Covid: l’impact macroéconomique des fermetures d’écoles

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  1. Covid: l’impact macroéconomique des fermetures d’écoles

    Balázs Égert, Christine de La Maisonneuve, David Turner

    3 février 2023

    Une nouvelle mesure du capital humain, qui distingue les composantes de qualité et de quantité, permet d’estimer l’effet à long terme des fermetures d’écoles liées au Covid-19 sur la productivité globale par le biais du canal du capital humain. Les pertes de productivité s’accumulent au fil du temps et sont estimées, après 45 ans, entre 0,4% et 2,1%, pour respectivement douze semaines et deux ans de fermeture d’école. Ces résultats semblent être globalement cohérents avec les conclusions précédentes de la littérature économique. Deux effets opposés pourraient influencer ces estimations. L’enseignement en ligne réduirait les coûts économiques, tandis que les pertes d’apprentissage dans l’enseignement supérieur (non pris en compte ici) les augmenteraient. Dans les pays qui ont le plus fermé les écoles, des politiques visant à améliorer la qualité de l’éducation et de la formation des adultes seront nécessaires pour compenser ou, au moins, atténuer l’impact de la pandémie sur le capital humain.

    Pertes d’apprentissages

    La pandémie de COVID-19 a entraîné la fermeture partielle ou totale des écoles dans presque tous les pays du monde. En moyenne, dans les pays de l’OCDE, entre mars 2020 et octobre 2021 les bâtiments scolaires ont été totalement fermés pendant 13 semaines, et partiellement fermés pendant 24 autres semaines, ce qui, combiné, équivaut à environ une année scolaire complète.

    Ces chiffres moyens cachent de grandes disparités entre les pays. Alors que les écoles en Suisse et en Islande ont été fermées moins de dix semaines, en Corée, au Chili et en Colombie les fermetures ont duré près d’un an et demi (Figure 1). On suppose ici par convention qu’une année scolaire complète compte 38 semaines.

    *** graphique à voir sur le site

    Figure 1. Durée des fermetures d’écoles entre mars 2020 et octobre 2021 dans les pays de l’OCDE

    *Note : Les « fermetures complètes » (full closures, en orange sur le graphique) font référence à des situations où toutes les écoles ont été fermées dans tout le pays en raison de COVID-19. Les « fermetures partielles » (partial closures, en bleu) font référence aux fermetures d’écoles dans certaines régions ou pour certaines classes, ou avec un enseignement en personne réduit. Les fermetures totales sont définies comme la simple somme non pondérée de ces deux agrégats. Source : UNESCO.*

    ***

    La France, quatrième en partant de la gauche, fait partie des pays qui ont le moins fermé les écoles, en contraste avec ses voisins immédiats qui figurent au milieu du graphique (Allemagne, DEU, et Italie, ITA). Les écoles maternelles, primaires et secondaires y ont été fermées en deux vagues. D’abord, de mars à avril 2020, puis trois semaines en avril 2021. Pour maximiser leur effet sanitaire, les fermetures d’écoles ont chevauché les vacances scolaires. Au total les élèves français ont perdu sensiblement moins de semaines de cours que dans la plupart des pays de l’OCDE.

    Plus de la moitié des pays de l’OCDE se sont appuyés sur l’apprentissage à distance en exploitant des plateformes en ligne, des paquets à emporter, la télévision et la radio, avec des résultats variables qui demandent encore à être évalués. On sait en revanche que les pertes d’apprentissage découlant de la fermeture d’une école peuvent être difficiles à rattraper, notamment si la fermeture a été très longue. Elles peuvent donc avoir un impact économique à long terme sur les élèves concernés, avec des conséquences macroéconomiques durables (voir les études citées en référence).

    Dans les travaux dont nous rendons compte ici, nous exploitons une nouvelle mesure du capital humain, qui combine le nombre moyen d’années de scolarité (MYS, un indicateur de la *quantité* d’éducation) et les données de l’OCDE provenant du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA, un indicateur de représentant la *qualité* de l’éducation).

    Notre méthodologie

    Pour les lecteurs intéressés, voici quelques détails techniques sur notre méthodologie. La nouvelle mesure est une moyenne pondérée par cohorte des anciens scores PISA de la population en âge de travailler et des moyennes d’années de scolarité moyennes. Les pondérations des scores PISA et du nombre moyen d’années de scolarité sont estimées à partir de régressions qui tiennent compte de la façon dont les variables pondérées par la cohorte expliquent les scores du Programme d’évaluation internationale des compétences des adultes (PIACC) .

    Sur la base de cette nouvelle mesure, l’effet de la pandémie peut être calculé séparément sur les scores PISA et sur le nombre moyen d’années de scolarité (MYS), et intégré à la mesure du stock de capital humain. Pour chaque cohorte touchée, les effets de la pandémie sur les scores aux tests MYS et PISA sont additionnés pour estimer l’effet global sur le capital humain. Ils sont calculés en utilisant les élasticités du MYS et du PISA par rapport au capital humain, estimées dans des travaux précédents (Égert *et al.*, 2022). Une moyenne pondérée par la population de l’impact de chaque cohorte affectée est ensuite calculée pour fournir l’effet global sur le capital humain.

    La nouvelle mesure du capital humain présente une corrélation robuste avec la productivité pour les pays de l’OCDE dans les régressions de panel chronologiques entre pays. Cela nous aide à quantifier les pertes macroéconomiques dues aux fermetures d’écoles, qui se reflètent dans les pertes de résultats PISA et d’années de scolarité moyennes.

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