«C’est une catastrophe, on n’a jamais vu cela»: hémorragie de conseillers dans les agences bancaires

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  1. «C’est devenu une agence fantôme, se désole Joseph, client d’une agence bancaire Société générale à Paris. Alors qu’il y avait au moins deux conseillers bancaires, depuis un peu plus d’un an, il n’y en a plus un seul. Quatre bureaux sont vides. C’est le directeur de l’agence qui gère tout. Il est débordé et ne répond jamais aux messages.» Le cas de Joseph n’est pas isolé.

    Comme lui, de plus en plus de clients de banques se plaignent de ne plus avoir de conseiller dédié. Il est vrai que depuis la fin de la crise sanitaire, les démissions, qui étaient déjà la première cause de départ dans la banque en 2021 (7,6 % de turnover), sont devenues légion. Tout comme les abandons de poste, qui permettaient jusqu’à présent au salarié de toucher des indemnités chômage. Mais la loi vient de changer et ce ne sera plus possible à l’avenir.

    **Quête de sens**

    «Il y a une véritable hémorragie dans les banques avec beaucoup de départs, confirme Frédéric Hatsadourian, manager de la division banque et assurance au cabinet de recrutement Robert Walters. La tendance à l’œuvre depuis trois ans environ s’est accélérée il y a un peu plus d’an.» «C’est une catastrophe. On n’a jamais vu cela, abonde Frédéric Guyonnet, président du premier syndicat bancaire, SNB CFE-CGC. Les dernières enquêtes montrent que 30 % des salariés rejoignant le secteur bancaire démissionnent au bout de deux ans. Et 60 % ne sont plus là au bout de cinq ans. La majorité quitte le secteur.» Résultat, «il y a des trous partout, dans tous les réseaux bancaires et dans toutes les régions», ajoute-t-il. L’Île-de-France, premier bassin d’emploi français, ne fait pas exception: en ce moment, dans un grand réseau bancaire, une centaine de conseillers manqueraient à l’appel sur un total de plus de 2000.

    Les raisons du désintérêt grandissant pour le métier de conseiller en agence sont multiples. La première est certainement liée à la vigueur du marché de l’emploi, qui permet de changer d’employeur ou de secteur d’activité plus facilement que par le passé. Les autres causes de départ sont davantage en lien avec le métier lui-même. «Le secteur bancaire attire moins que par le passé, relève Frédéric Hatsadourian. Les jeunes recherchent des secteurs correspondant davantage à leurs aspirations.» Les métiers en lien avec la responsabilité sociale et environnementale, par exemple, font davantage recette. «Il y a des dizaines et dizaines de postes ouverts en ce moment avec très peu de candidats, note Renaud Garnier, directeur banque et services financiers au cabinet Michael Page. Les jeunes sont en quête de sens et l’expriment en entretien d’embauche. Ils ne veulent pas seulement vendre des produits bancaires, mais aspirent à faire du conseil qualitatif.»

    Or le métier de conseiller bancaire consiste pour beaucoup à vendre des produits financiers. «La pression commerciale augmente. En agence, c’est plus un métier de commercial que de conseiller», appuie Frédéric Hatsadourian. Même si les pratiques ont un peu évolué ces dernières années, les conseillers ont toujours des objectifs de vente à atteindre et dans la majorité des réseaux, ils touchent des primes. «La palette de produits financiers à vendre s’est élargie, allant de l’assurance auto à de l’épargne. Et le nombre de clients à gérer augmente», ajoutent Mathieu Gosselin, directeur, et Margaux Vignal, senior manager services financiers au cabinet de conseil Bartle. D’autres conseillers se plaignent aussi des contraintes administratives liées à l’importante réglementation du secteur. Ou de l’absence de télétravail pour les conseillers, alors que pratiquement l’ensemble du réseau y a droit.

    **Réflexions autour du télétravail**

    La rémunération est également critiquée. Les jeunes (bac + 2 ou 3) débutent en moyenne à partir de 26.000 par an (jusqu’à 35.000 euros) par an. Toutes les banques viennent de s’engager à des augmentations généralisées comprises entre 2,5 % et 3,5 % par an. «Mais dans certains réseaux, il peut être difficile d’évoluer», pointe Renaud Garnier. Résultat, dans ce contexte de pénurie, les conseillers en place sont très régulièrement débauchés par des banques concurrentes. Ce qui augmente encore le turnover dans les agences. Et nuit à la qualité de la relation avec les clients, qui même s’ils s’y rendent peu souvent restent attachés à l’agence bancaire. «En deux ans, j’ai changé trois fois de conseiller, s’emporte Marie. J’estime que c’est un vrai problème pour la gestion de mes comptes.»

    Les banques, qui en 2021 employaient 350.400 personnes selon l’Association française des banques (AFB), cherchent des solutions pour remédier aux problèmes de recrutement. Leurs besoins sont importants, même si depuis plus de dix ans, le secteur perd des effectifs (tous les départs ne sont pas remplacés). Les réseaux misent de plus en plus sur l’alternance (16.400 personnes en 2021). Plusieurs d’entre eux, comme BNP Paribas, ont créé des centres d’apprentissage et de formation. «L’alternance a plusieurs atouts, explique Frédéric Guyonnet. Cela permet de recruter dans tous les régions, notamment celles moins recherchées. Et c’est aussi un moyen de fidéliser de jeunes employés.».

    Pour renforcer l’attractivité du métier, les établissements réfléchissent aussi à la possibilité de permettre aux conseillers de faire un peu de télétravail, comme ce fut le cas pendant les périodes de confinement. «Les banques doivent aussi renforcer la digitalisation des processus, avance Renaud Garnier. Aux États-Unis, elles ont fait beaucoup d’efforts en matière d’expérience clients. Les agences sont devenues de véritables lieux de vie.» Rien ne dit que cela suffira pour convaincre les jeunes de devenir banquiers…

  2. Certains groupes poussent les conseillers dehors en leur collant des objectifs inatteignables ou en mettant des portefeuilles de + de 1000 clients, ce qui est tout simplement insoutenable à l’heure d’internet. Le métier a évolué avec le mail, les clients laissent des messages le soir et le conseiller qui doit déjà faire son quota de rendez-vous, monter les dossiers de prêts etc.. se retrouve bombardé de demandes qui se transforment vite en réclamations. Derrière tout ça, les principes dits ‘d’accueil partagé’ un client entre dans l’agence, pas de conseiller accueil mais le moins occupé qui doit se dévouer pour s’en occuper…
    Selon les groupes il n’est même plus question de conseiller attitré sans une convention plus chère.
    Bref ce sont bien les directions qui prennent tout le monde pour des jambons.

  3. Pas étonnant.

    Des salaires bof, des objectifs de vente qui peuvent parfois poser la question de la moralité (vendre une assurante auto et habitation à tout prix quand tu montes un dossier de prêt sous pretexte de refus de pret ou les super produits d’épargne inutile à des personnes agees).

    Faut etre motivé et pas trop regardant sur la moral pour devenir conseiller bancaire de nos jours

  4. Employée de banque ici. Je confirme tout ce qui se dit ici.
    Cependant c’est très variable selon les banques.
    Là où je suis c’est une agence énorme de centre ville on doit être quasiment 30, 1 seul départ hors retraite en 3 ans.
    Après on a des conditions de travail corrects, j’ai 500 clients, mélangés entre jeunes et vieux (que des jeunes c’est galère car ils te bombardent de mail pour un rien et que des vieux c’est chiant aussi car ils veulent des rdv pour rien ). Des primes régulières comme les augmentations (bon seulement 3.5 pour janvier) et des collègues et clients assez cool.

    Les collègues de la société génitale juste a côté c’est l’enfer, ils sont dix, et il ya eu une quinzaine de départs en 3 ans… Mais la société géniale, c’est un peu la mine.

  5. Ils servent à rien de toute façon. Et puis les banquiers on vous voit à nous proposer des crédits à la conso quand on pas de thune ou au contraire des trucs d’investissement quand vous en avez, bande de merde.
    Bon débarras.

  6. En même temps, quand j’ai eu besoin du mien et qu’il a annulé quatre fois d’affilée le rendez-vous sans explications… J’ai toujours eu l’impression de devoir le prendre en embuscade pour le forcer à bosser 25 secondes par jour. Qui commencent généralement par “Faites donc ça vous-même de chez vous par le site internet”.

  7. Spéciale dédicace à la conseillère qui m’avait balancé (alors que j’étais sans taf, que j’en cherchais, que je faisais des boulots de merde en intérim et que ma situation bancaire était calamiteuse) : “et sinon, vous avez pensé à chercher un travail ?”

    Tu vois Audrey, je me souviens de toi (ni oubli ni pardon) et je te souhaite d’attraper un jour une varicelle du cul en ayant des bras trop courts pour te gratter.

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