« Pour la Croatie, rejoindre l’euro et Schengen, c’est comme rentrer à la maison »

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  1. L’entrée de son pays dans la zone euro et dans l’espace Schengen au 1er janvier 2023 est l’aboutissement d’un long processus entamé il y a trente ans et « la réalisation d’un rêve », se réjouit Andrej Plenkovic, premier ministre croate, dans un entretien au « Monde ».

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    Andrej Plenkovic a pris une heure et demie de retard, mais il jubile. Jeudi 8 décembre, dans son bureau à Zagreb décoré d’un énorme sapin de Noël, assis dans un large fauteuil en cuir, le premier ministre croate a mis son interlocuteur, à Bruxelles, sur le haut-parleur de son téléphone portable pour entendre la nouvelle : les ministres de l’intérieur de l’Union européenne (UE) viennent d’accepter officiellement que [la Croatie rejoigne l’espace Schengen le 1er janvier 2023](https://www.lemonde.fr/international/article/2022/12/08/la-croatie-va-rejoindre-l-espace-schengen-et-la-zone-euro-a-partir-du-1er-janvier-2023_6153554_3210.html), tout en bloquant la Bulgarie et la Roumanie, qui étaient aussi candidates. Pour ce francophone, qui a été vice-ambassadeur de Croatie en France, et qui dirige le gouvernement croate depuis 2016, il s’agit d’un aboutissement. La disparition des frontières internes avec l’UE se fera le même jour que l’accession à la zone euro, qui avait été approuvée officiellement en juillet.

    ### Il y a trente ans, la Croatie était en guerre. Aujourd’hui, elle s’apprête à rejoindre Schengen et l’euro. Quelle est votre réaction ?

    C’est la réalisation des objectifs que le premier président croate, Franjo Tudjman, a clairement annoncés dès son discours du 30 mai 1990, au moment de la constitution du premier Parlement croate élu d’une manière pluraliste et démocratique. Son objectif était l’entrée de la Croatie dans l’Europe, au sens large. C’est ce qu’on a fait après avoir obtenu le statut de pays membre de l’OTAN en 2009, puis de pays membre de l’Union européenne en 2013.

    Lire l’archive : Article réservé à nos abonnés [Pour la Croatie, l’entrée dans l’espace Schengen est un enjeu majeur](https://www.lemonde.fr/international/article/2019/12/30/l-entree-dans-l-espace-schengen-un-enjeu-majeur-pour-la-croatie_6024390_3210.html)

    Quand je suis devenu premier ministre, en 2016, il restait Schengen et la zone euro. Nous avons fait un travail très complet, répondant aux 281 critères nécessaires pour entrer dans Schengen. Pour l’euro, il y avait des réformes très larges à faire, qui couvraient la gestion des entreprises publiques, la lutte contre le blanchiment d’argent ou encore des critères macroéconomiques… Cette entrée concomitante dans Schengen et l’euro représente un succès.

    ### Le 1er janvier, qu’allez-vous ressentir ?

    C’est vraiment la réalisation du rêve que la Croatie rentre à la maison. Voilà, nous y sommes. Il y a trente ans, la Croatie n’était même pas un acteur de la scène internationale. Aujourd’hui, on fait partie des quinze pays qui sont en même temps au sein de l’OTAN, de l’UE, de l’euro et de Schengen. La seule chose qui reste est de devenir membre de l’OCDE _[organisation de coopération et de développement économiques]_, ce qui serait la cerise sur le gâteau…

    ### Voilà pour les symboles. Mais qu’est-ce que ça va changer pour la Croatie d’être dans l’euro et Schengen ?

    D’abord, il faut savoir que la Croatie est déjà hautement « euro-isée » : plus de moitié de notre épargne et plus de la moitié de nos crédits sont dans cette monnaie. Plus de deux tiers de nos échanges économiques et plus de deux tiers des touristes viennent de la zone euro.

    Lire aussi : Article réservé à nos abonnés [L’élargissement de l’espace Schengen à trois nouveaux pays divise les Européens](https://www.lemonde.fr/international/article/2022/11/17/la-commission-europeenne-souhaite-l-entree-de-la-roumanie-de-la-bulgarie-et-de-la-croatie-dans-l-espace-schengen_6150221_3210.html)

    En entrant dans l’euro, nous serons moins exposés aux crises actuelles, notamment sur l’inflation. Les pays qui n’en font pas partie n’ont pas ce grand protecteur qu’est la Banque centrale européenne, avec toute la panoplie de mesures qu’elle peut utiliser _[son conseiller montre un graphique des taux d’intérêt des emprunts du gouvernement de Croatie, qui sont actuellement autour de 3,5 %, contre 6,5 % en Pologne et 9 % en Hongrie]._ Quant à Schengen, ça va énormément nous aider, parce que plus de moitié des touristes sur la côte croate viennent en voiture, en particulier d’Allemagne, d’Autriche, de Slovénie, du nord de l’Italie…

    ### La Croatie a perdu 10 % de sa population en une décennie, avec une émigration en masse vers le reste de l’UE, à la recherche de meilleurs salaires. Est-ce que la libre circulation des personnes au sein de l’UE est un problème ?

    Quand on a pris la décision stratégique, il y a de nombreuses années, d’aller vers l’Europe, on a décidé de la prendre dans son intégralité. Alors, c’est vrai, environ 230 000 Croates _[sur une population aujourd’hui de 3,9 millions d’habitants]_ ont utilisé le droit de la libre circulation des personnes, parce que les salaires sont plus élevés ailleurs. Mais je crois que cette migration n’est pas comme celles de la première ou de la seconde guerre mondiale, ou celle des années 1960 : il s’agit de gens qui partent mais prévoient de revenir. On l’a vu lors du Covid-19, avec pas mal de retours. Ça touche plutôt une période de la vie d’une certaine génération de Croates, en provenance essentiellement de certaines régions.

    ### La Croatie possède une très longue frontière avec la Bosnie. Depuis que vous êtes dans l’UE, vous êtes dans le marché unique et pas eux, ce qui freine de nombreux échanges commerciaux qui existaient de longue date. Est-ce que ça n’a pas créé une frontière artificielle ?

    D’abord, on s’y est habitué, ça fait trente ans que ça dure. Ensuite, je suis un fervent défenseur de donner le statut de candidat à l’accession à l’UE à la Bosnie-Herzégovine dès la semaine prochaine au Conseil européen _[le 12 octobre, la commission européenne a recommandé de donner officiellement à la Bosnie le statut de candidat ; le sommet européen du 15 décembre doit trancher]._ Pour nous, il y a un vrai intérêt stratégique pour deux raisons. D’abord, au nord, à l’est et au sud, nous avons une frontière avec la Bosnie. Par ailleurs, des Croates habitent en Bosnie, pour la plupart près des frontières.

    Lire aussi : Article réservé à nos abonnés [La Roumanie exaspérée par les réticences à son entrée dans l’espace Schengen](https://www.lemonde.fr/international/article/2022/11/25/la-roumanie-exasperee-par-les-reticences-a-son-entree-dans-l-espace-schengen_6151572_3210.html)

    Eric Albert(Zagreb, envoyé spécial)

  2. Fun fact : Léonarda (la fameuse) a désormais un passeport croate. Elle pourrait donc faire son retour en France bientôt.

    Elle aurait prévu de venir faire coucou à Hollande.

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