Parcoursup, un système qui pousse les élèves plus aguerris à élaborer des stratégies précoces et en laisse d’autres « paumés »

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  1. Parcoursup, un système qui pousse les élèves plus aguerris à élaborer des stratégies précoces et en laisse d’autres « paumés »

    Sylvie Lecherbonnier, Minh Dréan et Soazig Le Nevé

    Interroger les élèves de terminale sur leurs choix à quelques jours du début de la saisie, le 18 janvier, c’est se heurter à une somme d’angoisses : la crainte de l’échec, la pression de choisir sa voie, sans toujours maîtriser les clés.

    « J’ai très peur de ne rien avoir » ; « Que se passera-t-il si tout le monde me refuse ? » ; « Je crains de ne pas être acceptée dans les formations que je veux ». Interroger les élèves de terminale sur leurs choix de vœux sur Parcoursup, comme Le Monde l’a fait en se rendant à un salon d’orientation et avec un appel à témoignages, à quelques jours du début de la saisie des vœux, le 18 janvier, c’est se heurter à une somme d’angoisses. A cette crainte de l’échec, à la pression de choisir sa voie, sans toujours maîtriser les clés de l’exercice.

    Si l’on se réfère aux chiffres, tout va (à peu près) bien : 93 % des bacheliers ayant formulé des vœux sur la plate-forme d’admission postbac ont reçu au moins une proposition d’admission en 2022. Mais cette statistique ne dit pas tout : ce système pousse les plus aguerris à élaborer des stratégies de plus en plus tôt et génère une incompréhension, voire une insatisfaction quant aux formations décrochées au bout du processus.

    Dans l’esprit des jeunes et de leurs parents, Parcoursup apparaît parfois comme un ogre qui va dévorer leurs projets d’orientation. Sur 936 000 candidats – dont 622 000 lycéens – en 2022, un total de 182 000 candidats n’ont finalement intégré aucune formation présente sur la plate-forme, faute d’y avoir trouvé un projet convaincant. Pour le ministère de l’enseignement supérieur, ceux-là « ont pu poursuivre d’autres projets d’insertion dans la vie active, de formation hors Parcoursup ou d’études à l’étranger ».

    Les lycéens ne sont, par ailleurs, pas sûrs d’être admis dans leur filière de prédilection, même s’ils ont de bons résultats scolaires. Pour pallier les désillusions, ils ont tendance à formuler davantage de vœux d’année en année : 13 en moyenne en 2022, contre un peu plus de 7 quatre ans plus tôt. L’offre s’est étoffée, il est vrai. La plate-forme compte désormais plus de 21 000 formations publiques et privées. « Parcoursup, on en entend parler depuis la 3e. Et le mot qui revient sans cesse quand on en parle entre nous, c’est “aléatoire” », relate Ylias (la plupart des lycéens interrogés souhaitent rester anonymes), en classe de 1re dans l’académie de Créteil.

    Elaborer des « plans A » et des « plans B »

    La sélection de fait qui s’est mise en place à l’entrée de l’université renforce les angoisses et la nécessité d’élaborer des « plans A » et des « plans B ». « Cela fait près d’une dizaine d’années que je suis passionné par la médecine. Comme il s’agit d’une filière très demandée, j’ai réfléchi à des plans de secours avec des filières moins sélectives, telles que des licences, en sciences de la vie et de la Terre, par exemple », confie Arthur, en terminale à Maisons-Alfort (Val-de-Marne).

    Anna, qui vise Sciences Po et étudie au lycée français de Rabat, au Maroc, adopte la même stratégie, en ajoutant à ses choix des formations universitaires moins sélectives. Quitte, aussi, à réfléchir hors Parcoursup et hors de France : « Dans mon lycée, de nombreux étudiants, moi y compris, se tournent également vers le Canada et des procédures d’admission sur dossier pour ne pas avoir trop de mauvaises surprises. »

    Les plus stratèges tentent de voir plus loin. Lily-Rose sait déjà parfaitement ce qui l’intéresse. Elle est allée jusqu’à consulter le détail des masters proposés à l’issue de la licence de psychologie de plusieurs établissements. « J’ai un bon dossier et cela fait des années que je sais ce que je veux faire, mais il reste beaucoup d’aléatoire avec les listes d’attente quand on postule dans une université », analyse-t-elle. Son vœu préféré ira à l’université Paris-Cité, pour son parcours psychologie et humanités offrant uniquement 150 places. Ensuite, c’est le master de psychologie du développement cognitif et social de l’enfant et de l’adolescent que Lily-Rose convoite.

    Le nouveau « parcoursup des masters », qui doit se mettre en place prochainement, pousse désormais les enseignants à projeter leurs élèves jusqu’à bac + 5. « J’ai conseillé à un de mes élèves qui veut faire Sciences et techniques des activités physiques et sportives de regarder l’offre de masters des différentes universités. Ce sera un avantage pour y entrer s’il est déjà dans l’établissement », pense savoir Servanne Marzin, enseignante d’histoire-géographie dans l’académie de Créteil.

  2. Pauvres gamins c’est vraiment l’enfer. J’ai souvenir a l’époque en 2007, il y avait un truc équivalent mais moins rigide. Bac L dossier moyen, j’avais postulé en droit vu que c’est ce qui me branchait.
    Pour le fun j’avais mis la première année de médecine, il m’avaient pris…
    Aujourd’hui quand je vois que même des élèves compétents sont obligés de s’arracher ça me rend dingue.

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