**Des approximations sur le montant brut, en passant par une volte-face sur le chiffrage des bénéficiaires, le gouvernement s’est enlisé depuis plusieurs mois dans une communication brumeuse.**
Le débat est compliqué parce que le gouvernement le rend compliqué en disant l’inverse de ce qu’il fait. » [Sur le plateau de l’émission « C ce soir »](https://www.youtube.com/watch?v=Ke99pqfO9os&ab_channel=Ccesoir), le 16 février, l’économiste Michaël Zemmour a résumé en une phrase les incohérences de l’exécutif autour des 1 200 euros de « pension minimale », l’une des mesures phares de la réforme des retraites.
Depuis la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron au printemps 2022, jusqu’aux débats chaotiques à l’Assemblée nationale, au mois de février, l’exécutif a multiplié les approximations et les contradictions, voire les inexactitudes, sur cette mesure.
Illusion d’une « pension minimale » à 1 200 euros, montants inexacts, calculs flous du nombre de bénéficiaires… retour sur les couacs qui ont émaillé la communication gouvernementale autour de ces 1 200 euros qui devaient incarner la « jambe gauche » de la réforme, contrepartie sociale d’un projet demandant aux Français de travailler plus longtemps.
**Pension complète ou pension minimale, une mesure floue dès la campagne présidentielle**
Emmanuel Macron a renoncé à réformer le système des retraites lors de son premier mandat en raison de la crise sanitaire. Mais le président de la République en a fait le projet majeur de son second quinquennat. Lors de la campagne, le président-candidat avait annoncé que le report progressif à 64 ou 65 ans de l’âge légal de départ serait accompagné d’un geste fort pour les petites pensions, avec la mise en place d’une pension minimale de 1 100 euros pour les anciens comme pour les nouveaux retraités.
Mais ses propres prises de parole se sont contredites. Le 21 avril 2022, il déclarait sur France 2 que son « objectif » était « de pouvoir monter les pensions à 1 100 euros pour une pension complète minimale » – excluant de fait tous les retraités qui ne sont pas à taux plein. Mais la nuance disparaissait dans sa profession de foi envoyée à tous les Français avant le second tour de l’élection présidentielle, où le candidat laissait à penser que tous les retraités bénéficieraient d’une retraite plancher à 1 100 euros, carrière complète ou non.
Mais un mois plus tard, il est démenti par Olivier Dussopt, qui évoque 1 200 euros brut :
> *« Les modalités de revalorisation des petites pensions font que les 1 200 € brut seront plutôt pour des gens qui auront travaillé à temps plein l’essentiel de leur vie. »*
Le calcul fait par le gouvernement, basé sur le montant net du smic, participe de la confusion.
**Une augmentation de 100 euros ne signifie pas une pension atteignant 1 200 euros**
Lors de la présentation de la réforme, la première ministre, Elisabeth Borne, a laissé entendre que les personnes qui bénéficieront d’une hausse de 100 euros verraient leur pension atteindre les 1 200 euros :
> *« Les salariés et les indépendants qui ont cotisé toute leur vie avec des revenus autour du smic partiront désormais avec une pension de 85 % du smic net, soit une augmentation de 100 euros par mois. C’est près de 1 200 euros par mois dès cette année. »*
C’est pourtant trompeur. Pour la revalorisation des petites retraites, le gouvernement a en effet choisi de jouer sur le minimum contributif (« mico »), relevé de 100 euros pour une carrière complète – 25 euros pour la partie « socle » et 75 euros pour la partie majorée. Mais il s’agit du montant maximum que peuvent espérer les bénéficiaires. La plupart ne percevront en réalité qu’une partie de cette revalorisation. Et ceux qui profiteront de cette hausse de 100 euros ne sont pas forcément ceux qui atteindront les 1 200 euros de pension totale (retraite de base + complémentaire).
**Qui touchera 1 200 euros ? « Tous les retraités » ? « Deux millions de retraités » ?**
Alors qu’une course contre la montre s’engage pour faire appliquer cette réforme dès le mois de septembre, plusieurs ministres arpentent en janvier les plateaux télévisés pour défendre le texte, en mettant en avant la « mesure de justice » que représenterait la hausse des petites pensions. Mais, là encore, certaines déclarations sèment le trouble, avec des ministres promettant une pension à 1 200 euros brut à un grand nombre de retraités :
> *« Ce n’est pas simplement les nouveaux retraités, c’est tous les retraités à partir du mois de septembre qui vont pouvoir avoir droit à ces 1 200 euros de retraite brut, 85 % du smic net. »*
> *« Il y a des inégalités très importantes dans la retraite entre les femmes et les hommes. C’est aussi pour ça que nous mettons un plancher à 1 200 euros. »*
> *« La retraite minimum était initialement dans le projet qu’on avait conçue, réservée aux nouveaux entrants dans le système de retraite, elle concernera tous les Français. »*
Un bien long article pour dire ”le gouvernement a essayé de nous prendre pour des cons”
Le gouvernement est dans son rôle de communication brouillée, c’est triste mais rien de neuf.
Pour moi le plus choquant ce sont les journalistes qui, dans leur ensemble, n’ont rien vu à l’entourloupe pourtant grosse comme une maison, et tous les articles de décodages après coup sont totalement inutiles face au manque de lucidité et de réaction sur le moment. Si les contrepouvoirs ne font pas leur travail par amateurisme, on n’est pas rendus.
Qui croyait sérieusement obtenir une pension min de 1200€ pour une carrière incomplète ? Ça n’aurait aucun sens.
Le gouvernement s’est tellement planté dans sa communication que personne n’est conscient de la revalorisation d’un quart des futurs retraites.
4 comments
**Des approximations sur le montant brut, en passant par une volte-face sur le chiffrage des bénéficiaires, le gouvernement s’est enlisé depuis plusieurs mois dans une communication brumeuse.**
Le débat est compliqué parce que le gouvernement le rend compliqué en disant l’inverse de ce qu’il fait. » [Sur le plateau de l’émission « C ce soir »](https://www.youtube.com/watch?v=Ke99pqfO9os&ab_channel=Ccesoir), le 16 février, l’économiste Michaël Zemmour a résumé en une phrase les incohérences de l’exécutif autour des 1 200 euros de « pension minimale », l’une des mesures phares de la réforme des retraites.
Depuis la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron au printemps 2022, jusqu’aux débats chaotiques à l’Assemblée nationale, au mois de février, l’exécutif a multiplié les approximations et les contradictions, voire les inexactitudes, sur cette mesure.
Illusion d’une « pension minimale » à 1 200 euros, montants inexacts, calculs flous du nombre de bénéficiaires… retour sur les couacs qui ont émaillé la communication gouvernementale autour de ces 1 200 euros qui devaient incarner la « jambe gauche » de la réforme, contrepartie sociale d’un projet demandant aux Français de travailler plus longtemps.
**Pension complète ou pension minimale, une mesure floue dès la campagne présidentielle**
Emmanuel Macron a renoncé à réformer le système des retraites lors de son premier mandat en raison de la crise sanitaire. Mais le président de la République en a fait le projet majeur de son second quinquennat. Lors de la campagne, le président-candidat avait annoncé que le report progressif à 64 ou 65 ans de l’âge légal de départ serait accompagné d’un geste fort pour les petites pensions, avec la mise en place d’une pension minimale de 1 100 euros pour les anciens comme pour les nouveaux retraités.
Mais ses propres prises de parole se sont contredites. Le 21 avril 2022, il déclarait sur France 2 que son « objectif » était « de pouvoir monter les pensions à 1 100 euros pour une pension complète minimale » – excluant de fait tous les retraités qui ne sont pas à taux plein. Mais la nuance disparaissait dans sa profession de foi envoyée à tous les Français avant le second tour de l’élection présidentielle, où le candidat laissait à penser que tous les retraités bénéficieraient d’une retraite plancher à 1 100 euros, carrière complète ou non.
> *« Pour une retraite minimale à 1 100 euros pour tous grâce au décalage progressif de l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans. »*
>
> **Emmanuel Macron**, candidat à sa réélection, [dans sa profession de foi](https://www.cnccep.fr/pdfs/Candidat-07-Emmanuel-Macron-Declaration-2nd-tour-accessible.pdf) avant le second tour du 24 avril 2022
**1 200 euros, net ou brut ?**
Réélu, Emmanuel Macron a poussé pour que la réforme [soit menée rapidement](https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/12/14/reforme-des-retraites-elisabeth-borne-garde-l-espoir-d-amadouer-l-opinion_6154304_823448.html). Avec une évolution au passage : l’engagement de campagne était passé de 1 100 à 1 200 euros pour tenir compte de l’inflation, puisque l’engagement était d’atteindre 85 % du smic ([qui a été revalorisé](https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/07/31/smic-allocation-de-rentree-scolaire-covid-19-ce-qui-change-le-1er-aout_6136744_3234.html)).
Mais une interrogation demeure : parle-t-on de 1 200 euros net ou brut ? Dans un premier temps, Franck Riester avance la première hypothèse :
> *« L’objectif est qu’avec une carrière complète, personne ne parte en retraite avec moins de 1 200 euros net par mois, soit 85 % du Smic. »*
>
> **Franck Riester**, ministre des relations avec le Parlement, le 9 décembre 2022 dans [Sud Ouest](https://www.sudouest.fr/politique/reforme-des-retraites-pas-moins-de-1-200-euros-net-pour-une-carriere-complete-13315453.php)
Mais un mois plus tard, il est démenti par Olivier Dussopt, qui évoque 1 200 euros brut :
> *« Les modalités de revalorisation des petites pensions font que les 1 200 € brut seront plutôt pour des gens qui auront travaillé à temps plein l’essentiel de leur vie. »*
> **Olivier Dussopt**, ministre du travail, le 10 janvier 2023 sur [BFMTV](https://www.bfmtv.com/replay-emissions/90-minutes-aurelie-casse/retraites-le-ministre-repond-a-vos-questions-10-01_VN-202301100809.html)
Le calcul fait par le gouvernement, basé sur le montant net du smic, participe de la confusion.
**Une augmentation de 100 euros ne signifie pas une pension atteignant 1 200 euros**
Lors de la présentation de la réforme, la première ministre, Elisabeth Borne, a laissé entendre que les personnes qui bénéficieront d’une hausse de 100 euros verraient leur pension atteindre les 1 200 euros :
> *« Les salariés et les indépendants qui ont cotisé toute leur vie avec des revenus autour du smic partiront désormais avec une pension de 85 % du smic net, soit une augmentation de 100 euros par mois. C’est près de 1 200 euros par mois dès cette année. »*
> **Elisabeth Borne**, première ministre, le 10 janvier 2023 [lors de la présentation de la réforme](https://www.vie-publique.fr/discours/287799-elisabeth-borne-10012023-reforme-des-retraites)
C’est pourtant trompeur. Pour la revalorisation des petites retraites, le gouvernement a en effet choisi de jouer sur le minimum contributif (« mico »), relevé de 100 euros pour une carrière complète – 25 euros pour la partie « socle » et 75 euros pour la partie majorée. Mais il s’agit du montant maximum que peuvent espérer les bénéficiaires. La plupart ne percevront en réalité qu’une partie de cette revalorisation. Et ceux qui profiteront de cette hausse de 100 euros ne sont pas forcément ceux qui atteindront les 1 200 euros de pension totale (retraite de base + complémentaire).
**Qui touchera 1 200 euros ? « Tous les retraités » ? « Deux millions de retraités » ?**
Alors qu’une course contre la montre s’engage pour faire appliquer cette réforme dès le mois de septembre, plusieurs ministres arpentent en janvier les plateaux télévisés pour défendre le texte, en mettant en avant la « mesure de justice » que représenterait la hausse des petites pensions. Mais, là encore, certaines déclarations sèment le trouble, avec des ministres promettant une pension à 1 200 euros brut à un grand nombre de retraités :
> *« Ce n’est pas simplement les nouveaux retraités, c’est tous les retraités à partir du mois de septembre qui vont pouvoir avoir droit à ces 1 200 euros de retraite brut, 85 % du smic net. »*
> **Bruno Le Maire**, ministre de l’économie, le 11 janvier 2023 sur [France 2](https://www.youtube.com/watch?v=_KKzdWBe-TM&ab_channel=T%C3%A9l%C3%A9Matin)
> *« Deux millions de retraités actuels qui ont une retraite inférieure à 1 200 euros verront leur retraite majorée à 1 200 euros brut par mois. »*
> **Olivier Véran**, porte-parole du gouvernement, le 11 janvier 2023 sur [France Info](https://www.youtube.com/watch?v=StsFHC_0_Mg&t=352s&ab_channel=franceinfo)
Il n’en fallait pas plus pour complexifier davantage ce débat. Et ce, d’autant plus qu’après la présentation du projet en conseil des ministres, le 23 janvier, et son examen à l’Assemblée nationale, à partir du 6 février, d’autres membres du gouvernement ont continué à faire croire à une retraite minimale. Et ce alors même que des médias tel que [Mediapart](https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/150123/le-mirage-des-petites-retraites-1-200-euros), [Libération](https://www.liberation.fr/checknews/minimum-de-pension-a-1-200-euros-les-petits-mensonges-et-grosses-approximations-du-gouvernement-sur-les-beneficiaires-20230204_5BPZXSHV2ZDWFPGOQX2Y54GXLI/), [Alternatives économiques](https://www.alternatives-economiques.fr/combien-de-retraites-toucheront-vraiment-pension-a-1-200-euros/00105812) avaient démontré « le mirage de cette retraite à 1 200 euros ».
> *« Il y a des inégalités très importantes dans la retraite entre les femmes et les hommes. C’est aussi pour ça que nous mettons un plancher à 1 200 euros. »*
> **Marlène Schiappa**, secrétaire d’Etat chargée de l’économie sociale et solidaire, le 28 janvier 2023 sur [France Info](https://www.francetvinfo.fr/economie/retraite/reforme-des-retraites/retraites-avec-une-pension-minimale-a-1-200-euros-on-sortira-d-une-forme-de-misere-beaucoup-de-retraites-notamment-des-femmes-assure-marlene-schiappa_5627705.html)
> *« Nous avons voulu garantir une retraite minimale à 1 200 euros pour ceux qui ont les niveaux de retraite les plus faibles. »*
> **Bruno Le Maire**, ministre de l’économie, le 2 février 2023 sur [LCI](https://www.vie-publique.fr/discours/288071-bruno-le-maire-02022023-politique-economique)
> *« La retraite minimum était initialement dans le projet qu’on avait conçue, réservée aux nouveaux entrants dans le système de retraite, elle concernera tous les Français. »*
> **Stanislas Guerini**, ministre de la transformation et de la fonction publique, le 9 février 2023 sur [CNews](https://www.cnews.fr/emission/2023-02-09/linterview-de-stanislas-guerini-1320590)
Un bien long article pour dire ”le gouvernement a essayé de nous prendre pour des cons”
Le gouvernement est dans son rôle de communication brouillée, c’est triste mais rien de neuf.
Pour moi le plus choquant ce sont les journalistes qui, dans leur ensemble, n’ont rien vu à l’entourloupe pourtant grosse comme une maison, et tous les articles de décodages après coup sont totalement inutiles face au manque de lucidité et de réaction sur le moment. Si les contrepouvoirs ne font pas leur travail par amateurisme, on n’est pas rendus.
Qui croyait sérieusement obtenir une pension min de 1200€ pour une carrière incomplète ? Ça n’aurait aucun sens.
Le gouvernement s’est tellement planté dans sa communication que personne n’est conscient de la revalorisation d’un quart des futurs retraites.