Comment Emmanuel Macron a perdu le soutien d’une large partie de la jeunesse française

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  1. **A 45 ans, le chef de l’Etat ne parvient pas à convaincre les moins de 30 ans. Au contraire, il est accusé de favoriser les Français les plus âgés et les plus riches, le cœur de son électorat.**

    En haut de l’iceberg, il y a les images. Comme ces jeunes activistes jetant de la peinture sur Matignon, sur Bercy ou sur le ministère de la transition écologique au début de l’année. Comme ces streameurs, ces joueurs de jeux très influents, insultant dans des vidéos le président de la République en septembre 2022 lorsque ce dernier les avait félicités pour l’organisation d’un événement lié au climat. Ou comme ces jeunes défilant contre la réforme des retraites, certains brandissant le panneau « Pas de planète, pas de retraite ». Des radicaux ultra-politisés, balaient les conseillers du pouvoir.

    Mais, sous la ligne de flottaison de l’iceberg, il y a aussi les urnes, où la fonte est sensible. Au premier tour de l’élection présidentielle de 2022, Emmanuel Macron est arrivé derrière Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen chez les 25-34 ans. Une catégorie où il était en tête en 2017.

    Avant sa première élection à l’Elysée, le chef de l’Etat se faisait le contempteur des rentes et de l’immobilisme, le héraut des start-up qui poussait les Français les moins âgés à « devenir milliardaires » ; mais depuis, un malaise s’est installé entre le président de la République de 45 ans et une large partie de la jeunesse française. Une simple incompréhension, espèrent certains ministres. D’autres y voient un divorce. « On ne réussit plus à porter les illusions, les idéaux, l’exaltation des jeunes, estime Barbara Pompili, députée (Renaissance) de la Somme et ancienne ministre de la transition écologique. La plupart des grandes inventions ont été faites par des personnes de moins de 35 ans et, nous, on leur parle comme si c’était mieux avant, sans évoquer le nouveau monde à construire. »

    Tandis que Brigitte Macron soutient le port de l’uniforme à l’école, l’exécutif tente de colmater la brèche. Dans les semaines à venir, Emmanuel Macron devrait annoncer l’extension du service national universel. Lundi 23 janvier, la première ministre, Elisabeth Borne, va animer un Conseil national de la refondation consacré à l’écologie devant un parterre de vingtenaires. Mais deux gros dossiers accentuent la fracture : la réforme des retraites et la transition climatique.

    **Les « gilets jaunes », le tournant**

    Depuis quelques jours, alors que le mouvement social est descendu dans la rue, le gouvernement surveille les lycées et les facultés. « Quand vous avez la jeunesse dans la rue, il est difficile de la faire rentrer à la maison, résume Laurent Marcangeli, président du groupe Horizons à l’Assemblée nationale. Et, parfois, les jeunes arrivent à convaincre leurs parents ou leurs grands-parents. »

    Comme souvent, ce dossier des retraites réactive le clivage générationnel. Des économistes se relaient pour expliquer, chiffres à l’appui, que le papy-boom écrase la jeunesse. Les retraités ont un meilleur niveau de vie que les actifs, leur taux de pauvreté est beaucoup plus faible (19 % pour les 18-29 ans, 8,9 % pour les 65-74 ans, selon l’Insee), ils détiennent 60 % du patrimoine… « Cette réforme se fait dans le dos de la jeunesse, tranche Maxime Sbaihi, économiste et auteur du livre Le Grand Vieillissement (Editions de l’Observatoire, 2022). Elle est devenue une variable d’ajustement à qui on impose les efforts face à une vague de retraités qui ne fera que monter. On a vu des étudiants aller chercher des colis alimentaires et pourtant, la France reste avec l’image du petit vieux pauvre, comme dans les années 1960. Quand vous dites ça, vous avez l’impression de briser un tabou. »

    Cette prime politique aux seniors s’est accentuée au cours des derniers mois. D’abord avec le creusement abyssal de la dette liée au Covid-19, une épidémie qui touchait, surtout, les plus âgés. « C’est dur d’avoir 20 ans en 2020 », avait lâché à l’époque M. Macron, sans pour autant mettre au cœur de sa seconde campagne une mesure phare pour la jeunesse. Ensuite, avec la réindexation des pensions de retraite sur l’inflation, accentuant l’effort des salariés. « Les jeunes actifs de banlieue payent de plus en plus pour les retraités de la Côte d’Azur, lance Hakim El Karoui, auteur d’un livre intitulé La Lutte des âges (Flammarion, 2013), qui avait conseillé le futur chef de l’Etat lors de sa première campagne présidentielle, avant de s’en éloigner. En 2017, il avait identifié que la pauvreté avait changé d’âge. Ça s’est fracassé sur les “gilets jaunes”. »

    Après avoir vacillé lors de la mobilisation des ronds-points en 2018, le président de la République avait décidé de revenir sur la hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) imposée aux retraités. Mais il n’avait jamais annulé la baisse de l’aide personnalisée au logement de 5 euros, premier coup de canif à l’égard des étudiants.

    « Sur la réforme des retraites, il n’y a pas de conflit générationnel entre les retraités et la jeunesse, défend Ambroise Méjean, président des Jeunes avec Macron. Les jeunes étaient déjà concernés par l’accélération de la réforme Touraine. Si on ne corrige pas les déséquilibres, on prend le risque de faire chuter le système. Donc elle est aussi faite pour protéger les jeunes, qui sont des futurs retraités. »

  2. Le mec a voulu récupérer la gauche des droitards et la droite des gauchistes pour satelliser le PS et LR et asseoir une base électorale pérenne.

    Ça a marché… en 2017. Après ça, j’ai l’impression qu’il s’est rendu compte que ça pouvait pas marcher, qu’il devait s’asseoir sur une base traditionnelle de gauche ou de droite pour gagner, et il a choisi les retraités, donc la droite (sans trop de surprise).

    > A sa décharge, le pouvoir en place est confronté à une atomisation de la jeunesse, de moins en moins encadrée par des organisations.

    (…)

    > Il est devenu trois fois plus rentable de parler à un électeur de plus de 50 ans qu’à un jeune et l’offre politique s’adapte à la demande

    Ça me semble expliquer partiellement pourquoi il s’est appuyé sur les retraités. On pensait en 2017 qu’on allait dépasser les partis, à la faveur de “””mouvements”””, ben finalement tout le monde s’est replié sur ses partis et les partis veulent des groupes d’électeurs facilement atteignables.

    > Après avoir vacillé lors de la mobilisation des ronds-points en 2018, le président de la République avait décidé de revenir sur la hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) imposée aux retraités. Mais il n’avait jamais annulé la baisse de l’aide personnalisée au logement de 5 euros, premier coup de canif à l’égard des étudiants.

    Je m’attendais pas à lire ça, mais finalement je suis pas super surpris. Personnellement, j’ai pas connu beaucoup de vingtenaires parmi les GJ à l’époque, même les -35 ans étaient plus rares.

  3. “En menant une politique à destination quasi exclusive des retraités, si possible riche”.

    Pas besoin d’écrire un article, le résumé est là !

  4. > j’entends le message sur la rénovation des bâtiments, c’est un sujet crucial, mais que répond-on à une veuve de mineur de Lens [Pas-de-Calais] qui ne veut pas quitter six mois la maison où elle a fait toute sa vie pour qu’on y fasse des travaux de rénovation ?

    MDR on dirait une parodie de discours hors-sol, c’est complètement grotesque comme argument

    > admet Agnès Pannier-Runacher

    ah ben oui c’est plus clair maintenant

  5. > **le chef de l’Etat ne parvient pas à convaincre les moins de 30 ans.**

    Comme c’est étonnant !

    Alors, il est loin le temps où 2 youtubeurs faisaient des galipettes sur la pelouse de l’élysée ?

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