**Dans le village de Saint-Pierre-de-Colombier, une communauté catholique traditionaliste ambitionne de construire un complexe religieux au cœur d’une vallée préservée.**
A l’entrée du village de Saint-Pierre-de-Colombier, en Ardèche, un panneau avertit le visiteur : « Stop béton, non à la construction d’une basilique ». Une basilique ? Dans ce village de 430 âmes ? Le projet, mené par une communauté catholique, la Famille missionnaire de Notre-Dame, prévoit la construction d’une imposante église pouvant accueillir 3 500 personnes, d’un bâtiment d’hébergement, ainsi que d’une aire de parking et d’une passerelle sur la rivière – tous deux déjà quasiment bâtis. Il s’étend sur sept hectares, dont 1,5 hectare bétonné, au cœur du parc naturel des monts d’Ardèche et d’une vallée abritant de nombreuses espèces protégées : crapauds sonneurs à ventre jaune, pies-grièches, loutres…
Depuis des années, le rêve des religieux bâtisseurs sème la zizanie sur ce territoire rural. Nouvelle manifestation, recours juridique… En ce début 2023, la mobilisation est repartie de plus belle après qu’un arrêté préfectoral a autorisé la reprise des travaux, suspendus depuis plus de deux ans. « C’est un projet démesuré, qui a des impacts énormes sur le paysage, sur la biodiversité, sur la vie du village… Et pourtant, on n’a jamais été associés par la municipalité ! », s’indigne Clémence Delahaye, agricultrice et membre du collectif local Les Ami.es de la Bourges, venue montrer l’étendue du chantier dans l’air glacé de janvier.
L’affaire de la basilique de Saint-Pierre-de-Colombier a commencé à s’envenimer dès 2018, lors de l’instruction du permis de construire. Dans sa demande d’examen envoyée à l’autorité environnementale, la Famille missionnaire commet alors un péché originel : aux questions de savoir si son projet se situe dans un parc naturel régional, et s’il est susceptible de perturber la biodiversité existante, celle-ci répond « non ». Les services instructeurs de l’Etat ne relèvent pas et dispensent le projet d’une évaluation environnementale.
« L’autorité environnementale n’a manifestement pas pu fonder sa décision sur des éléments de faits exacts », relèvera un cabinet d’avocats consulté par le parc naturel régional, qui estime qu’un tel projet aurait dû être soumis à une étude d’impact.
**Recours contre l’arrêté de reprise des travaux**
Le permis est donc accordé et les travaux commencent en 2019. Mais la contestation monte. En juin 2020, un début de ZAD s’organise sur le site, vite évacuée… Mais non sans résultats. Le même été, la préfète de l’Ardèche organise une concertation et suspend les travaux. Leur reprise est conditionnée à une étude environnementale réalisée sur quatre saisons – étude toutefois moins complète que l’évaluation dont la Famille missionnaire a été dispensée, qui aurait analysé tous les impacts (eau, air, climat, paysage…) et aurait été soumise à un avis public de l’autorité environnementale.
En mai 2022, un bureau d’études conclut à une incidence du projet « négligeable, voire positive » sur la biodiversité du site à condition que la Famille missionnaire mette en œuvre les mesures préconisées – remise en état des berges, coupe de la végétation en dehors des périodes de nidification… « Les inquiétudes liées aux problématiques écologiques sont désormais levées », conclut la communauté religieuse. Cette étude conduit l’actuel préfet, Thierry Devimeux, à autoriser la reprise des travaux fin novembre. Une décision « conforme au droit, après analyse objective des services de l’Etat au niveau départemental, régional et du ministère de l’écologie », précise M. Devimeux.
Fin de l’histoire ? Pas pour les opposants : Les Ami.es de la Bourges ont déposé, le 27 janvier, un recours contre l’arrêté préfectoral de reprise des travaux.
Pierrot Pantel, écologue et chargé de mission juridique à l’Association nationale pour la biodiversité, qui conseille le collectif, s’étonne : entre la première et la dernière version de l’étude, les impacts finaux du projet sont passés de « faibles » à « négligeables » pour plusieurs espèces de papillons, de chauves-souris ou d’oiseaux, alors même que les mesures préconisées pour éviter ces impacts sont foncièrement les mêmes. « On voit bien que cette étude permet d’éviter une demande de dérogation pour destruction d’espèces protégées, qui n’aurait certainement pas été accordée puisqu’il ne s’agit pas d’un projet d’intérêt public majeur », dit-il.
**Un village déchiré**
Par ailleurs, l’étude n’analyse pas l’état initial du site et de ses espèces, tel qu’il était avant les premiers travaux. Ce qui ne l’empêche pas, malgré l’artificialisation de plusieurs hectares, de prévoir un impact final positif sur une partie de la faune. Le parc naturel régional, qui n’a pas été associé à cette étude malgré sa demande, y relève des biais méthodologiques, et attend un rendez-vous avec le préfet pour livrer son analyse technique.
Son président fulmine d’avoir été mis de côté. « Le nœud du problème pour nous, c’est le non-respect de la charte du parc, qui engage l’Etat et les communes signataires, s’indigne Dominique Allix. Pas de concertation en amont, manque d’intégration des aspects paysagers, impacts sur la biodiversité, artificialisation des sols… Sans compter le vivre-ensemble. »
De fait, à Saint-Pierre-de-Colombier, le village demeure profondément déchiré. Socialement comme politiquement. Aux dernières élections présidentielles, la commune est l’une des rares en France à avoir placé Eric Zemmour en tête (39 %, contre 7 % en moyenne nationale), suivi de Jean-Luc Mélenchon. La Famille missionnaire, communauté traditionaliste et rigoriste, qui suscite selon la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) des « inquiétudes sérieuses », y est devenue omniprésente. De son côté, le maire (divers droite), Gérard Fargier, en poste depuis plus de vingt ans, s’en remet aux décisions de l’Etat. « Le projet apportera de l’activité économique, avec le chantier puis l’afflux de pèlerins », avance-t-il.
Pour les opposants, le salut pourrait finalement venir de l’Eglise : l’évêque de Viviers a interdit en 2020 la construction d’une « chapelle » de cet acabit, du fait de son « aspect démesuré ». Un décret confirmé par le Vatican. Sans l’accord des autorités ecclésiastiques, le projet des religieux restera dans les limbes.
On sait d’où est-ce qu’ils le sortent l’argent des travaux ? Parce que construire une basilique plus tout le complexe qui va avec ça doit couter bonbon.
Mais ils veulent faire quoi avec leur église à 3000 place là ? Nan par ce que tu me dis je veux en construire en pleins de Paris,Lyon, Bordeaux ou Marseille pourquoi pas mais pourquoi une en pleins milieu d’un parc naturel et surtour dans une zone peu habiter.
Y a plus de cathos, c’est une espèce en voie de disparition, alors construire une basilique qui restera probablement vide quel intérêt?
Quand je vois toutes les jolies églises de village qui restent vides et sont même fermées à clé pour éviter les déprédations, la construction de cet édifice me semble complètement déconnectée.
5 comments
[Lien 1](https://www.francetvinfo.fr/france/auvergne-rhone-alpes/ardeche/ardeche-la-basilique-de-la-discorde-divise-saint-pierre-de-colombier_5638988.html)
[Lien 2](https://www.leparisien.fr/ardeche-07/le-chantier-du-futur-lourdes-ardechois-peut-reprendre-09-01-2023-2LVPIY6XHNDRZGHTKSLLAR7GWQ.php)
**Dans le village de Saint-Pierre-de-Colombier, une communauté catholique traditionaliste ambitionne de construire un complexe religieux au cœur d’une vallée préservée.**
A l’entrée du village de Saint-Pierre-de-Colombier, en Ardèche, un panneau avertit le visiteur : « Stop béton, non à la construction d’une basilique ». Une basilique ? Dans ce village de 430 âmes ? Le projet, mené par une communauté catholique, la Famille missionnaire de Notre-Dame, prévoit la construction d’une imposante église pouvant accueillir 3 500 personnes, d’un bâtiment d’hébergement, ainsi que d’une aire de parking et d’une passerelle sur la rivière – tous deux déjà quasiment bâtis. Il s’étend sur sept hectares, dont 1,5 hectare bétonné, au cœur du parc naturel des monts d’Ardèche et d’une vallée abritant de nombreuses espèces protégées : crapauds sonneurs à ventre jaune, pies-grièches, loutres…
Depuis des années, le rêve des religieux bâtisseurs sème la zizanie sur ce territoire rural. Nouvelle manifestation, recours juridique… En ce début 2023, la mobilisation est repartie de plus belle après qu’un arrêté préfectoral a autorisé la reprise des travaux, suspendus depuis plus de deux ans. « C’est un projet démesuré, qui a des impacts énormes sur le paysage, sur la biodiversité, sur la vie du village… Et pourtant, on n’a jamais été associés par la municipalité ! », s’indigne Clémence Delahaye, agricultrice et membre du collectif local Les Ami.es de la Bourges, venue montrer l’étendue du chantier dans l’air glacé de janvier.
L’affaire de la basilique de Saint-Pierre-de-Colombier a commencé à s’envenimer dès 2018, lors de l’instruction du permis de construire. Dans sa demande d’examen envoyée à l’autorité environnementale, la Famille missionnaire commet alors un péché originel : aux questions de savoir si son projet se situe dans un parc naturel régional, et s’il est susceptible de perturber la biodiversité existante, celle-ci répond « non ». Les services instructeurs de l’Etat ne relèvent pas et dispensent le projet d’une évaluation environnementale.
« L’autorité environnementale n’a manifestement pas pu fonder sa décision sur des éléments de faits exacts », relèvera un cabinet d’avocats consulté par le parc naturel régional, qui estime qu’un tel projet aurait dû être soumis à une étude d’impact.
**Recours contre l’arrêté de reprise des travaux**
Le permis est donc accordé et les travaux commencent en 2019. Mais la contestation monte. En juin 2020, un début de ZAD s’organise sur le site, vite évacuée… Mais non sans résultats. Le même été, la préfète de l’Ardèche organise une concertation et suspend les travaux. Leur reprise est conditionnée à une étude environnementale réalisée sur quatre saisons – étude toutefois moins complète que l’évaluation dont la Famille missionnaire a été dispensée, qui aurait analysé tous les impacts (eau, air, climat, paysage…) et aurait été soumise à un avis public de l’autorité environnementale.
En mai 2022, un bureau d’études conclut à une incidence du projet « négligeable, voire positive » sur la biodiversité du site à condition que la Famille missionnaire mette en œuvre les mesures préconisées – remise en état des berges, coupe de la végétation en dehors des périodes de nidification… « Les inquiétudes liées aux problématiques écologiques sont désormais levées », conclut la communauté religieuse. Cette étude conduit l’actuel préfet, Thierry Devimeux, à autoriser la reprise des travaux fin novembre. Une décision « conforme au droit, après analyse objective des services de l’Etat au niveau départemental, régional et du ministère de l’écologie », précise M. Devimeux.
Fin de l’histoire ? Pas pour les opposants : Les Ami.es de la Bourges ont déposé, le 27 janvier, un recours contre l’arrêté préfectoral de reprise des travaux.
Pierrot Pantel, écologue et chargé de mission juridique à l’Association nationale pour la biodiversité, qui conseille le collectif, s’étonne : entre la première et la dernière version de l’étude, les impacts finaux du projet sont passés de « faibles » à « négligeables » pour plusieurs espèces de papillons, de chauves-souris ou d’oiseaux, alors même que les mesures préconisées pour éviter ces impacts sont foncièrement les mêmes. « On voit bien que cette étude permet d’éviter une demande de dérogation pour destruction d’espèces protégées, qui n’aurait certainement pas été accordée puisqu’il ne s’agit pas d’un projet d’intérêt public majeur », dit-il.
**Un village déchiré**
Par ailleurs, l’étude n’analyse pas l’état initial du site et de ses espèces, tel qu’il était avant les premiers travaux. Ce qui ne l’empêche pas, malgré l’artificialisation de plusieurs hectares, de prévoir un impact final positif sur une partie de la faune. Le parc naturel régional, qui n’a pas été associé à cette étude malgré sa demande, y relève des biais méthodologiques, et attend un rendez-vous avec le préfet pour livrer son analyse technique.
Son président fulmine d’avoir été mis de côté. « Le nœud du problème pour nous, c’est le non-respect de la charte du parc, qui engage l’Etat et les communes signataires, s’indigne Dominique Allix. Pas de concertation en amont, manque d’intégration des aspects paysagers, impacts sur la biodiversité, artificialisation des sols… Sans compter le vivre-ensemble. »
De fait, à Saint-Pierre-de-Colombier, le village demeure profondément déchiré. Socialement comme politiquement. Aux dernières élections présidentielles, la commune est l’une des rares en France à avoir placé Eric Zemmour en tête (39 %, contre 7 % en moyenne nationale), suivi de Jean-Luc Mélenchon. La Famille missionnaire, communauté traditionaliste et rigoriste, qui suscite selon la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) des « inquiétudes sérieuses », y est devenue omniprésente. De son côté, le maire (divers droite), Gérard Fargier, en poste depuis plus de vingt ans, s’en remet aux décisions de l’Etat. « Le projet apportera de l’activité économique, avec le chantier puis l’afflux de pèlerins », avance-t-il.
Pour les opposants, le salut pourrait finalement venir de l’Eglise : l’évêque de Viviers a interdit en 2020 la construction d’une « chapelle » de cet acabit, du fait de son « aspect démesuré ». Un décret confirmé par le Vatican. Sans l’accord des autorités ecclésiastiques, le projet des religieux restera dans les limbes.
[Suspicions de dérives sectaires](https://fr.wikipedia.org/wiki/Famille_missionnaire_de_Notre-Dame#Suspicions_de_d%C3%A9rives_sectaires)
On sait d’où est-ce qu’ils le sortent l’argent des travaux ? Parce que construire une basilique plus tout le complexe qui va avec ça doit couter bonbon.
Mais ils veulent faire quoi avec leur église à 3000 place là ? Nan par ce que tu me dis je veux en construire en pleins de Paris,Lyon, Bordeaux ou Marseille pourquoi pas mais pourquoi une en pleins milieu d’un parc naturel et surtour dans une zone peu habiter.
Y a plus de cathos, c’est une espèce en voie de disparition, alors construire une basilique qui restera probablement vide quel intérêt?
Quand je vois toutes les jolies églises de village qui restent vides et sont même fermées à clé pour éviter les déprédations, la construction de cet édifice me semble complètement déconnectée.