**L’épidémie de Covid-19 est-elle finie en France ?**
Le SARS-CoV-2 accroît le nombre de patients touchés par des maladies infectieuses respiratoires et entraîne toujours de 20 à 25 décès par jour
**Delphine Roucaute**
Après trois ans d’épidémie et neuf vagues d’intensité et de durée diverses, quelle dynamique va adopter le Covid-19 en France ? Les indicateurs épidémiologiques sont au beau fixe depuis plusieurs semaines – incidence, hospitalisations et décès allant dans le même sens d’une diminution. Le nombre de nouvelles admissions à l’hôpital, autour de 280 par jour, atteint les niveaux de l’été 2021. Et il faut remonter à l’été 2020 pour observer une période aussi longue sans nouveau rebond épidémique. Une sorte de plateau semble ainsi être atteint depuis plus d’un mois, autour de 3 500 nouveaux cas par jour, sans qu’il soit possible de savoir combien de temps il va encore durer. D’une semaine à l’autre, le taux de reproduction oscille autour de 1, représentatif de la ligne de crête actuelle.
La France est-elle enfin entrée dans cette phase d’endémie non pas synonyme de fin de l’épidémie, mais de stabilisation du nombre de cas ? Le manque de recul empêche encore les scientifiques de trancher. D’autant plus que les anciens modèles permettant d’anticiper la dynamique épidémique, quelques semaines, voire quelques mois, à l’avance, sont devenus caducs, avec la complexité croissante de l’immunité de la population. Infections multiples, avec différents variants, à différentes époques, et schémas vaccinaux contrastés selon les âges… il faut désormais inventer une nouvelle manière de modéliser l’impact de cette maladie sur la population. Un travail d’envergure auquel s’attellent les scientifiques.
« Le plus probable, c’est que l’on va continuer à avoir un impact du SARS-CoV-2, donc le fardeau des maladies infectieuses respiratoires en France va sans doute sensiblement augmenter par rapport à ce qu’il était quand on avait essentiellement des cas de grippe et de bronchiolite en hiver » , analyse Simon Cauchemez, chercheur en épidémiologie à l’Institut Pasteur de Paris, spécialisé dans les modélisations mathématiques. La question est désormais de savoir quelle part va occuper le Covid-19 dans le fardeau global de ces maladies.
Depuis que l’épidémie s’est stabilisée, il y a environ un mois, 20 à 25 personnes meurent chaque jour de la maladie. Concrètement, cela signifie que, si ce niveau était maintenu toute l’année, le nombre de morts serait à peu près équivalent à une épidémie de grippe, qui provoque en moyenne 9 000 décès par an, concentrés sur une dizaine de semaines, comme le précise Santé publique France (SPF). Chiffre auquel il faudrait ajouter, pour le Covid-19, l’excès de mortalité associé à chaque rebond épidémique. Même à son plus bas niveau, le Covid-19 fait toujours plus de morts que la grippe.
Lors de l’année écoulée, ce ne sont pas moins de cinq vagues de Covid-19 qui ont frappé la population française, contre quatre lors des deux années précédentes. « Aucune autre maladie infectieuse ne se comporte de cette manière, ce serait donc surprenant que ce rythme continue » , souligne Simon Cauchemez. Même si, d’un point de vue sanitaire, un enchaînement de petites vagues successives est peut-être préférable à une grande vague qui interviendrait tous les ans en même temps que la grippe et la bronchiolite en hiver. En novembre-décembre 2022, c’est bien la conjonction des trois épidémies qui a mis le système hospitalier à mal, alors même que la part de patients atteints du Covid-19 n’était pas majoritaire parmi les maladies infectieuses.
Par ailleurs, « d’un point de vue immunitaire, ces vagues successives ont un côté rassurant : dès que l’immunité populationnelle diminue, une nouvelle vague arrive et la rebooste, permettant de revenir à un niveau suffisant pour éviter un pic épidémique majeur » , remarque Simon Cauchemez. Car c’est bien la durée de cette immunité acquise par les infections passées et la vaccination qui sera le paramètre-clé pour la suite de la dynamique épidémique.
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**L’épidémie de Covid-19 est-elle finie en France ?**
Le SARS-CoV-2 accroît le nombre de patients touchés par des maladies infectieuses respiratoires et entraîne toujours de 20 à 25 décès par jour
**Delphine Roucaute**
Après trois ans d’épidémie et neuf vagues d’intensité et de durée diverses, quelle dynamique va adopter le Covid-19 en France ? Les indicateurs épidémiologiques sont au beau fixe depuis plusieurs semaines – incidence, hospitalisations et décès allant dans le même sens d’une diminution. Le nombre de nouvelles admissions à l’hôpital, autour de 280 par jour, atteint les niveaux de l’été 2021. Et il faut remonter à l’été 2020 pour observer une période aussi longue sans nouveau rebond épidémique. Une sorte de plateau semble ainsi être atteint depuis plus d’un mois, autour de 3 500 nouveaux cas par jour, sans qu’il soit possible de savoir combien de temps il va encore durer. D’une semaine à l’autre, le taux de reproduction oscille autour de 1, représentatif de la ligne de crête actuelle.
La France est-elle enfin entrée dans cette phase d’endémie non pas synonyme de fin de l’épidémie, mais de stabilisation du nombre de cas ? Le manque de recul empêche encore les scientifiques de trancher. D’autant plus que les anciens modèles permettant d’anticiper la dynamique épidémique, quelques semaines, voire quelques mois, à l’avance, sont devenus caducs, avec la complexité croissante de l’immunité de la population. Infections multiples, avec différents variants, à différentes époques, et schémas vaccinaux contrastés selon les âges… il faut désormais inventer une nouvelle manière de modéliser l’impact de cette maladie sur la population. Un travail d’envergure auquel s’attellent les scientifiques.
« Le plus probable, c’est que l’on va continuer à avoir un impact du SARS-CoV-2, donc le fardeau des maladies infectieuses respiratoires en France va sans doute sensiblement augmenter par rapport à ce qu’il était quand on avait essentiellement des cas de grippe et de bronchiolite en hiver » , analyse Simon Cauchemez, chercheur en épidémiologie à l’Institut Pasteur de Paris, spécialisé dans les modélisations mathématiques. La question est désormais de savoir quelle part va occuper le Covid-19 dans le fardeau global de ces maladies.
Depuis que l’épidémie s’est stabilisée, il y a environ un mois, 20 à 25 personnes meurent chaque jour de la maladie. Concrètement, cela signifie que, si ce niveau était maintenu toute l’année, le nombre de morts serait à peu près équivalent à une épidémie de grippe, qui provoque en moyenne 9 000 décès par an, concentrés sur une dizaine de semaines, comme le précise Santé publique France (SPF). Chiffre auquel il faudrait ajouter, pour le Covid-19, l’excès de mortalité associé à chaque rebond épidémique. Même à son plus bas niveau, le Covid-19 fait toujours plus de morts que la grippe.
Lors de l’année écoulée, ce ne sont pas moins de cinq vagues de Covid-19 qui ont frappé la population française, contre quatre lors des deux années précédentes. « Aucune autre maladie infectieuse ne se comporte de cette manière, ce serait donc surprenant que ce rythme continue » , souligne Simon Cauchemez. Même si, d’un point de vue sanitaire, un enchaînement de petites vagues successives est peut-être préférable à une grande vague qui interviendrait tous les ans en même temps que la grippe et la bronchiolite en hiver. En novembre-décembre 2022, c’est bien la conjonction des trois épidémies qui a mis le système hospitalier à mal, alors même que la part de patients atteints du Covid-19 n’était pas majoritaire parmi les maladies infectieuses.
Par ailleurs, « d’un point de vue immunitaire, ces vagues successives ont un côté rassurant : dès que l’immunité populationnelle diminue, une nouvelle vague arrive et la rebooste, permettant de revenir à un niveau suffisant pour éviter un pic épidémique majeur » , remarque Simon Cauchemez. Car c’est bien la durée de cette immunité acquise par les infections passées et la vaccination qui sera le paramètre-clé pour la suite de la dynamique épidémique.