec une alerte sur les finances publiques ».
>« La vieille mondialisation est morte ». Sans concessions suffisantes venues d’outre-Atlantique, il faudra bien convaincre les Allemands d’accepter de répliquer, ce qui n’a rien d’évident. « Dans la coalition allemande, le SPD a toujours été très atlantiste. Scholz fait des risettes à Biden toutes les trente secondes », s’agace un responsable hexagonal, toujours sous couvert d’anonymat.
J’avoue que j’ai un peu de mal à comprendre la nouvelle position des États-Unis. Ça ressemble énormément à du protectionnisme alors qu’ils sont censés être contre. Est-ce le début de la fin du néolibéralisme ?
>Geoffroy Roux de Bézieux, ait officiellement invité la presse au siège de l’organisation patronale, avenue Bosquet, le 16 novembre pour sonner le tocsin. « Il existe un risque général de compétitivité pour l’Europe vis-à-vis de la Chine, de l’Asie et des États-Unis », a souligné le patron des patrons.
Bof, on n’a qu’à taxer à mort les importations de tous ces trucs.
Ça y est Bruno a enfin signé le dernier chèque d’argent magique, après l’avoir annoncé 100 fois?
Accrochez-vous, l’année 2023 et les suivantes risquent de piquer.
Quelqu’un peut me rappeler le montant des aides publiques que l’état verse aux entreprises par an ?
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Égoïsme allemand, protectionnisme américain… Perclus de dettes et de déficits, en proie à l’inflation, l’Hexagone risque de se retrouver marginalisé.
Rarement on a senti les représentants de l’industrie française aussi nerveux. Face à l’envolée des coûts de l’électricité et du gaz en Europe, ils sont persuadés que le pays n’a plus réellement la capacité de réagir comme l’exigerait la gravité de la situation. « On n’a plus les moyens de notre politique à cause de notre déficit, c’est aussi simple que ça. La France est coincée par son budget et par l’Europe, alors que l’Allemagne ne l’est pas », s’alarme un pilier du patronat industriel français, pas mécontent de s’épancher sur les dangers du moment.
La situation tranche avec celle que l’on nous annonçait après la crise du Covid, quand le gouvernement espérait une vague de relocalisations. La guerre russe en Ukraine a tout chamboulé. Le spectre d’un nouveau train de délocalisations des industriels gourmands en énergie aux États-Unis ou en Asie, où les prix restent beaucoup plus sages, hante désormais l’Europe et singulièrement l’Hexagone. Les sites de production d’aluminium, pressés de se décarboner, sont particulièrement menacés, comme les hauts-fourneaux d’ArcelorMittal à Fos-sur-Mer. L’heure est suffisamment grave pour que le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, ait officiellement invité la presse au siège de l’organisation patronale, avenue Bosquet, le 16 novembre pour sonner le tocsin. « Il existe un risque général de compétitivité pour l’Europe vis-à-vis de la Chine, de l’Asie et des États-Unis », a souligné le patron des patrons.
Priorité aux ménages. Lesté par une dette publique élevée, de 112 % du PIB contre 98 % avant la crise sanitaire, le gouvernement est soupçonné de ne pas être en mesure d’imiter Berlin, qui a mis 200 milliards d’euros sur la table pour sauver son économie du naufrage. Parmi les industriels français s’est imposée l’idée qu’Emmanuel Macron et son ministre de l’Économie et de la Souveraineté industrielle, Bruno Le Maire, ont tiré l’essentiel de leurs cartouches pour protéger la population de l’inflation qui ronge le pouvoir d’achat et que les entreprises sont laissées pour compte. « L’option politique qui a été choisie a été d’indemniser davantage les ménages. La priorité absolue leur a été donnée », lâche abruptement notre représentant patronal influent, sous couvert d’anonymat. L’année prochaine, malgré une hausse de 15 % de l’électricité et du gaz, le bouclier tarifaire pourrait coûter 45 milliards d’euros en fonction des prix du marché, quand les entreprises doivent pour l’instant se contenter d’une enveloppe « fermée » de 10 milliards d’euros, selon l’expression du ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire.
Après avoir dépensé sans compter pendant la crise du Covid, ce dernier veut à tout prix éviter de tirer le dernier chèque de son carnet. Aussi a-t-il vu rouge quand la Première ministre, Élisabeth Borne, a arbitré en faveur de la prolongation de l’indemnité carburant de quinze jours, jusqu’à la mi-novembre, alors que la CGT bloquait les raffineries du pays dans une grève préventive pour obtenir des hausses de salaires de la part de TotalEnergies. C’est que le syndrome britannique commence à inquiéter dans les couloirs de Bercy, où l’on craint d’être attaqué sur les marchés financiers, comme l’éphémère Première ministre Liz Truss. Un ministre l’avoue tout de go : « La dette n’est jamais un problème, jusqu’au jour où elle le devient. Ce n’est pas du tout une mécanique progressive, c’est comme la pluie de la mousson sur les toits indiens. On est chez soi tranquille, on boit son thé et, tout à coup, toute l’eau accumulée se met à tomber. En France, la moindre faute de gestion des finances publiques – en maintenant, par exemple, la remise carburant qui coûte 1,6 milliard par mois – risque de faire passer nos taux de 3 % à 4,5 % du jour au lendemain. Et là, on est morts. » Député macroniste de la commission des Finances, Charles Sitzenstuhl reconnaît que « le gouvernement a mis le sujet des finances publiques au second plan dans ce budget. On a pourtant commencé cette législature avec une alerte sur les finances publiques ».
>« La vieille mondialisation est morte ». Sans concessions suffisantes venues d’outre-Atlantique, il faudra bien convaincre les Allemands d’accepter de répliquer, ce qui n’a rien d’évident. « Dans la coalition allemande, le SPD a toujours été très atlantiste. Scholz fait des risettes à Biden toutes les trente secondes », s’agace un responsable hexagonal, toujours sous couvert d’anonymat.
J’avoue que j’ai un peu de mal à comprendre la nouvelle position des États-Unis. Ça ressemble énormément à du protectionnisme alors qu’ils sont censés être contre. Est-ce le début de la fin du néolibéralisme ?
>Geoffroy Roux de Bézieux, ait officiellement invité la presse au siège de l’organisation patronale, avenue Bosquet, le 16 novembre pour sonner le tocsin. « Il existe un risque général de compétitivité pour l’Europe vis-à-vis de la Chine, de l’Asie et des États-Unis », a souligné le patron des patrons.
Bof, on n’a qu’à taxer à mort les importations de tous ces trucs.
Ça y est Bruno a enfin signé le dernier chèque d’argent magique, après l’avoir annoncé 100 fois?
Accrochez-vous, l’année 2023 et les suivantes risquent de piquer.
Quelqu’un peut me rappeler le montant des aides publiques que l’état verse aux entreprises par an ?