Nicolas Sarkozy, les louanges à Poutine et la piste de l’argent du Kremlin

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  1. **L’ancien chef de l’État a touché 300 000 euros au moment où il vantait, fin 2018, les mérites de Vladimir Poutine lors d’une soirée à Moscou du principal fonds souverain russe. L’argent a été versé par une société qui porte le même nom qu’une filiale de ce fonds.**

    Moscou, 22 novembre 2018. Le Russia Direct Investment Fund (RDIF), principal fonds souverain de l’État Russe, organise sa traditionnelle soirée de « pré nouvel an ». Pour s’adresser à ses invités triés sur le volet, le patron de RDIF, Kirill Dmitriev, a convié une personnalité de marque : Nicolas Sarkozy.

    Sa présence était pour le moins étonnante. RDIF n’avait, a priori, pas grand intérêt à inviter l’ancien président de la République française à une simple soirée d’entreprise. Sauf que Nicolas Sarkozy en a profité pour tenir des propos louangeurs à l’égard de Vladimir Poutine, immédiatement relayés par l’agence de presse Sputnik, contrôlée par l’État russe.

     « La Russie est redevenue une puissance mondiale. C’est sa place, c’est son rôle historique, c’est sa destinée », a-t-il lancé à la tribune (notre vidéo ci-dessous). « Enfin, je veux dire que j’ai toujours été un ami de Vladimir Poutine, parce que c’est un homme avec qui on peut parler, y compris quand on a des désaccords », avait ajouté l’ancien chef de l’État, avant de conclure à l’attention du président de RDIF Kirill Dmitriev : « C’est la première fois que tu m’invites ici, l’année prochaine, je veux être invité aussi. »

    Nicolas Sarkozy a-t-il été payé par le Kremlin pour chanter les louanges du président russe ? La question se pose au vu de mouvements financiers repérés par Mediapart, qui a pu consulter des documents bancaires décrivant l’activité d’un des comptes parisiens de Nicolas Sarkozy.

    Ces documents révèlent que peu avant et peu après sa participation à la soirée moscovite, Nicolas Sarkozy a touché 300 000 euros : 200 000 euros le 4 octobre 2018, et 100 000 euros supplémentaires le 28 février 2019. L’argent a été versé par une mystérieuse société nommée RS Capital Limited, dont la nationalité n’est pas précisée sur les documents bancaires. 

    Coïncidence : le fonds souverain RDIF, qui a invité l’ancien chef de l’État, possède justement une discrète filiale nommée RS Capital Limited, immatriculée aux Émirats arabes unis, l’un des paradis fiscaux les plus opaques de la planète.

    Interrogé par Mediapart, Nicolas Sarkozy n’a pas répondu. « Il n’y a eu aucun paiement à M. Sarkozy lié à sa participation à des événements de RDIF », nous a indiqué, sans plus de détails, le service de communication de l’entreprise publique russe. En clair, le fonds souverain ne dément pas avoir payé l’ancien président, mais indique qu’il n’a pas été rémunéré pour la soirée à Moscou. Relancé pour savoir s’il a effectué les paiements de 300 000 euros, RDIF n’a pas répondu.

    Outre la filiale du fonds souverain russe à Abu Dhabi, nous avons identifié deux autres sociétés nommées RS Capital Limited en activité au moment des versements. 

    L’une d’elles, immatriculée au Royaume-Uni, a été créée en avril 2018, sept mois avant la soirée de RDIF à Moscou. Elle est détenue et administrée par des prête-noms, salariés du cabinet de domiciliation Basra & Basra, basé à Southampton. La société RS Capital Limited britannique a-t-elle payé Nicolas Sarkozy ? Est-elle contrôlée par la Russie ? Interrogé par Mediapart, Basra & Basra n’a pas répondu.

    Il existe une troisième société RS Capital Limited, immatriculée dans le paradis fiscal des îles Cayman. Il s’agit d’une filiale du groupe Ridge Solutions, détenu par un homme d’affaires angolais. Interrogé, Ridge Solutions n’a pas répondu.

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