Oui, les entreprises abusent des départs de séniors, souligne l’Unedic

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  1. [challenges.fr](https://www.challenges.fr/entreprise/oui-les-entreprises-abusent-des-departs-de-seniors-souligne-lunedic_847291)

    Oui, les entreprises abusent des départs de séniors, souligne l’Unedic
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    Eric Treguier

    5–6 minutes

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    C’est un beau pavé dans la mare qu’a jeté l’organisme de l’assurance chômage, ce mercredi 1er mars, en publiant [cette étude](https://www.unedic.org/publications/articulation-entre-assurance-chomage-et-retraites). En France aujourd’hui, seules 56% des personnes âgées de 55 à 64 ans sont en emploi. Et en remettre la moitié au travail (plus de cotisations, moins d’allocations versées) [suffirait à redresser les comptes de la retraite](https://www.challenges.fr/economie/retraites-que-pensent-les-economistes-de-la-reforme_844279), et rendrait inutile [la réforme des retraites en cours de discussion au Parlement](https://www.challenges.fr/politique/retraites-le-senateur-lr-savary-compte-bien-peser-sur-la-reforme_846660)…

    Mais, soulignait récemment François Asselin, président de la CPME, la Confédération des petites et moyennes entreprises, “si l’on part à la retraite plus tard mais qu’on continue à quitter l’entreprise avant l’âge légal, la réforme, présenté comme gagnante, sera finalement à somme nulle”. En effet, ce que le régime de retraite gagnera avec davantage de cotisations sera perdu par les prestations accrues que devront verser l’assurance chômage et l’allocation de solidarité spécifique.

    Cet effet pervers a déjà été souligné pour la réforme de l’assurance chômage de 2021, avec sa dégressivité de 30% à partir de six mois d’indemnisation pour les indemnités supérieures à 2.600 euros. [Les économistes de l’OFCE, dans une étude](https://www.ofce.sciences-po.fr/pdf/etudes/2022/EtudeOFCE-03-2022.pdf), ont eux aussi souligné les fausses économies réalisées.

    Lire aussi[_Comment le gouvernement a raboté la retraite minimum à 1.200 euros_](https://www.challenges.fr/politique/comment-le-gouvernement-a-rabote-la-retraite-minimum-a-1-200-euros_846429)

    A la charge de la solidarité
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    [Illustration Unédic, le 26 septembre 2019. Crédit : Vincent Loison/SIPA](https://www.challenges.fr/assets/inline-img/2021/05/03/w453-571139-sipa-00913701-000020.jpg)

    _L’étude de l’Unedic s’est intéressée aux “ruptures conventionnelles”, plus nombreuses pour les séniors que pour le reste des salariés. Crédit: Vincent Loison/SIPA_

    Pour dénoncer les politiques opportunistes des entreprises, l’Unédic s’est penché sur ce qu’on appelle généralement les “ruptures conventionnelles”. Et elle a constaté une nette hausse de ces ruptures à 59 ans (pour un âge légal de départ à la retraite fixé à 62 ans). La hausse est nette: le chômage après une rupture conventionnelle n’est que de 17% à 56 ans, mais il grimpe à 25% à 59 ans, constate l’Unédic. Le constat était le même en 2010: le pic des ruptures était à l’époque à 57-58 ans, trois ans, donc, avant l’âge légal de départ qui était encore à l’époque de 60 ans. C’est bien la preuve qu’il s’agit d’une stratégie parfaitement rodée – et parfois avalisée par les syndicats et les salariés – des entreprises pour se séparer de leurs seniors.

    Lire aussi[_Retraites : le double discours du patronat sur l’emploi des seniors_](https://www.challenges.fr/politique/retraites-le-double-discours-du-patronat-sur-lemploi-des-seniors_841789)

    Et [il est à parier que ces ruptures vont se décaler](https://www.challenges.fr/emploi/reforme-des-retraites-quel-impact-pour-le-chomage-des-seniors-et-des-jeunes_842004) avec la mise en place des nouvelles règles de l’assurance chômage qui réduisent la durée d’indemnisation maximale de 25% pour les nouveaux entrants au chômage. Les plus de 55 ans ne seront plus couvert que pendant 27 mois, contre 36 mois actuellement.

    L’âge, facteur de discrimination
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    Le recul de l’âge légal de départ risque d’accentuer cette tendance. “Il existe un risque économique et social important”, alertait d’ailleurs, début février la directrice générale adjointe de l’Apec (Association pour l’emploi des cadres), Laetitia Niaudeau. Le chômage des plus de 50 ans concernait déjà, en décembre dernier, 1,4 million de personnes. C’est le deuxième [facteur de discrimination dans l’entreprise après le sexe](https://www.challenges.fr/femmes/non-la-reforme-des-retraites-n-est-pas-juste-pour-les-femmes_841542).

    Et leur retour à l’emploi difficile n’est pas qu’une question d’adaptabilité ou de salaire jugé trop élevé par les employeurs. Après un début de recherche sur la base des critères de leur ancien poste (rémunération, CDI, etc.), “beaucoup sont prêts à faire des ajustements sur leur niveau de responsabilité, leur volume horaire ou leur salaire”, ajoute Laetitia Niaudeau.

    Des solutions inefficaces
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    Les gouvernements successifs ont bien tenté de freiner ce recours au chômage des seniors par les entreprises. Ils ont, par exemple, [instauré la “contribution Delalande”](https://www.challenges.fr/entreprise/allongement-de-la-liste-des-exonerations-a-la-contributions-delalande_393730). Elle consistait à taxer les entreprises qui se séparaient de leurs salariés les plus âgés, avec pour conséquence une nette réduction des embauches des plus de 50 ans. Ils ont aussi tenté le “contrat de génération”, qui favorisait le maintien des seniors en emploi. Sans plus de succès.

    Le gouvernement Borne veut mettre en place un “index seniors” dans son projet de réforme en discussion au Sénat, pour inciter les entreprises à maintenir les salariés de plus de 55 ans en emploi. Mais la mesure parait faible face à l’ampleur du problème. Et surtout, peu contraignante. Peu convaincue, l’Assemblée nationale a d’ailleurs rejeté cette proposition, même si le texte de la réforme n’a pas fait l’objet d’un vote final.

    Il faudra sans doute aller plus loin. Les chefs d’entreprises le reconnaissent eux-mêmes: 57% d’entre eux considèrent que les grandes entreprises n’en font pas assez pour favoriser le travail des plus âgés, révèle le sondage [“](https://www.cci.fr/sites/g/files/mwbcuj1451/files/2023-02/Vague%20de%20f%C3%A9vrier%202023%20GCE.pdf)[La grande consultation des entrepreneurs” d’O](https://www.cci.fr/sites/g/files/mwbcuj1451/files/2023-02/Vague%20de%20f%C3%A9vrier%202023%20GCE.pdf)[pinionway](https://www.cci.fr/sites/g/files/mwbcuj1451/files/2023-02/Vague%20de%20f%C3%A9vrier%202023%20GCE.pdf), publié fin février et commandé par CCI France, _La Tribune_ et LCI.

  2. >Mais, soulignait récemment François Asselin, président de la CPME, la Confédération des petites et moyennes entreprises, “si l’on part à la retraite plus tard mais qu’on continue à quitter l’entreprise avant l’âge légal, la réforme, présenté comme gagnante, sera finalement à somme nulle”. En effet, ce que le régime de retraite gagnera avec davantage de cotisations sera perdu par les prestations accrues que devront verser l’assurance chômage et l’allocation de solidarité spécifique.

    En corollaire: augmenter l’âge de départ à la retraite ce n’est pas que pour faire travailler les gens plus longtemps, ou pour payer moins de retraite (car ceux qui partent plus tard sont mécaniquement à la retraite moins longtemps).

    C’est aussi payer moins de retraite car les séniors se font virer et n’ont donc pas tous leurs trimestres.

    Bref, du turbo-libéralisme.

  3. Est-ce qu’il existe des lois ou autre dispositifs qui freinent la mise au chômage aussi proche de la retraite ?

    Je ne sais pas si ça existe, mais une idée ça serait plus une personne est proche de la retraite, plus ça coute cher de la licencier. En multipliant les indemnités par exemple. (Je suis total noob sur ces sujets là, c’est des vraies questions)

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