Un haut fonctionnaire forçait des femmes à uriner devant lui : le ministère de la culture au tribunal

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  1. **Une audience a eu lieu ce vendredi devant le tribunal administratif de Paris pour examiner la responsabilité de l’État dans cette affaire hors norme. Les victimes accusent le ministère d’avoir protégé son agent et d’avoir ignoré de nombreuses alertes.**

    *David Perrotin*

    *20 janvier 2023 à 17h58*

    LorsqueLorsque le scandale éclate en novembre 2019, le gouvernement de l’époque fait part de son effroi et jure qu’il va soutenir toutes les victimes. L’affaire, révélée par le Canard enchaîné et Libération, est hors norme. Pendant près de dix ans, Christian N., un haut fonctionnaire du ministère de la culture, faisait passer des entretiens à des femmes et en profitait pour les photographier à leur insu. Surtout, il les intoxiquait afin de les regarder uriner devant lui.

    Entre 2009 et 2018, le procédé était à chaque fois le même. Christian N., responsable des ressources humaines à la Rue de Valois, puis à la Drac de la région Grand Est, recevait des femmes qui candidataient à un poste dans son service. Il commençait par leur proposer thé ou café, y ajoutait discrètement un diurétique et imposait une balade à l’extérieur. Sous l’effet du médicament, les victimes ne pouvaient plus se retenir et finissaient par uriner devant lui, parfois sur elles, pendant qu’il faisait mine de les cacher. Il rentrait ensuite au ministère consigner tout de manière clinique dans un tableur Excel nommé « Expériences ». Exemple : « Elle commence à baisser collants et culotte (noire). […] Elle s’accroupit et lâche un jet très fort et très long. »

    Sur ce registre qu’il tenait lui-même, 200 femmes qui ont subi ses agissements sont répertoriées. Mais d’après nos informations, l’enquête pénale a désormais permis d’identifier pas moins de 250 victimes.

    Les choses n’ont cessé que lorsque le haut fonctionnaire a été surpris en train de photographier les cuisses d’une sous-préfète fin 2018. Dénoncé à la justice par l’administration, Christian N. a été révoqué et une enquête, toujours en cours, a été ouverte en janvier 2019 par le parquet de Paris. Christian N., qui a reconnu une partie des faits, est mis en examen notamment pour « administration de substance nuisible », « agression sexuelle » et « atteinte à la vie privée », et est laissé libre sous contrôle judiciaire. Mais à l’époque, de nombreuses victimes accusaient aussi l’institution et posaient une question : comment cet homme a-t-il pu faire autant de victimes sur une si longue période sans jamais être inquiété ?

    De nombreux éléments montrent en effet que la direction du ministère de la culture pouvait difficilement ignorer le profil problématique de ce haut fonctionnaire. La plupart des femmes au sein de son service étaient averties dès leur embauche qu’il fallait s’en méfier. « Tout le monde le surnommait “le photographe” et toutes les femmes avaient pour consigne de se mettre en pantalon lorsqu’elles avaient des réunions en sa présence », témoigne Sandra*, une ancienne salariée du ministère. Un témoignage largement confirmé en interne.

    > Le ministère de la culture n’a rien mis en place pour arrêter les agissements de Christian N. alors qu’il en avait connaissance.
    — Des victimes devant le tribunal administratif

    « Lors d’une réunion en 2009 ou 2010, il jouait avec son téléphone sur ses genoux. C’est là que j’ai vu que l’appareil était en mode photo. En face de lui était assise une femme en jupe. À partir de cet épisode, tout le service le surnommait “le photographe” », racontait Thierry à Libération. Contacté de nouveau par Mediapart, cet ancien salarié du ministère ne retire pas un mot. Christian N. enchaînait les entretiens avec des jeunes femmes et partait régulièrement à l’extérieur avec elles sans le cacher à sa hiérarchie. « Comment comprendre que ses supérieurs l’aient laissé faire ? Si je partais une heure chaque jour avec une jeune fille, on me demanderait rapidement des explications », lâche un salarié du ministère.

    **Des alertes restées lettre morte**

    En 2016, Marie, une autre victime, avait fait parvenir deux courriers aux ministres de la culture d’alors, Fleur Pellerin, puis Audrey Azoulay, signalant les agissements de Christian N. Sans jamais obtenir de réponse. Plus troublant encore, une autre salariée du ministère assurait avoir alerté la médecine du travail la même année lorsque l’une de ses proches avait passé un entretien. Elle dénonçait le « comportement déplacé » de Christian N. et révélait qu’il lui avait « proposé d’uriner sur la voie publique ». Aucune suite n’avait pourtant été donnée.

    Interrogé après les révélations de ce scandale en 2019, Franck Riester, alors ministre de la culture, temporisait pourtant et s’en remettait à la justice pénale, sans jamais vouloir interroger la responsabilité de ses propres services. « Quand j’ai appris la nouvelle, j’étais évidemment atterré, c’est absolument scandaleux. La justice va prendre les décisions qui s’imposent », déclarait-il sur Europe 1. Lors d’un discours prononcé en interne une semaine après, il se félicitait même : « Les faits ont pu être signalés à la fois parce qu’une prise de conscience s’est produite dans la société, et parce que le ministère s’est résolument engagé à mieux accompagner les victimes. »

    Pourtant, aucune enquête interne n’a été diligentée depuis. Aucune des nombreuses victimes et aucun des salariés du ministère disant avoir dénoncé à de nombreuses reprises le comportement de Christian N. n’ont été auditionné·es. En clair, aucune instance administrative n’a tenté de savoir si cet agent a pu être couvert. « Je n’ai jamais entendu parler d’une enquête interne et je n’ai jamais été sollicitée, confirme une représentante du personnel du ministère. Et c’est aberrant ! On a plus de 200 victimes sur dix ans, de nombreuses alertes et pas d’enquête pour savoir qui savait et qui n’a rien fait ? »

    Sollicité par Mediapart, le ministère de la culture n’explique pas pourquoi aucune investigation poussée n’a été menée. « En décembre 2019, une mission d’audit et de conseil a été confiée à l’Inspection générale des affaires culturelles portant sur les procédures de prévention, d’identification et de traitement des situations liées aux agissements sexistes et aux violences sexuelles », se contente-t-il de répondre.

  2. Ah oui ! Je me souviens de cette histoire ! Les gens sont décidément immondes.

    Mais du coup on sait toujours pourquoi ce type a été protégé pendant dix ans par plusieurs gouvernements opposés ?

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