Avec la 55e brigade et ses Caesar dans la bataille du Donbass: le récit de l’envoyé spécial du Figaro

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  1. > **Avec la 55e brigade et ses Caesar dans la bataille du Donbass: le récit de l’envoyé spécial du Figaro**
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    > REPORTAGE – Le lieutenant Mykola raconte que sa brigade d’artillerie, avant de venir dans l’est de l’Ukraine, a utilisé les canons français pour déloger les Russes de l’île des Serpents.
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    > Il apparaît soudain, telle une bête imposante, à travers un champ de tournesols que recouvre un délicat manteau blanc. La scène se déroule quelque part dans le sud du Donbass, non loin de la ville occupée de Donetsk. Le long de la route, des villages vidés de leur population et transformés par endroits en champs de ruines. Sitôt le camion immobilisé, deux opérateurs s’emparent d’un obus tandis que le canon Caesar est orienté vers sa position de tir. « Il suffit d’entrer les coordonnées de la cible, ainsi que les conditions de température, d’humidité et de vent, explique le lieutenant Mykola, chef de cette batterie. Puis le Caesar fait tous les calculs et propose de lui-même un angle ainsi qu’une vitesse de tir que nous n’avons plus qu’à valider. » Ce jeudi 2 février, la cible est une position d’infanterie située 27 km plus à l’est. À moins de trois minutes d’intervalle, deux déflagrations assourdissantes soulèvent des volutes de neige. Sans perdre un instant, les soldats ukrainiens rangent leur matériel et remontent à bord du camion, qui disparaît bientôt à l’horizon.
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    > À en croire le colonel Sergii Jouk, commandant de la 55e brigade d’artillerie de l’armée ukrainienne, les 18 canons automoteurs Caesar livrés par la France jouent un rôle central dans le duel brutal en cours dans le Donbass. Son unité, qui fut la première à recevoir des systèmes occidentaux d’artillerie lourde, au printemps dernier, est également dotée de 24 obusiers américains M-777 et de canons automoteurs ukrainiens 2S22 Bohdana. Ces trois types d’armes tirent des obus de 155 mm capables de toucher un objectif situé à plus 30 kilomètres, voire davantage pour certaines munitions, avec une précision redoutable. « Au cours des derniers mois, le Caesar nous a permis de frapper un millier de cibles et de détruire 180 types d’armes différentes – du simple mortier au canon de 203 mm Pion », détaille le colonel Jouk, qui loue sa « grande manœuvrabilité ». « Une fois arrivés sur la position, il nous suffit de trente secondes pour le déployer, puis d’une minute pour tirer cinq obus d’affilée. Face au risque de riposte ennemie, cette rapidité est pour nous un gage de sécurité. »
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    > La 55e brigade, qui couvre actuellement un segment du front long de 150 kilomètres à travers le Donbass, a combattu précédemment dans d’autres régions. Fin juin 2022, elle s’est illustrée en contribuant de manière décisive à libérer l’île des Serpents, un confetti à haute valeur stratégique situé au sud d’Odessa, que la marine russe a occupé aux toutes premières heures de la guerre. Peu après sa capture, ce rocher d’une superficie inférieure à un kilomètre carré était devenu le symbole de la résistance ukrainienne lorsqu’un opérateur radio avait rejeté l’appel à se rendre lancé par son interlocuteur russe, lui lançant : « Navire militaire russe, va te faire foutre ! »
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    > **Des centaines d’obus**
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    > « Pendant cinq jours, au début de l’été, l’un de nos canons Bohdana et deux de nos Caesar ont pilonné sans relâche l’île du Serpent », raconte le lieutenant Mykola, alias « Citröen », qui fut le premier artilleur ukrainien formé au maniement du système français et qui a dirigé cette opération. S’il refuse de révéler ses positions de tir, l’officier affirme qu’elles se trouvaient à 36 kilomètres de l’objectif et que des barges ont été utilisées pour y conduire les Caesar. Il semble donc vraisemblable que les canons français ont frappé depuis le sud de la Bessarabie, une région frontalière de la Roumanie où le delta du Danube cisèle des îlots qui ne sont pas reliés à la terre ferme. Au point le plus proche, un peu plus d’une trentaine de kilomètres les sépare de l’île du Serpent.
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    > « Notre mission était de détruire des systèmes antiaériens et antimissiles, des citernes remplies d’essence ainsi que des dépôts de munitions. On a tiré sans s’arrêter, tandis que les Russes tentaient d’évacuer leur personnel par bateaux. Je pense qu’ils n’ont pas réussi à sauver grand monde. Au bout d’un moment, ils ont envoyé deux hélicoptères pour porter secours à leurs gars, mais ça n’a pas mieux marché. Face à leur défense antiaérienne, on ne pouvait pas utiliser les drones Bayraktar pour frapper sur l’île. Mais on a pu les faire voler à distance, et bénéficier de leur surveillance vidéo pour corriger nos tirs. À la fin du cinquième jour, les Russes ont miné leurs systèmes et quelques-uns ont pu embarquer à bord de leurs patrouilleurs Raptor. » Combien d’obus a-t-il fallu tirer pour parvenir à ce résultat ? Citroën hésite, puis lâche : « Ça se compte par centaines. »
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    > Au cours de cette opération, les artilleurs de la 55e brigade ont exclusivement tiré des projectiles livrés par la France. Mais depuis l’arrivée des Caesar, la pénurie de munitions les contraint à employer aussi d’autres modèles. « Ces derniers mois, nous avons essayé pas moins de huit types d’obus différents pour tenter d’identifier lesquels peuvent convenir à ce canon, explique le colonel Jouk, et nous en avons finalement retenu deux. Les français, qui représentent environ un tiers des munitions tirées jusqu’à présent. Et puis ceux qui nous sont fournis par les États-Unis… »
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    > Confirmant une information récemment fournie par la France, le commandant de la 55e brigade reconnaît qu’un des 18 Caesar confiés à sa responsabilité est hors d’usage. Mais il assure, sans s’étendre, que cette avarie n’est pas due à l’emploi de munitions inadaptées. « Nous avons besoin de pièces détachées en plus grand nombre », plaide le colonel Jouk, avant d’assurer que ses hommes ont appris à gérer nombre de pannes et les problèmes de maintenance. « Nos techniciens, dit-il, sont désormais capables de réparer une bonne partie de ces pépins techniques à proximité du champ de bataille, sans qu’il soit besoin d’immobiliser un canon trop longtemps. »
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    > **Prochaine livraison**
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    > Depuis une dizaine de jours, une partie des Caesar et des M-777 de la 55e brigade sont déployés près de la ville minière de Vouhledar, au sud-ouest de Donetsk, où l’armée russe a lancé de violents assauts. « Ces canons, qui ont récemment travaillé 48 heures d’affilée en ne se repliant que pour aller se ravitailler en munitions, sont un élément clé de nos efforts pour repousser l’ennemi », explique le colonel Jouk. Selon ses estimations, ils ont contribué à tuer plus de 500 soldats russes en une semaine, ainsi que 50 blindés sur les 80 engagés dans cette offensive.
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    > Dans ce contexte, les artilleurs de la 55e brigade accueillent avec satisfaction la promesse française de livrer prochainement un autre lot de 12 Caesar. Ces canons arriveront en Ukraine « dans les semaines qui viennent » et « seront financés dans le cadre du fonds de soutien de 200 millions d’euros », a indiqué mardi Sébastien Lecornu, le ministre de la Défense, lors d’une conférence de presse commune avec son homologue ukrainien, Oleksiy Reznikov. Dix-neuf autres Caesar, promis par le Danemark, doivent aussi être livrés prochainement.
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    > « Sans ce soutien, couplé à la contribution essentielle des nouveaux systèmes de reconnaissance aérienne, il nous serait extrêmement difficile de tenir bon face à une artillerie russe qui compte bien plus de batteries et de munitions, assure le colonel Jouk. Mais la précision des systèmes que nous livrent nos partenaires occidentaux nous permet de compenser ce déséquilibre numérique. » Selon lui, les obus américains de type Excalibur sont capables d’atteindre une cible située à 38 kilomètres avec une précision de cinq mètres. « Notre priorité est aujourd’hui d’obtenir davantage de munitions, explique encore le commandant de la 55e brigade. Car au rythme des combats actuels, nous aurons besoin de 10.000 obus par mois pour tenir dans la durée. »

  2. >Selon lui, les obus américains de type Excalibur sont capables d’atteindre une cible située à 38 kilomètres avec une précision de cinq mètres.

    Ah il me semblait que c’était plus du niveau de 50 km les Excaliburs en Ukraine, ça doit dépendre de la plateforme. Ils en reçoivent environ 500 par mois des ‘ricains, ça coute aussi 100 fois plus qu’un obus normal au passage (~70.000$) du coup c’est uniquement utilisé au compte-goutte.

    Content de voir que le matos français se rende utile pour la bonne cause !

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