Je t’aime. Je t’attends. Je m’ennuie sans toi. Je prie. Tout va bien se passer. Je t’embrasse !!! » La feuille est déchirée en deux dans le sens de la hauteur, le papier légèrement brûlé a pris des allures de parchemin et la calligraphie révèle une écriture féminine. Cette lettre d’amour d’une épouse inquiète est désormais la pièce à conviction n° 5. Elle ne recevra pas de réponse.
De son destinataire, membre des troupes de la République populaire de Louhansk, l’un des deux territoires sécessionnistes ukrainiens annexés par la Russie, il ne reste physiquement plus grand-chose, seulement quelques fragments d’os — le temps et les animaux ont fait leur œuvre.
Retrouvée sur le corps de Valeri, pro-russe tué au combat, cette lettre de sa femme, qui attend son retour.
Retrouvée sur le corps de Valeri, pro-russe tué au combat, cette lettre de sa femme, qui attend son retour. Philippe de Poulpiquet
Mais en fouillant les poches de ce treillis déchiqueté, Oleksii Youkov a exhumé quantité de documents personnels comme ce courrier, une photo de famille, un ordre de mobilisation ou une pièce d’identité : les fragments d’une vie pulvérisée entre une voie de chemin de fer et une forêt de pins. La dépouille est celle d’un certain Valeri, né le 14 décembre 1986, probablement mort début septembre lors de la contre-offensive ukrainienne menée dans cette partie disputée du Donbass. Grâce à l’action menée par Oleksii et son équipe de l’association Tulipe noire, ses proches recevront peut-être un jour sa dépouille.
Valeri est le 263e corps collecté depuis le 24 février
« Tulipe noire », c’était le surnom donné à l’avion-cargo soviétique qui ramenait au pays les cercueils des soldats morts lors du conflit en Afghanistan. « Encore des tulipes noires qui vont être déversées sur la mère patrie », se disaient les combattants en le voyant décoller. C’est désormais le nom de la mission chargée de récupérer les soldats morts au combat en Ukraine, et notamment ceux de l’ennemi russe. Une tâche éprouvante commencée en 2014 lors de la sécession dans le Donbass, mais qui a pris une dimension autrement plus conséquente et dangereuse depuis le lancement de « l’opération militaire spéciale » déclenchée par Vladimir Poutine il y a dix mois. Valeri est le 263e corps collecté depuis le 24 février.
En ce mercredi midi fouetté par une fine pluie de glace, Oleksii et ses quatre équipiers ont été appelés à Sviatohirsk où les combats ont fait rage cet été. Les bâtiments sont tous endommagés et un cimetière de blindés et de lance-roquettes calcinés se dresse à la sortie du village. Tulipe noire agit officiellement, à la demande des autorités. En ce moment, c’est presque quotidien.
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Je t’aime. Je t’attends. Je m’ennuie sans toi. Je prie. Tout va bien se passer. Je t’embrasse !!! » La feuille est déchirée en deux dans le sens de la hauteur, le papier légèrement brûlé a pris des allures de parchemin et la calligraphie révèle une écriture féminine. Cette lettre d’amour d’une épouse inquiète est désormais la pièce à conviction n° 5. Elle ne recevra pas de réponse.
De son destinataire, membre des troupes de la République populaire de Louhansk, l’un des deux territoires sécessionnistes ukrainiens annexés par la Russie, il ne reste physiquement plus grand-chose, seulement quelques fragments d’os — le temps et les animaux ont fait leur œuvre.
Retrouvée sur le corps de Valeri, pro-russe tué au combat, cette lettre de sa femme, qui attend son retour.
Retrouvée sur le corps de Valeri, pro-russe tué au combat, cette lettre de sa femme, qui attend son retour. Philippe de Poulpiquet
Mais en fouillant les poches de ce treillis déchiqueté, Oleksii Youkov a exhumé quantité de documents personnels comme ce courrier, une photo de famille, un ordre de mobilisation ou une pièce d’identité : les fragments d’une vie pulvérisée entre une voie de chemin de fer et une forêt de pins. La dépouille est celle d’un certain Valeri, né le 14 décembre 1986, probablement mort début septembre lors de la contre-offensive ukrainienne menée dans cette partie disputée du Donbass. Grâce à l’action menée par Oleksii et son équipe de l’association Tulipe noire, ses proches recevront peut-être un jour sa dépouille.
Valeri est le 263e corps collecté depuis le 24 février
« Tulipe noire », c’était le surnom donné à l’avion-cargo soviétique qui ramenait au pays les cercueils des soldats morts lors du conflit en Afghanistan. « Encore des tulipes noires qui vont être déversées sur la mère patrie », se disaient les combattants en le voyant décoller. C’est désormais le nom de la mission chargée de récupérer les soldats morts au combat en Ukraine, et notamment ceux de l’ennemi russe. Une tâche éprouvante commencée en 2014 lors de la sécession dans le Donbass, mais qui a pris une dimension autrement plus conséquente et dangereuse depuis le lancement de « l’opération militaire spéciale » déclenchée par Vladimir Poutine il y a dix mois. Valeri est le 263e corps collecté depuis le 24 février.
En ce mercredi midi fouetté par une fine pluie de glace, Oleksii et ses quatre équipiers ont été appelés à Sviatohirsk où les combats ont fait rage cet été. Les bâtiments sont tous endommagés et un cimetière de blindés et de lance-roquettes calcinés se dresse à la sortie du village. Tulipe noire agit officiellement, à la demande des autorités. En ce moment, c’est presque quotidien.