# Annonces anti-inflation de Le Maire : «Le gouvernement est complice de la stratégie de com des grandes surfaces»
>**Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a détaillé ce lundi le nouveau dispositif censé faire face à l’augmentation des prix des denrées alimentaires. Pour Olivier Andrault de l’UFC Que-Choisir, cet outil ne contraint pas assez les grandes surfaces.**
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>Contrairement au panier anti-inflation, le «trimestre anti-inflation» permet à chaque enseigne de garder la main sur la sélection de produits en promotion. Par Théodore Laurent.
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>Les distributeurs ont obtenu gain de cause. Le panier anti-inflation a été repoussé au profit d’un «trimestre anti-inflation». Ce dernier, produit d’un accord entre le gouvernement et les grandes surfaces, sera mis en place jusqu’au mois de juin, a annoncé ce lundi matin le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire. Contrairement au premier dispositif, chaque enseigne garde la main sur la sélection de produits en promotion. Ces derniers seront identifiables grâce à un logo tricolore «trimestre anti-inflation». Certains groupes, comme Système U ou Carrefour, n’ont pas attendu cette annonce pour lancer leurs propres opérations commerciales.
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>Le locataire de Bercy a affiché sa satisfaction en conférence de presse, arguant que le dispositif permettrait de proposer «les prix le plus bas possible» sur une sélection de «centaines» de produits laissés au choix des distributeurs. Le «trimestre anti-inflation», coûtera «plusieurs centaines de millions d’euros», déduits des marges des enseignes. Bruno Le Maire a averti que des contrôles seraient réalisés pour s’assurer que celles-ci ne font pas peser les baisses sur les fournisseurs. Mais ces annonces en grande pompe n’ont pas entièrement dissipé les doutes sur la menace d’un «mars rouge», alors que l’inflation alimentaire a atteint 14,5 % en février auxquels s’ajoutera la hausse de 10 % issue des récentes négociations commerciales avec les fournisseurs. Pour le chargé de mission alimentation à l’UFC Que Choisir, Olivier Andrault, le gouvernement fait le jeu des grandes surfaces avec ce dispositif, au détriment des consommateurs.
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>**Vous aviez qualifié le panier anti-inflation de «gadget», que pensez-vous de ce nouveau dispositif ?**
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>C’est un scandale ! Après avoir tenté de définir un panier anti-inflation, qui était déjà une mesure largement en deçà des attentes, le gouvernement abandonne. Il laisse une totale liberté aux acteurs de la grande distribution de construire eux-mêmes leurs propres engagements. Mais pire, le gouvernement va même labéliser ces engagements volontaires et consentis avec un affichage tricolore sur ces produits. Il est de fait complice de la stratégie de communication des grandes surfaces.
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>Chaque enseigne pourra proposer le panier anti-inflation qu’elle voudra. Il sera donc impossible pour le consommateur de comparer les prix entre les différentes grandes surfaces. En l’absence de comparaison, il lui est impossible de choisir le produit les plus intéressants financièrement. Il n’y a également aucune obligation en termes de transparence sur le niveau de marge, aucune obligation en termes de stabilité tarifaire. Les prix pourront potentiellement augmenter. Et ils vont augmenter avec la fin des négociations commerciales.
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>**Cette annonce, n’est-ce pas déjà mieux que rien ?**
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>Qui vous dit qu’il y aura quelque chose ? Cette annonce est potentiellement mensongère. En effet, il n’y a aucune définition de ce qu’est un «prix le plus bas possible», comme avancé par Bruno Le Maire. Rien n’empêche que ces produits supposément bon marché soient commercialisés à ce tarif depuis longtemps, vu qu’il n’y a aucun contrôle.
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>La seule proposition qui aurait un effet immédiat est la suppression de la marge minimale garantie de 10 %, dont bénéficient les distributeurs depuis 2019 avec la loi Egalim 1. Ce serait immédiatement la possibilité de voir les prix et les marges baisser à hauteur de 10 % non pas sur quelques centaines de produits, mais sur des milliers. C’est inadmissible qu’une telle mesure soit encore en vigueur dans la période inflationniste actuelle. De plus, la suppression de celle-ci bénéficierait en partie aux ménages les plus modestes. En effet, les produits premiers prix étaient vendus à marge très faible voire zéro avant 2019.
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>**Le gouvernement a donc baissé sa garde face aux grandes surfaces ?**
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>Absolument. Je pense que le gouvernement s’est piégé lui-même avec cette mesure de seuil de marge minimale. Il refuse, désormais, de revenir sur le cadeau qu’il a fait à la grande distribution en 2019. Pourquoi ? On ne le sait pas très bien. A l’époque, la grande distribution prétextait qu’une telle disposition permettrait de réaliser plus de marges et ainsi mieux rémunérer les agriculteurs. Les études réalisées ont, pourtant, démontré que cela n’avait aucun effet sur le revenu agricole. Vu qu’il ne veut pas revenir sur sa position, le gouvernement en est réduit à faire de la communication. Potentiellement mensongère donc…
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>Paniers anti-inflation : pour l’UFC-Que Choisir, « l’intérêt pour le consommateur est nul »
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>Propos recueillis par Valérie Cudennec-Riou le 06 mars 2023 à 20h07
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>Après un panier anti-inflation « gadget », Olivier Andrault, d’UFC- Que Choisir, qualifie de «scandale» le logo «trimestre anti-inflation» qui signalera les prix bas des distributeurs. Vous étiez opposé au panier anti-inflation de 50 produits défendu par le gouvernement.
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>**Le fait qu’il y renonce et que les distributeurs gardent la main sur la composition de leur panier est-il une bonne chose ?**
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>On est parti d’un gadget qui ne répondait pas à la diversité des besoins, pour aboutir à quelque chose d’encore plus scandaleux : des paniers aux contenus librement choisis par chaque distributeur, sans aucune garantie de marge minimale ni de stabilité des prix dans le temps. Non seulement l’intérêt pour le consommateur est nul, puisque des articles prétendument « accessibles », « défiant toute concurrence », « à prix imbattables », étaient peut-être déjà vendus au même tarif précédemment et qu’il leur sera impossible de comparer le prix d’un paquet de café chez Intermarché avec celui d’un kilo de pâtes chez Carrefour. Mais le comble, c’est que le gouvernement labellise ça avec un logo bleu-blanc-rouge, donnant ainsi son approbation officielle à un cahier des charges vide ! À lire sur le sujetPanier anti-inflation : pour le patron de Système U, « toutes les opérations sont bonnes à prendre ».
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>**Avoir accès à des produits à prix coûtant ou moins chers permet malgré tout au consommateur de retrouver un peu de pouvoir d’achat ?**
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>Il n’y a pas de vente à prix coûtant. Les distributeurs margent au moins à 10 %, tel que fixé par le relèvement du seuil de revente à perte (SRP). Cette marge minimale garantie de 10 % est d’autant plus scandaleuse qu’elle impacte fortement les denrées de premier prix, autrefois vendus à marge nulle ou très faible. Censée améliorer la rémunération des producteurs, cette mesure était, en réalité, un cadeau fait à la grande distribution. Il faut rééquilibrer les négociations commerciales, partir sur la base d’un prix proposé par les agriculteurs comme prévu par la loi Égalim, mais abroger le SRP qui aggrave l’inflation. Il arrive à échéance mi-avril. Nous exhortons les députés à ne pas voter sa reconduction, prévue pour trois ans. À lire sur le sujet Bruno Le Maire annonce un « trimestre anti-inflation » dans les supermarchés jusqu’en juin.
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>**Quels conseils donnez-vous aux consommateurs pour y voir plus clair et mieux s’en sortir financièrement ?**
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>L’UFC-Que Choisir a mis en place un comparateur, qui analyse plus de 4 000 magasins drive en France et permet d’identifier le moins cher près de chez soi. Je dis aussi : prenez des marques de distributeur. Elles sont d’aussi bonne qualité sanitaire et nutritionnelle et font jeu égal, gustativement, avec les grandes marques.
Mes 4 yaourts activia citron et vanille sont passés de 1,59 à 2,15 en 1 an.
Ils ont notamment fait un bon de 1,99 à 2,15 depuis février.
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# Annonces anti-inflation de Le Maire : «Le gouvernement est complice de la stratégie de com des grandes surfaces»
>**Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a détaillé ce lundi le nouveau dispositif censé faire face à l’augmentation des prix des denrées alimentaires. Pour Olivier Andrault de l’UFC Que-Choisir, cet outil ne contraint pas assez les grandes surfaces.**
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>Contrairement au panier anti-inflation, le «trimestre anti-inflation» permet à chaque enseigne de garder la main sur la sélection de produits en promotion. Par Théodore Laurent.
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>Les distributeurs ont obtenu gain de cause. Le panier anti-inflation a été repoussé au profit d’un «trimestre anti-inflation». Ce dernier, produit d’un accord entre le gouvernement et les grandes surfaces, sera mis en place jusqu’au mois de juin, a annoncé ce lundi matin le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire. Contrairement au premier dispositif, chaque enseigne garde la main sur la sélection de produits en promotion. Ces derniers seront identifiables grâce à un logo tricolore «trimestre anti-inflation». Certains groupes, comme Système U ou Carrefour, n’ont pas attendu cette annonce pour lancer leurs propres opérations commerciales.
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>Le locataire de Bercy a affiché sa satisfaction en conférence de presse, arguant que le dispositif permettrait de proposer «les prix le plus bas possible» sur une sélection de «centaines» de produits laissés au choix des distributeurs. Le «trimestre anti-inflation», coûtera «plusieurs centaines de millions d’euros», déduits des marges des enseignes. Bruno Le Maire a averti que des contrôles seraient réalisés pour s’assurer que celles-ci ne font pas peser les baisses sur les fournisseurs. Mais ces annonces en grande pompe n’ont pas entièrement dissipé les doutes sur la menace d’un «mars rouge», alors que l’inflation alimentaire a atteint 14,5 % en février auxquels s’ajoutera la hausse de 10 % issue des récentes négociations commerciales avec les fournisseurs. Pour le chargé de mission alimentation à l’UFC Que Choisir, Olivier Andrault, le gouvernement fait le jeu des grandes surfaces avec ce dispositif, au détriment des consommateurs.
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>**Vous aviez qualifié le panier anti-inflation de «gadget», que pensez-vous de ce nouveau dispositif ?**
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>C’est un scandale ! Après avoir tenté de définir un panier anti-inflation, qui était déjà une mesure largement en deçà des attentes, le gouvernement abandonne. Il laisse une totale liberté aux acteurs de la grande distribution de construire eux-mêmes leurs propres engagements. Mais pire, le gouvernement va même labéliser ces engagements volontaires et consentis avec un affichage tricolore sur ces produits. Il est de fait complice de la stratégie de communication des grandes surfaces.
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>Chaque enseigne pourra proposer le panier anti-inflation qu’elle voudra. Il sera donc impossible pour le consommateur de comparer les prix entre les différentes grandes surfaces. En l’absence de comparaison, il lui est impossible de choisir le produit les plus intéressants financièrement. Il n’y a également aucune obligation en termes de transparence sur le niveau de marge, aucune obligation en termes de stabilité tarifaire. Les prix pourront potentiellement augmenter. Et ils vont augmenter avec la fin des négociations commerciales.
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>**Cette annonce, n’est-ce pas déjà mieux que rien ?**
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>Qui vous dit qu’il y aura quelque chose ? Cette annonce est potentiellement mensongère. En effet, il n’y a aucune définition de ce qu’est un «prix le plus bas possible», comme avancé par Bruno Le Maire. Rien n’empêche que ces produits supposément bon marché soient commercialisés à ce tarif depuis longtemps, vu qu’il n’y a aucun contrôle.
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>La seule proposition qui aurait un effet immédiat est la suppression de la marge minimale garantie de 10 %, dont bénéficient les distributeurs depuis 2019 avec la loi Egalim 1. Ce serait immédiatement la possibilité de voir les prix et les marges baisser à hauteur de 10 % non pas sur quelques centaines de produits, mais sur des milliers. C’est inadmissible qu’une telle mesure soit encore en vigueur dans la période inflationniste actuelle. De plus, la suppression de celle-ci bénéficierait en partie aux ménages les plus modestes. En effet, les produits premiers prix étaient vendus à marge très faible voire zéro avant 2019.
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>**Le gouvernement a donc baissé sa garde face aux grandes surfaces ?**
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>Absolument. Je pense que le gouvernement s’est piégé lui-même avec cette mesure de seuil de marge minimale. Il refuse, désormais, de revenir sur le cadeau qu’il a fait à la grande distribution en 2019. Pourquoi ? On ne le sait pas très bien. A l’époque, la grande distribution prétextait qu’une telle disposition permettrait de réaliser plus de marges et ainsi mieux rémunérer les agriculteurs. Les études réalisées ont, pourtant, démontré que cela n’avait aucun effet sur le revenu agricole. Vu qu’il ne veut pas revenir sur sa position, le gouvernement en est réduit à faire de la communication. Potentiellement mensongère donc…
Autre article dans le Télégramme:
[https://www.letelegramme.fr/france/paniers-anti-inflation-pour-l-ufc-que-choisir-l-interet-pour-le-consommateur-est-nul-06-03-2023-13291614.php?xtor=RSS-20](https://www.letelegramme.fr/france/paniers-anti-inflation-pour-l-ufc-que-choisir-l-interet-pour-le-consommateur-est-nul-06-03-2023-13291614.php?xtor=RSS-20)
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>Paniers anti-inflation : pour l’UFC-Que Choisir, « l’intérêt pour le consommateur est nul »
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>Propos recueillis par Valérie Cudennec-Riou le 06 mars 2023 à 20h07
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>Après un panier anti-inflation « gadget », Olivier Andrault, d’UFC- Que Choisir, qualifie de «scandale» le logo «trimestre anti-inflation» qui signalera les prix bas des distributeurs. Vous étiez opposé au panier anti-inflation de 50 produits défendu par le gouvernement.
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>**Le fait qu’il y renonce et que les distributeurs gardent la main sur la composition de leur panier est-il une bonne chose ?**
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>On est parti d’un gadget qui ne répondait pas à la diversité des besoins, pour aboutir à quelque chose d’encore plus scandaleux : des paniers aux contenus librement choisis par chaque distributeur, sans aucune garantie de marge minimale ni de stabilité des prix dans le temps. Non seulement l’intérêt pour le consommateur est nul, puisque des articles prétendument « accessibles », « défiant toute concurrence », « à prix imbattables », étaient peut-être déjà vendus au même tarif précédemment et qu’il leur sera impossible de comparer le prix d’un paquet de café chez Intermarché avec celui d’un kilo de pâtes chez Carrefour. Mais le comble, c’est que le gouvernement labellise ça avec un logo bleu-blanc-rouge, donnant ainsi son approbation officielle à un cahier des charges vide ! À lire sur le sujetPanier anti-inflation : pour le patron de Système U, « toutes les opérations sont bonnes à prendre ».
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>**Avoir accès à des produits à prix coûtant ou moins chers permet malgré tout au consommateur de retrouver un peu de pouvoir d’achat ?**
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>Il n’y a pas de vente à prix coûtant. Les distributeurs margent au moins à 10 %, tel que fixé par le relèvement du seuil de revente à perte (SRP). Cette marge minimale garantie de 10 % est d’autant plus scandaleuse qu’elle impacte fortement les denrées de premier prix, autrefois vendus à marge nulle ou très faible. Censée améliorer la rémunération des producteurs, cette mesure était, en réalité, un cadeau fait à la grande distribution. Il faut rééquilibrer les négociations commerciales, partir sur la base d’un prix proposé par les agriculteurs comme prévu par la loi Égalim, mais abroger le SRP qui aggrave l’inflation. Il arrive à échéance mi-avril. Nous exhortons les députés à ne pas voter sa reconduction, prévue pour trois ans. À lire sur le sujet Bruno Le Maire annonce un « trimestre anti-inflation » dans les supermarchés jusqu’en juin.
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>**Quels conseils donnez-vous aux consommateurs pour y voir plus clair et mieux s’en sortir financièrement ?**
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>L’UFC-Que Choisir a mis en place un comparateur, qui analyse plus de 4 000 magasins drive en France et permet d’identifier le moins cher près de chez soi. Je dis aussi : prenez des marques de distributeur. Elles sont d’aussi bonne qualité sanitaire et nutritionnelle et font jeu égal, gustativement, avec les grandes marques.
Mes 4 yaourts activia citron et vanille sont passés de 1,59 à 2,15 en 1 an.
Ils ont notamment fait un bon de 1,99 à 2,15 depuis février.