Affaire Bastien Vivès : « La jurisprudence est ambivalente et embarrassée »

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  1. **L’association Innocence en danger porte plainte contre l’auteur de bandes dessinées et ses éditeurs, accusés d’« incitation à la commission d’agressions sexuelles sur mineurs » et de « diffusion à un mineur de messages violents ». Trois livres sont visés, présentant tous des scènes d’abus sexuels sur des enfants.**

    Après avoir vu son exposition annulée par le festival de bande dessinée d’Angoulême, le dessinateur Bastien Vivès, accusé de faire l’apologie de la pédocriminalité dans certaines de ses œuvres, est désormais visé par une plainte pénale.

    Comme [l’a rapporté RMC](https://rmc.bfmtv.com/actualites/police-justice/bastien-vives-vise-par-une-plainte-pour-diffusion-d-images-pedopornographiques_AN-202212200027.html), celle-ci a été déposée lundi 19 décembre par l’association Innocence en danger (IED) contre Bastien Vivès et ses éditeurs, Glénat et les Requins marteaux. Elle porte sur trois infractions : « diffusion d’images pédopornographiques », « incitation à la commission d’agressions sexuelles sur mineurs » et « diffusion à un mineur de messages violents ».

    La plainte, que Mediapart a pu consulter, vise trois albums de Bastien Vivès. Le premier, Les Melons de la colère, paru en janvier 2011 dans la collection BD cul des éditions Requins marteaux, raconte l’histoire d’une adolescente, Magali, souhaitant réduire sa poitrine proéminente et victime de plusieurs viols de la part des médecins, puis de notables censés l’aider. On la voit également pratiquer une fellation sur son petit frère, Paul.

    Le deuxième, Petit Paul, raconte l’histoire du frère de Magali qui se trouve être doté d’un sexe démesuré qui lui vaut d’être victime de plusieurs adultes. « Cet enfant est alors violé par son institutrice, sa sœur et sa prof de judo », détaille la plainte.

    Le troisième ouvrage visé, La Décharge mentale publié en 2018 aux éditions Requins marteaux, met en scène « une famille incestueuse » composée d’un homme, d’une femme et de leurs trois filles, dont deux mineures, ainsi que d’un ami et multiplie les scènes pornographiques dont de nombreuses relevant de la pédocriminalité. Ainsi, « la mère fait une fellation au père en présence de cet ami et des trois filles, pointe la plainte. La mère incite ses filles à prendre part à la fellation ». Dans une autre scène, l’une des filles mineures « reçoit le sperme de son père sur le visage ».

    Pour IED, ces bandes dessinées « montrent bien des mineurs abusés ou exhibant leur intimité ». Or, rappelle l’association, [l’article 223-27 du Code pénal](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000043409170) punit de cinq années de prison et 75 000 euros d’amende la « diffusion […] ou la représentation d’un mineur lorsque cette image ou cette représentation présente un caractère pornographique ».

    En ayant pour « thèmes centraux […] l’inceste et la commission d’abus sexuels sur mineurs », poursuit la plainte, les trois bandes dessinées visées banalisent « la commission d’actes délictueux et criminels ». Celles-ci, pointe encore IED, « étaient et sont toujours accessibles aux mineurs qui pourraient parfaitement penser que les relations entre adulte et enfant ou adolescent doivent se passer de la sorte ».

    L’association reproche également à Bastien Vivès certains propos qu’il a pu tenir lors d’interviews. « Moi, l’inceste ça m’excite à mort, affirmait-il ainsi en 2017 [au site Madmoizelle](https://www.madmoizelle.com/podcasts/bastien-vives-une-soeur-critique-interview). Vu que je ne peux pas faire d’inceste dans la vraie vie et que je n’ai pas de grande sœur pour pouvoir faire ça, je fais ça dans mes livres. »

    Dans un texte [mis en ligne sur Instagram](https://www.instagram.com/p/CmL4CvjtwPw/) peu après l’annulation de son exposition au Festival d’Angoulême, Bastien Vivès avait formulé des excuses. « Je regrette sincèrement certains de mes propos, écrivait-il. À aucun moment je n’ai voulu blesser des victimes de crimes et abus sexuels. Et je tiens évidemment, si mes propos ont pu heurter ces personnes, à leur présenter mes plus sincères excuses. »

    L’auteur affirmait également condamner « la pédocriminalité, ainsi que son apologie et sa banalisation […], la culture du viol et les violences faites aux femmes ». « Mes quatre livres dits “pornographiques” sont vendus en librairie sous blister, avec un avertissement et une interdiction aux moins de 18 ans », poursuivait-il en inscrivant ceux-ci dans le « genre burlesque humoristique » évoquant « la naissance du sentiment amoureux et du désir. C’est le sujet qui m’inspire le plus ».

    « Ses excuses ont été entendues, réagit auprès de Mediapart Delphine Girard, avocate d’IED. Pour autant, les faits ont été commis. L’auteur et ses éditeurs ont une responsabilité. On ne peut pas se cacher derrière un blister. Nous ne pouvons pas laisser diffuser des images pédopornographiques. »

    Ce n’est pas la première fois que la question de la liberté d’expression des artistes, et de leur éventuelle responsabilité pénale, se retrouve devant la justice. Or « la jurisprudence est ambivalente et embarrassée », explique Thomas Perroud, professeur en droit public à l’université Panthéon-Assas et codélégué de l’Observatoire de la liberté de création, un organisme créé sous l’égide de la Ligue des droits de l’homme en 2002, à la suite de plusieurs polémiques suscitées par des œuvres accusées de promouvoir la pédocriminalité.

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