L’image du Rassemblement national se normalise, ses idées restent rejetées

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  1. **Si le parti d’extrême droite apparaît plus modéré, notamment auprès des sympathisants de droite, Marine Le Pen reste majoritairement perçue comme un danger pour la démocratie, selon une étude Kantar Public-Epoka pour « Le Monde » et Franceinfo.**

    La France s’est faite à l’idée d’un Rassemblement national (RN) aux portes du pouvoir, mais ses idées fortes restent très minoritaires. Après une campagne présidentielle durant laquelle Eric Zemmour a imposé des thématiques identitaires tandis que Marine Le Pen tentait de s’afficher comme protectrice des Français, le RN et sa présidente apparaissent comme recentrés et proches de la droite républicaine. Pas de quoi, pour autant, en faire un parti prêt à gouverner dans l’esprit des Français, qui ne veulent pas non plus de ses mesures les plus radicales.

    Tels sont les enseignements paradoxaux du baromètre annuel Kantar Public-Epoka pour Le Monde et Franceinfo, une enquête réalisée en face-à-face, du 29 novembre au 6 décembre, sur un échantillon repré­sentatif de 1 014 personnes sélectionnées selon la méthode des quotas. La force de cette enquête réside dans sa durée, puisque les mêmes questions sont posées chaque année, pour certaines depuis bientôt quarante ans.

    « On constate une accoutumance à la présence du RN dans le paysage politique ; son contact n’est plus disqualifiant ni infamant. Pour autant, il n’a pas conquis les esprits de manière spectaculaire », résume Emmanuel Rivière, directeur des études de Kantar. Pour Marine Le Pen, cette enquête recèle aussi des sujets d’inquiétude : « Sa crédibilité pour gouverner n’est pas totalement restaurée et, sur le fond, ses idées fortes ne progressent pas, voire régressent dans l’opinion publique. »

    **Un désir d’ordre accru, les tensions identitaires en baisse**

    Plus de pouvoir à la police, défendre les valeurs traditionnelles de la France, rétablir le service militaire : si ces idées restent majoritaires dans l’opinion et en légère hausse depuis janvier, témoignant d’un besoin d’ordre, elles restent loin des niveaux atteints après les attentats de 2015. L’enquête révèle en outre une décrispation vis-à-vis des étrangers et de l’islam, malgré l’écho donné aux idées d’Eric Zemmour.

    Une minorité de sondés prône l’interdiction du port du voile islamique dans l’espace public (45 %, – 6 points par rapport à mai 2021) et l’idée selon laquelle « on accorde trop de droits à l’islam et aux musulmans en France » n’a jamais été aussi peu partagée depuis que la question est posée, en 2010 (41 %).

    Moins d’un tiers des sondés souhaitent la suppression de l’aide médicale d’Etat (AME) ou celle du droit du sol, deux propositions phares de Marine Le Pen. Les thématiques du RN, comme la menace pour l’identité de la France portée par la construction européenne, le besoin d’assimilation des personnes d’origine étrangère ou l’idée selon laquelle « on ne se sent plus vraiment chez soi en France », sont également minoritaires chez tous les électeurs, hormis les siens. D’où, sans doute, la volonté du parti d’être identifié sur des thématiques plus sociales.

    **Le RN perçu comme plus modéré**

    Globalement, les idées du RN emportent l’adhésion de 31 % des sondés, ce qui reste inférieur au chiffre obtenu en 1991 ou entre 2012 et 2017. Ce score est néanmoins en hausse de 2 points. Parallèlement, elles effraient moins : seulement 57 % des personnes interrogées sont en désaccord avec les thèses du RN, un chiffre qui n’a jamais été aussi bas.

    De même, seulement 46 % des sondés estiment que le RN représente un danger pour la démocratie en France – une baisse de 12 points depuis l’élection présidentielle de 2017, lorsque son accession au pouvoir était jugée possible. Le différentiel entre le poids politique du RN et la perception d’un « danger » n’a jamais été si fort.

    Cette opinion confirme celle qui tend à présenter le RN comme « plus modéré », partagée par 42 % des électeurs, notamment à droite, ou apte à « participer à un gouvernement ». Cette suggestion reçoit l’assentiment de 40 % des personnes interrogées (+ 6 points en un an), contre 43 % (– 9 points) estimant qu’il a plutôt « vocation à rassembler les votes d’opposition ». Jamais les deux courbes n’ont été aussi près de se croiser.

    **Auprès des électeurs du parti Les Républicains, la disparition du cordon sanitaire**

    Les sympathisants de droite et d’extrême droite sont largement convaincus (76 %) que le RN a la capacité de participer à un gouvernement. Ils sont 51 % à le penser chez Les Républicains (LR), un chiffre qui bondit de 19 %. Comme si la formation lepéniste devenait l’espoir d’un camp qui, jadis, refusait de le considérer comme un partenaire potentiel.

    D’ailleurs, un accord entre LR et le RN, « selon les circonstances » ou dans le cadre « d’une alliance électorale globale », serait jugé logique par 38 % des sondés, un chiffre en hausse de 11 points. Parmi les sympathisants de droite et d’extrême droite, ils sont sept sur dix à souhaiter une telle alliance. Pour l’heure, le RN comme LR se refusent à un accord d’appareils, l’extrême droite ayant l’espoir d’absorber progressivement l’électorat et les cadres intermédiaires de la droite républicaine.

    « Cette question clé connaît des changements significatifs, commente M. Rivière. C’est la question posée au RN pour les prochaines années. Est-ce que la France est suffisamment en rupture avec ses élites pour accorder 50 % à un parti qui vient de l’extrême droite, ou est-ce que la conquête du pouvoir passe par une stratégie d’alliance ? »

    **Marine Le Pen surmonte l’épisode Zemmour mais reste perçue comme un danger**

    Si le RN se banalise, ce n’est pas encore le cas de Marine Le Pen : la députée du Pas-de-Calais reste perçue comme un danger pour la démocratie par une majorité (54 %), un chiffre en hausse de 4 points alors qu’elle semble désormais plus proche du pouvoir.

    Toutefois, après avoir été doublée sur sa droite par Eric Zemmour, elle apparaît dans l’opinion comme la représentante d’une droite « patriote et attachée aux valeurs traditionnelles » (48 %, + 2 %), plutôt que « d’une extrême droite nationaliste et xénophobe » (36 %, – 4 %).

    Après avoir écarté le problème Zemmour et mené campagne sur le pouvoir d’achat, elle est vue comme « capable de rassembler au-delà de son camp » (45 %, + 13 %), « sympathique et chaleureuse » (39 %, + 6 %), et qui « comprend les problèmes quotidiens des Français » (52 %, + 10 %). Mais les doutes sur sa capacité à diriger le pays sont loin d’être évanouis. Seulement un quart des sondés estime qu’elle ferait une bonne présidente de la République, et 57 % la jugent capable de prendre des décisions – elle était à 69 % en 2017, avant le débat qui lui fut fatal, dans l’entre-deux tours de la présidentielle, face à Emmanuel Macron.

  2. Ses idées restent rejetées… vite dit. Les chiffres sont en accord avec les scores que le RN réalise à chaque élection. Si on faisait le même sondage à propos des idées phares de la NUPES, … on obtiendrait sans doute les mêmes scores. De là à conclure que leurs idées restent rejetées…

    On parle de rejet, mais dans une proportion qui est sensiblement pareille à la part d’électeurs qui ne votent pas pour ces idées.

  3. >Si le parti d’extrême droite apparaît plus modéré, notamment auprès des sympathisants de droite, Marine Le Pen reste majoritairement perçue comme un danger pour la démocratie

    Comprendre du pdv des sympathisants de droite : leurs (RN) idées sont désormais les nôtres mais ils (RN) veulent nous piquer notre place, ils sont donc dangereux

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