Paris mettra « tout son poids politique » dans la négociation difficile qui s’ouvre à Bruxelles pour réformer le marché européen de l’électricité, annonce le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire. Le gouvernement français veut découpler le prix de l’électricité des cours du gaz d’ici à cet été, mettant la pression sur la Commission.
Bruno Le Maire
« Nous refusons que le prix de l’électricité soit dicté par le prix du gaz, a martelé jeudi Bruno Le Maire, lors d’une rencontre avec la presse. Nous mettrons tout notre poids politique dans la balance. » (JULIEN DE ROSA/AFP)
La France annonce la couleur : elle se montrera intransigeante dans la délicate négociation qui s’ouvre à Bruxelles pour réformer le marché de l’électricité. « Nous refusons que le prix de l’électricité soit dicté par le prix du gaz, a martelé jeudi Bruno Le Maire, lors d’une rencontre avec la presse. Nous mettrons tout notre poids politique dans la balance. »
Demandée de longue date par Paris, cette réforme devrait voir le jour cette année , si les Vingt-Sept parviennent à se mettre d’accord. La Commission européenne s’est engagée à présenter une proposition avant la fin du premier trimestre. D’ici là, les échanges parfois musclés avec les Etats membres se multiplient, ce qui explique la « sortie » appuyée du ministre de l’Economie français.
« La guerre change la donne »
Pour la France, l’enjeu de cette réforme est particulièrement important. Sur les marchés européens, le prix de gros de l’électricité est déterminé principalement par le coût marginal de la source de production la plus chère, qui est en général celui des centrales à gaz. Cette conception du marché était destinée à favoriser le développement des énergies renouvelables . Il n’a pas posé de problème pendant des années.
Lire aussi :
Aujourd’hui, « la guerre change la donne, la transition écologique également », a rappelé le ministre. La flambée des cours du gaz provoquée par Vladimir Poutine depuis 2021 a fait grimper les prix de l’électricité à des niveaux sans précédent . La France juge ce mécanisme inéquitable, car le gaz ne génère qu’une très faible part de son électricité (environ 7 % en moyenne), majoritairement nucléaire. «C’est un problème de justice», estime une source au sein de l’exécutif.
« Aller au conflit »
Paris demande donc un découplage, pour que le prix de l’électricité ne soit plus déterminé de cette façon. Le gouvernement met la pression sur la Commission européenne : il veut que la réforme soit adoptée « d’ici à six mois », selon la même source. « Ce n’est pas négociable. Nous avons les moyens de faire respecter nos choix », appuie cette source qui n’exclut pas « d’aller au conflit » si les positions françaises n’étaient pas suivies.
La France peut compter sur certains pays pour la soutenir. A commencer par l’Espagne et le Portugal, qui d’ailleurs ont bénéficié d’une dérogation depuis l’an dernier pour découpler les prix du gaz et de l’électricité chez eux. C’était possible sans trop perturber le marché européen car les réseaux d’énergie de la péninsule ibérique sont peu connectés au reste du continent.
Dégager une majorité
La Grèce défend elle aussi une position proche de celle de la France, de même que la Belgique et des pays d’Europe centrale producteurs, eux aussi, d’électricité nucléaire. Mais d’autres se montrent réticents, dont des poids lourds de l’UE comme l’Allemagne et les Pays-Bas. « L’Allemagne n’est pas formellement contre la réforme, veut-on croire au ministère de la Transition énergétique. Beaucoup de pays ont intérêt à aller dans ce sens. Dégager une majorité robuste parmi les Vingt-Sept est tout à fait possible. »
!remindme 7 months
Devoir mettre tout son poids pour quelque chose qui coule de source… On est vraiment pas bons en négociation.
> La France demande une réforme du marché européen de l’électricité dans les six mois
Il y a déjà une réforme du marché en cours… Les consultations ont commencé…
Si je comprends bien, ils veulent élargir les contrats à long terme. Ca ne sera pas forcément moins cher, juste des prix plus stables. Quoi que ça sera même peut-être un peu plus cher en moyenne, du fait de la prise de risque en s’engagent sur des prix à long terme.
Par contre “découpler le prix de l’électricité du prix du gaz”, je vois pas bien comment il compte s’y prendre, mis à part comme prévu étaler les prix dans le temps. Il sera toujours couplé au coût de production marginal (qui ne produiront tout simplement plus si elles doivent produire à perte), mais moins volatil.
Le débat c’est de savoir ce qu’il y a à la place et ce que ça change au final. C’est pas ça qui va augmenter massivement la production d’énergie bas carbone en France ou en Europe aux heures où il y a de la demande, et les prix chers permettent **théoriquement** aux producteurs d’énergie d’être mieux financés et de pouvoir mieux investir. Ca va simplifier la tâche au gouvernement de savoir comment répartir les surprofits énergétiques mais ça ne dit pas comment résoudre le problème de fond.
Quelque soit le prochain système il va être implémenté à un moment de déséquilibre et c’est pas ce système qui va ramener l’équilibre. S’il n’y a pas assez d’énergie, il n’y a pas assez d’énergie, quel qu’en soit le prix. Au mieux ça éviterait des effets ultra spéculatifs de prix de l’électricité qui explosent causant une baisse de la demande et le paradoxe d’une électricité pas totalement utilisée, bien que disponible, à cause de prix trop élevés. Et ça réduira peut-être la spéculation et les profiteurs. C’est là qu’on voit que le monde libéral pour l’énergie ça marche bien en abondance, hors abondance ça demande une gestion fine et à l’échelle de l’Europe il y a l’air d’y avoir personne de compétent pour tout gérer (à la fois le système complet actuel, son future, la planification, ses coûts, et son prix).
J’ai lu des plans de certaines stratégies européennes futures sur l’énergie qui disent “le marché s’occupera de trouver l’optimum”. On voit ce que ça donne déjà maintenant, j’ai hâte de voir ce que ça donnera plus tard.
5 comments
Paris mettra « tout son poids politique » dans la négociation difficile qui s’ouvre à Bruxelles pour réformer le marché européen de l’électricité, annonce le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire. Le gouvernement français veut découpler le prix de l’électricité des cours du gaz d’ici à cet été, mettant la pression sur la Commission.
Bruno Le Maire
« Nous refusons que le prix de l’électricité soit dicté par le prix du gaz, a martelé jeudi Bruno Le Maire, lors d’une rencontre avec la presse. Nous mettrons tout notre poids politique dans la balance. » (JULIEN DE ROSA/AFP)
La France annonce la couleur : elle se montrera intransigeante dans la délicate négociation qui s’ouvre à Bruxelles pour réformer le marché de l’électricité. « Nous refusons que le prix de l’électricité soit dicté par le prix du gaz, a martelé jeudi Bruno Le Maire, lors d’une rencontre avec la presse. Nous mettrons tout notre poids politique dans la balance. »
Demandée de longue date par Paris, cette réforme devrait voir le jour cette année , si les Vingt-Sept parviennent à se mettre d’accord. La Commission européenne s’est engagée à présenter une proposition avant la fin du premier trimestre. D’ici là, les échanges parfois musclés avec les Etats membres se multiplient, ce qui explique la « sortie » appuyée du ministre de l’Economie français.
« La guerre change la donne »
Pour la France, l’enjeu de cette réforme est particulièrement important. Sur les marchés européens, le prix de gros de l’électricité est déterminé principalement par le coût marginal de la source de production la plus chère, qui est en général celui des centrales à gaz. Cette conception du marché était destinée à favoriser le développement des énergies renouvelables . Il n’a pas posé de problème pendant des années.
Lire aussi :
Aujourd’hui, « la guerre change la donne, la transition écologique également », a rappelé le ministre. La flambée des cours du gaz provoquée par Vladimir Poutine depuis 2021 a fait grimper les prix de l’électricité à des niveaux sans précédent . La France juge ce mécanisme inéquitable, car le gaz ne génère qu’une très faible part de son électricité (environ 7 % en moyenne), majoritairement nucléaire. «C’est un problème de justice», estime une source au sein de l’exécutif.
« Aller au conflit »
Paris demande donc un découplage, pour que le prix de l’électricité ne soit plus déterminé de cette façon. Le gouvernement met la pression sur la Commission européenne : il veut que la réforme soit adoptée « d’ici à six mois », selon la même source. « Ce n’est pas négociable. Nous avons les moyens de faire respecter nos choix », appuie cette source qui n’exclut pas « d’aller au conflit » si les positions françaises n’étaient pas suivies.
La France peut compter sur certains pays pour la soutenir. A commencer par l’Espagne et le Portugal, qui d’ailleurs ont bénéficié d’une dérogation depuis l’an dernier pour découpler les prix du gaz et de l’électricité chez eux. C’était possible sans trop perturber le marché européen car les réseaux d’énergie de la péninsule ibérique sont peu connectés au reste du continent.
Dégager une majorité
La Grèce défend elle aussi une position proche de celle de la France, de même que la Belgique et des pays d’Europe centrale producteurs, eux aussi, d’électricité nucléaire. Mais d’autres se montrent réticents, dont des poids lourds de l’UE comme l’Allemagne et les Pays-Bas. « L’Allemagne n’est pas formellement contre la réforme, veut-on croire au ministère de la Transition énergétique. Beaucoup de pays ont intérêt à aller dans ce sens. Dégager une majorité robuste parmi les Vingt-Sept est tout à fait possible. »
!remindme 7 months
Devoir mettre tout son poids pour quelque chose qui coule de source… On est vraiment pas bons en négociation.
> La France demande une réforme du marché européen de l’électricité dans les six mois
Il y a déjà une réforme du marché en cours… Les consultations ont commencé…
https://ec.europa.eu/info/law/better-regulation/have-your-say/initiatives/13668-Electricity-market-reform-of-the-EUs-electricity-market-design_en
Si je comprends bien, ils veulent élargir les contrats à long terme. Ca ne sera pas forcément moins cher, juste des prix plus stables. Quoi que ça sera même peut-être un peu plus cher en moyenne, du fait de la prise de risque en s’engagent sur des prix à long terme.
Par contre “découpler le prix de l’électricité du prix du gaz”, je vois pas bien comment il compte s’y prendre, mis à part comme prévu étaler les prix dans le temps. Il sera toujours couplé au coût de production marginal (qui ne produiront tout simplement plus si elles doivent produire à perte), mais moins volatil.
https://www.euractiv.com/section/electricity/news/eu-launches-debate-on-electricity-market-reform-amid-rising-consumer-bills/
Le débat c’est de savoir ce qu’il y a à la place et ce que ça change au final. C’est pas ça qui va augmenter massivement la production d’énergie bas carbone en France ou en Europe aux heures où il y a de la demande, et les prix chers permettent **théoriquement** aux producteurs d’énergie d’être mieux financés et de pouvoir mieux investir. Ca va simplifier la tâche au gouvernement de savoir comment répartir les surprofits énergétiques mais ça ne dit pas comment résoudre le problème de fond.
Quelque soit le prochain système il va être implémenté à un moment de déséquilibre et c’est pas ce système qui va ramener l’équilibre. S’il n’y a pas assez d’énergie, il n’y a pas assez d’énergie, quel qu’en soit le prix. Au mieux ça éviterait des effets ultra spéculatifs de prix de l’électricité qui explosent causant une baisse de la demande et le paradoxe d’une électricité pas totalement utilisée, bien que disponible, à cause de prix trop élevés. Et ça réduira peut-être la spéculation et les profiteurs. C’est là qu’on voit que le monde libéral pour l’énergie ça marche bien en abondance, hors abondance ça demande une gestion fine et à l’échelle de l’Europe il y a l’air d’y avoir personne de compétent pour tout gérer (à la fois le système complet actuel, son future, la planification, ses coûts, et son prix).
J’ai lu des plans de certaines stratégies européennes futures sur l’énergie qui disent “le marché s’occupera de trouver l’optimum”. On voit ce que ça donne déjà maintenant, j’ai hâte de voir ce que ça donnera plus tard.