**Des trains trop larges pour passer dans les tunnels, la coûteuse bourde des chemins de fer espagnols**
Sandrine Morel
La Renfe a fourni de mauvaises informations au constructeur CAF pour de nouveaux trains régionaux en Cantabrie et dans les Asturies. L’erreur sera coûteuse, et a provoqué des évictions au plus haut niveau de la compagnie nationale.
L’intention de l’opérateur ferroviaire public espagnol, la Renfe, était bonne : rénover le parc ferroviaire de Cantabrie et des Asturies, dans le nord du pays, vieux de quarante ans et de plus en plus sujet à des avaries.
Mais l’erreur de calcul qui s’est glissée dans son cahier des charges risque de lui coûter très cher. Les dimensions indiquées des trains, en effet, étaient trop grandes.
A tel point que si le constructeur ferroviaire basque CAF s’était contenté de suivre les indications que lui a fournies Renfe, en 2020, quand il a remporté l’appel d’offres, les trente et un trains de voie métrique qu’il aurait livrés ne seraient pas entrés dans les tunnels… Le constructeur s’en est rendu compte relativement à temps, au moment de la conception, ce qui n’empêchera pas la livraison de subir un retard de deux à trois ans, et le projet, initialement chiffré à 258 millions d’euros, de souffrir d’un surcoût certain, d’un montant encore inconnu.
« J’espère que des têtes tomberont ! », a réagi, jeudi 2 février, le président du gouvernement régional de Cantabrie, Miguel Angel Revilla, sans cacher sa colère contre ce qu’il a qualifié de « travail de cochon monumental ». La ministre espagnole du transport, Raquel Sanchez, s’est excusée et l’a pris au pied de la lettre. Samedi 4 février, elle a annoncé la destitution de l’ancien responsable de la gestion du matériel de Renfe au moment de l’adjudication des nouveaux trains, et du chef de l’inspection et de la technologie des voies ferrées du gestionnaire du réseau ferré, ADIF. Pour commencer.
**Des sous-marins trop lourds**
Par ailleurs, un audit interne a été demandé, chez ADIF comme chez Renfe, afin d’examiner les failles qui ont conduit à l’erreur. Enfin, mercredi 8 février, un groupe de travail réunissant toutes les parties prenantes dans l’affaire devait se réunir afin d’accélérer le processus de rectification. Les trente et un trains régionaux devaient initialement être livrés dans le courant de l’année 2024. A présent, le ministère espère au mieux pouvoir disposer de nouveaux plans cet été.
Pour aller au plus vite, Renfe mettra un de ses vieux trains en circulation à disposition de CAF, afin que la compagnie dispose d’un gabarit de référence. La commande est, il est vrai, complexe. En appliquant les normes actuelles de sécurité sur ce réseau ancien de voies étroites, la largeur des rames doit être sérieusement réduite afin de garder la distance requise avec les parois des tunnels. Mais, dès lors, la capacité d’emport des rames se retrouve très inférieure au niveau actuel, ce qui ne peut que dégrader le service aux voyageurs.
L’erreur de calcul sur ces trains régionaux a provoqué une vive controverse et de nombreuses moqueries sur les réseaux sociaux. Elle n’est pas sans rappeler celle qui avait perturbé la construction de quatre sous-marins S-80, à partir de 2005, par la compagnie nationale espagnole Navantia. Alors qu’une livraison était initialement prévue en 2012, pour un coût de 1,8 milliard d’euros, ces navires ultramodernes ont englouti près de 4 milliards d’euros de fonds publics et n’ont toujours pas été livrés.
Entre-temps, en 2013, le constructeur s’est rendu compte que le sous-marin pesait trop lourd pour que sa flottabilité soit garantie, et a décidé son allongement de près de 10 mètres. Conséquence de cette modification : les navires ne rentraient plus dans la base sous-marine du port de Carthagène, dans le sud du pays, qu’il avait fallu agrandir… Leur livraison est attendue pour cette année 2023, avec plus de dix ans de retard.
> « J’espère que des têtes tomberont ! », a réagi, jeudi 2 février, le président du gouvernement régional de Cantabrie, Miguel Angel Revilla, sans cacher sa colère contre ce qu’il a qualifié de « ***travail de cochon monumental*** »
J’adore cette expression.
>Il n’y a pas de train trop large. Il n’y a que des voies trop étroites.
5 comments
Hé mais je l’ai déjà vu cet épisode !
**Des trains trop larges pour passer dans les tunnels, la coûteuse bourde des chemins de fer espagnols**
Sandrine Morel
La Renfe a fourni de mauvaises informations au constructeur CAF pour de nouveaux trains régionaux en Cantabrie et dans les Asturies. L’erreur sera coûteuse, et a provoqué des évictions au plus haut niveau de la compagnie nationale.
L’intention de l’opérateur ferroviaire public espagnol, la Renfe, était bonne : rénover le parc ferroviaire de Cantabrie et des Asturies, dans le nord du pays, vieux de quarante ans et de plus en plus sujet à des avaries.
Mais l’erreur de calcul qui s’est glissée dans son cahier des charges risque de lui coûter très cher. Les dimensions indiquées des trains, en effet, étaient trop grandes.
A tel point que si le constructeur ferroviaire basque CAF s’était contenté de suivre les indications que lui a fournies Renfe, en 2020, quand il a remporté l’appel d’offres, les trente et un trains de voie métrique qu’il aurait livrés ne seraient pas entrés dans les tunnels… Le constructeur s’en est rendu compte relativement à temps, au moment de la conception, ce qui n’empêchera pas la livraison de subir un retard de deux à trois ans, et le projet, initialement chiffré à 258 millions d’euros, de souffrir d’un surcoût certain, d’un montant encore inconnu.
« J’espère que des têtes tomberont ! », a réagi, jeudi 2 février, le président du gouvernement régional de Cantabrie, Miguel Angel Revilla, sans cacher sa colère contre ce qu’il a qualifié de « travail de cochon monumental ». La ministre espagnole du transport, Raquel Sanchez, s’est excusée et l’a pris au pied de la lettre. Samedi 4 février, elle a annoncé la destitution de l’ancien responsable de la gestion du matériel de Renfe au moment de l’adjudication des nouveaux trains, et du chef de l’inspection et de la technologie des voies ferrées du gestionnaire du réseau ferré, ADIF. Pour commencer.
**Des sous-marins trop lourds**
Par ailleurs, un audit interne a été demandé, chez ADIF comme chez Renfe, afin d’examiner les failles qui ont conduit à l’erreur. Enfin, mercredi 8 février, un groupe de travail réunissant toutes les parties prenantes dans l’affaire devait se réunir afin d’accélérer le processus de rectification. Les trente et un trains régionaux devaient initialement être livrés dans le courant de l’année 2024. A présent, le ministère espère au mieux pouvoir disposer de nouveaux plans cet été.
Pour aller au plus vite, Renfe mettra un de ses vieux trains en circulation à disposition de CAF, afin que la compagnie dispose d’un gabarit de référence. La commande est, il est vrai, complexe. En appliquant les normes actuelles de sécurité sur ce réseau ancien de voies étroites, la largeur des rames doit être sérieusement réduite afin de garder la distance requise avec les parois des tunnels. Mais, dès lors, la capacité d’emport des rames se retrouve très inférieure au niveau actuel, ce qui ne peut que dégrader le service aux voyageurs.
L’erreur de calcul sur ces trains régionaux a provoqué une vive controverse et de nombreuses moqueries sur les réseaux sociaux. Elle n’est pas sans rappeler celle qui avait perturbé la construction de quatre sous-marins S-80, à partir de 2005, par la compagnie nationale espagnole Navantia. Alors qu’une livraison était initialement prévue en 2012, pour un coût de 1,8 milliard d’euros, ces navires ultramodernes ont englouti près de 4 milliards d’euros de fonds publics et n’ont toujours pas été livrés.
Entre-temps, en 2013, le constructeur s’est rendu compte que le sous-marin pesait trop lourd pour que sa flottabilité soit garantie, et a décidé son allongement de près de 10 mètres. Conséquence de cette modification : les navires ne rentraient plus dans la base sous-marine du port de Carthagène, dans le sud du pays, qu’il avait fallu agrandir… Leur livraison est attendue pour cette année 2023, avec plus de dix ans de retard.
> « J’espère que des têtes tomberont ! », a réagi, jeudi 2 février, le président du gouvernement régional de Cantabrie, Miguel Angel Revilla, sans cacher sa colère contre ce qu’il a qualifié de « ***travail de cochon monumental*** »
J’adore cette expression.
>Il n’y a pas de train trop large. Il n’y a que des voies trop étroites.
Rocco Siffredi, chef de projet à la Renfe.
Ça arrive aux plus grands https://www.europe1.fr/economie/Trains-trop-larges-a-la-SNCF-quelques-centimetres-qui-vont-couter-des-millions-659206