[Courrier international] Vu des États-Unis. En France, la résistance antiwoke est une affaire d’État

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  1. # Vu des États-Unis. En France, la résistance antiwoke est une affaire d’État

    Pour la presse américaine, la virulence avec laquelle l’Hexagone se défend politiquement contre le “wokisme” est toujours aussi révélatrice.

    Quand le **New York Times** publie un article sur la France et le “wokisme”, régulièrement, le ton devient vite assez grave. Selon le grand quotidien américain, l’Hexagone se sent aujourd’hui menacé, voire agressé par les concepts importés des universités américaines. Ainsi, en rendant compte du récent débat sur le pronom neutre “iel”, qui venait de faire son entrée dans Le Robert en ligne, le journal titrait : “Pour la France, un pronom non binaire est le signe d’une attaque américaine contre la république”.

    En cause : la virulence de la réaction en France, mobilisant de la Première dame au ministre de l’Éducation nationale, qui s’est achevée par un appel à l’Académie française de s’emparer du sujet ; ainsi que les difficultés d’adaptation au non-binaire d’une langue “extrêmement genrée et vigoureusement défendue par de hautes autorités” ; mais in fine, surtout, l’ambition universaliste française qui ne tient pas compte des réalités du pays : “La France, un pays où il est interdit à l’État de procéder à la collecte de statistiques ethniques, est particulièrement inquiète de l’ascension de la politique américaine de la race et du genre”, écrivait le **Times**, en faisant référence à l’offensive anti-”iel” lancée par le député de la majorité Jean-Pierre Jolivet, estimant que “le modèle français ‘guide’ apparemment les citoyens vers certaines identités de genre binaires en niant l’existence d’autres possibilités”.

    **La mission antiwoke du ministre de l’Éducation**

    Dans d’autres pays d’Europe, le débat sur le “woke” fait rage. Mais si la France sort du lot, c’est aussi parce que, dans l’Hexagone, la résistance est une affaire menée depuis le sommet de l’État, voulue par le président de la République et chapeautée par un poids lourd du gouvernement, Jean-Michel Blanquer. Le ministre de l’Éducation nationale, constatait **Politico** en octobre, suite au lancement du groupe de réflexion “Le Laboratoire de la République”, a été chargé par Emmanuel Macron d’une “mission anti-woke”.

    La bruyante détermination française s’explique surtout, selon l’édition européenne du site américain, par le fait qu’Emmanuel Macron ne peut plus ignorer l’importance prise, à quelques mois de la présidentielle, par Éric Zemmour, qui a fait des attaques contre le politiquement correct un de ses fonds de commerce. Toutes les initiatives, que ce soit la critique par Macron de certaines théories des sciences sociales américaines, à l’automne 2020, ou les diatribes de Blanquer, devraient être lues dans ce contexte-là : “Pour une grande partie de l’establishment, la laïcité telle qu’elle est pratiquée par la France transcende la race, le genre et la religion et est authentiquement égalitaire. Mais pour ses détracteurs, cette même laïcité met en avant un idéal blanc et chrétien qui perpétue la discrimination dont sont victimes les minorités.”

    **“‘L’esprit Charlie’ n’est plus en odeur de sainteté”**

    De l’autre côté de l’échiquier politique américain, le **Washington Examiner** remarque lui aussi qu’il y a un sujet “woke” en France, mais se montre plus compréhensif vis-à-vis des mouvements de résistance hexagonaux. “Si la France partage les fondations culturelles des États-Unis et se considère comme le plus vieil allié de l’Amérique, elle subit de plus en plus de pressions en faveur de la préservation de son identité distincte et de ses traditions laïques.” Aux yeux de cet hebdomadaire conservateur, le défi lancé à Paris peut être vu sous un autre angle, à savoir que la France “tente de suivre un cap qui accepte une partie du changement sans le basculement totalitaire que réclament certains des partisans de la réforme aux États-Unis”. D’où l’attitude du président désireux d’être réélu, qui a fini par “se donner bien du mal pour mettre en avant la France ‘d’abord’”.

    Pour l’**Examiner**, la révolution culturelle provoquée par les politiques identitaires influence la vie publique en France depuis longtemps déjà, et prend aujourd’hui, entre autres, la forme d’un conflit entre générations, comme aux États-Unis : “Au sein des grands médias de gauche, ‘l’esprit Charlie’ n’est plus en odeur de sainteté auprès d’une nouvelle génération d’auteurs français et de leurs lecteurs, ce qui a creusé un fossé entre eux et leurs collègues relativement plus âgés.”

    Et l’opinion des Français, dans tout ça ? L’hebdomadaire cite un sondage publié en avril 2021, suite à la publication de la tribune des militaires dans Valeurs actuelles. Selon cette étude, 74 % des personnes interrogées pensent que l’antiracisme a l’effet contraire à celui escompté. D’un autre côté, le directeur de l’Ifop France Frédéric Dabi, cité par le **Daily Telegraph** à Londres, déclare : “Un tiers des jeunes Français pensant qu’il y a un ‘racisme d’État et 40 % que les ‘inégalités de genre sont systémiques’, ils pratiquaient déjà le wokisme sans le savoir.”

  2. Article extrait du dossier de la semaine de *Courrier International* (n°1623, du 9 au 15 Décembre 2021), *Comment Woke est devenu un gros mot*.

    Je vous mets les titres pour en faire la promotion (vu que c’est un sujet que Reddit adore):

    * “Un concept qui s’est vidé de son sens”, extraits du *Washington Post*
    * “A Austin, bientôt une université anti-woke”, extraits de *La Presse*
    * “La gauche fera les frais de cette idéologie”, chronique du *New York Times*
    * “En France, l’État à la pointe de la résistance anti-woke”, revue de *Courrier International*
    * “En Californie, des cours d’études ethniques au lycée”, article du *Los Angeles Times*
    * “Une 3ème voie est possible”, extraits du *Financial Times*

    Ainsi que des encadrés extraits du *New York Times* : Qu’est devenu le “politiquement correct” ? ; Des mots pour le dire (Lexique) ; L’histoire en débat (sur le projet 1619) ; de *The Atlantics* : Un nouveau puritanisme ? ; et une rapide revue de presse de journaux britanniques : Boris Johnson, l’antiwoke woké.

  3. Je pense sincèrement qu’on a toujours un problème avec la colonisation. On a du mal avec ça. Cependant , on avance sur le sujet, doucement certes. Les blocages, les tabous sauteront un jour ou l’autre, mais il faut du temps.

    Quand je lis l’article, je constate deux travers. Le premier est cette insensibilité typiquement américaine aux particularismes locaux. Ils déboulent avec leur rouleau compresseur idéologique sans se préoccuper des particularités locales. On a vu ce que ça donnait en Afghanistan. Le second est ce contentement de donneur de leçon alors que … Je lis des articles et j’ai envie de poser une question au journaliste: ” Est ce que vous savez que Trump était votre président? “. Je vois des journalistes écrire comme si Trump n’avait jamais été président. Autre déni: les EUA sont l’état colonial par excellence, construit sur un peuple indien décimé, d’ailleurs j’ai pas trop vu la tragédie des indiens évoquée dans le récent mouvement woke.

    Puisque je parle de woke, n’allez pas croire que je sois contre. C’est un terme à spectre large qui a tendance à englober tout et n’importe quoi. Mais il y a quand même du bon dans le sens ou cela pose des questions importantes.

  4. Le « wokisme » c’est surtout un homme de paille fait pour rameuter l’électorat réactionnaire, ca a peu de réalité politique hors faits divers et ca concerne avant tout les jeunes générations, cad des populations qui ne sont pas ou peu représentées et donc qu’il est plus facile d’attaquer, qu’au pif, les religions.

    Cet article montre comment une strategie de com complètement artificielle de la macronie arrive a creer le malentendu dans le debat public, et donc, a noyer le poisson

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