Le royaume désenchanté de Disney : crise de gouvernance et parcours boursier calamiteux

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  1. **Le fonds activiste de Nelson Peltz, Trian, a acquis pour 900 millions de dollars d’actions du groupe de divertissement et réclame un siège au conseil d’administration.**

    « Restaurer la magie chez Disney » : tel est le titre de la présentation au vitriol de 32 pages publiée par le fonds activiste de Nelson Peltz, Trian, qui a acquis pour 900 millions de dollars (834 millions d’euros) d’actions Disney et réclame un siège au conseil d’administration. A 80 ans, M. Peltz, dont la fortune est estimée à 1,4 milliard de dollars, a bien des arguments à faire valoir : Disney, qui ne distribue plus de dividendes depuis deux ans, a tout d’un royaume désenchanté.

    L’entreprise (82 milliards de dollars de chiffre d’affaires) a un parcours boursier calamiteux, avec une action divisée par deux en deux ans et qui n’a pas progressé depuis 2015 – l’indice S&P 500 a bondi de moitié sur la période. Disney a multiplié, selon M. Peltz, les erreurs stratégiques : d’abord, il a acheté, en 2019, deux fois et demie trop cher les activités médias de Fox (26 fois la rentabilité, contre 12 fois dans le secteur) pour un montant de 70 milliards de dollars. Il s’est lancé dans le streaming lors de la pandémie de Covid-19, avec sa chaîne Disney+, pour concurrencer Netflix, mais elle n’en finit pas de perdre de l’argent (11,3 milliards de dollars cumulés, la moitié de ce qu’a, par exemple, perdu Meta-Facebook dans le métavers).

    Il sauve la face grâce aux revenus provenant de sa vache à lait, les parcs d’attractions de Floride et de Los Angeles, fermés pendant la crise sanitaire, mais dont l’entrée et les hôtels sont désormais facturés une fortune au consommateur américain. M. Peltz estime que cette politique de hausse des prix n’est pas tenable. D’ailleurs, les marges baissent. Les coûts de l’entreprise ne sont pas tenus : ils progressent plus vite que son chiffre d’affaires. Tous ces éléments font que le bénéfice par action a été divisé par deux en quatre ans, tandis que le cash-flow disponible a été divisé par près de neuf, passant de 9,8 milliards à 1,1 milliard entre 2018 et 2022, accuse Nelson Peltz.

    **Des rémunérations extravagantes**

    S’y ajoute une crise de gouvernance majeure : la firme a été incapable de préparer la succession de Bob Iger (2005-2020), qui a été prolongé à cinq reprises lors de la dernière décennie, pour laisser la place, en février 2020, à Bob Chapek. Celui-ci s’est empêtré dans la querelle sur la loi de Floride interdisant l’enseignement sexuel et de genre à l’école jusqu’à l’équivalent du CE2, baptisée « Don’t say gay » (« Ne parlez pas des gays »).

    Sous la pression de ses salariés, il a finalement condamné la loi, et le gouverneur de Floride, en riposte, a révoqué les avantages fiscaux de Disney dans son parc d’attractions d’Orlando. Incapable de redresser son entreprise, M. Chapek a brutalement été renvoyé à l’automne 2022, remplacé par son prédécesseur, M. Iger, qui revient à l’âge de 71 ans.

    Enfin, pour couronner le tout, Nelson Peltz dénonce les rémunérations extravagantes chez Disney. Le Wall Street Journal relaie celle d’un éphémère responsable de la communication, Geoff Morrell, qui a gagné… 120 000 dollars par jour pendant ses quatre mois de présence début 2022, soit un coût total de 8,4 millions de dollars. Parmi les dépenses, M. Morrell s’est même fait payer un déménagement aller et retour à Londres (deux fois 500 000 dollars), tandis que Disney a racheté sa villa de Los Angeles pour 4,5 millions de dollars.

    **« Nelson Peltz ne comprend pas le business de Disney »**

    Même si le film Avatar 2, mis en scène par James Cameron, requinque Disney, l’avenir de l’entreprise n’est pas radieux, car elle doit affronter la compétition dans le streaming et pourrait avoir à réduire ses effectifs, sur fond d’inflation et de ralentissement économique. Cependant, elle ne veut pas entendre parler de l’activiste Nelson Peltz, qui met en avant sa performance avérée lorsqu’il est entré au conseil de surveillance de Procter & Gamble en 2017, à la suite d’une bataille épique pour obtenir le vote des actionnaires.

    « Nelson Peltz ne comprend pas le business de Disney », a asséné le groupe, assurant que M. Peltz « n’[avait] pas les compétences et l’expérience nécessaires pour aider le conseil d’administration à créer de la valeur pour les actionnaires dans un écosystème médiatique en évolution rapide ». Toutefois, comme le note CNBC, « presque tous les membres actuels du conseil d’administration de Disney proviennent d’industries qui ne sont pas associées aux médias et au divertissement ».

    La bataille va donc se jouer en assemblée générale, M. Peltz, qui ne demande pas le remplacement de M. Iger, se présentant au suffrage des actionnaires. Disney cherche à déconsidérer M. Peltz : « Les actionnaires de Disney doivent analyser attentivement les déclarations de Peltz pour différencier les faits de la fiction. » Afin de mieux riposter, Disney va changer, au bout de quinze ans, sa présidente du conseil de surveillance, Susan Arnold, et compte nommer à sa place Mark Parker, actuel président du conseil de Nike. M. Peltz dénonce des arrangements entre amis, M. Parker et M. Iger étant très proches, ainsi que le trop faible investissement à attendre de Mark Parker, qui doit conserver ses fonctions chez Nike. In fine, les actionnaires trancheront.

  2. C’est ça la véritable magie de Disney depuis quelques temps : essorer chaque licence forte, certaines anciennes, certaines achetaient à prix d’or.

    Le monde semble réaliser que fractionner les plateformes de streaming, ça n’est pas tenable les consommateurs ne vont pas prendre 15 abo. Retour au piratage.

    Le monde semble réaliser le puit sans fond qu’est la production de contenu pour les plateformes de streaming, afin d’avoir toujours du contenu nouveau.

    Et Disney y est allé tout feu tout flamme dedans.

    C’était un pari risqué, ils ont voulu miser sur leur puissant catalogue. Ils ont mise sur la quantité plutôt que la qualité. Ils ont joué. Ils sont en train de perdre.

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