Violences de Villepinte : deux membres du groupe d’ultradroite les Zouaves Paris mis en examen

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  1. **Des membres de ce groupement informel sont soupçonnés d’avoir roué de coups des militants de SOS-Racisme lors du meeting d’Eric Zemmour. Le groupuscule fait l’objet d’une procédure de dissolution.**

    Dix jours après les violences qui ont marqué le meeting d’Eric Zemmour, le 5 décembre, à Villepinte (Seine-Saint-Denis), le ministère de l’intérieur a placé le groupuscule d’ultradroite les Zouaves Paris dans son viseur. Deux membres, dont leur leader, Marc de Cacqueray-Valmenier, qui figuraient parmi ceux qui ont tabassé à coups de poing et de chaises un groupe de militants de SOS-Racisme venus scander leur opposition au racisme lors du discours du candidat d’extrême droite, ont été mis en examen, jeudi 16 décembre, à l’issue de leur garde à vue, pour « violences volontaires aggravées, en réunion et avec armes ».

    Onze membres de l’organisation antiraciste avaient déposé plainte pour coups et blessures. Cinq d’entre eux se sont vu délivrer une incapacité totale de travail de huit jours. La vidéosurveillance a permis d’identifier une cinquantaine de membres des Zouaves Paris, venus au meeting dans l’intention de se confronter aux militants antifascistes. Mardi, Marc de Cacqueray-Valmenier avait été interpellé à son domicile de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), a annoncé le parquet de Bobigny. Un second membre de ce groupuscule violent, âgé de 18 ans, avait été appréhendé mercredi matin. Tous deux ont été placés sous contrôle judiciaire à l’issue de leur garde à vue, avec interdiction de participer à une manifestation.

    Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, avait par ailleurs annoncé dimanche lancer une procédure de dissolution de ce groupuscule informel, qui revendique environ deux cents membres, mais dont le noyau dur est plutôt proche de la cinquantaine. Les Zouaves Paris sont les héritiers du Groupe union défense (GUD), organisation d’ultradroite née dans l’après-Mai 68. Agrégeant également des militants issus du hooliganisme, des royalistes de l’Action française ou des identitaires, les Zouaves sont actifs depuis 2018 à Paris.

    « C’est une dégénérescence du GUD », nuance le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite, pour qui ce sont avant tout « des cogneurs qui font feu de tout bois », sans corpus idéologique très clair, ressemblant plus à « un phénomène de bande urbaine » qu’à une organisation politique.

    **Multiplication des actions violentes**

    Si une chose rassemble les Zouaves Paris, qui communiquent essentiellement sur quelques groupes Telegram, c’est bien la volonté d’en découdre avec les militants antifascistes. Depuis leur création, ils ont multiplié les actions violentes contre des personnalités et des lieux de rassemblement antifas, comme le bar Le Saint-Sauveur, dans le 20e arrondissement de Paris, attaqué en juin 2020, la veille de l’anniversaire de la mort de Clément Méric, militant antifasciste tué lors d’une rixe avec des skinheads en 2013. Cinq membres présumés du groupe ont été jugés pour ces violences en novembre. Des peines de six à dix mois de prison ont été requises contre deux membres du groupe, dont Marc de Cacqueray-Valmenier. Le jugement doit être rendu le 21 janvier.

    Auparavant, les Zouaves Paris s’étaient illustrés en s’en prenant à un cortège du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), en janvier 2019. Le groupuscule avait également participé à des rassemblements de « gilets jaunes », notamment la manifestation violente du 1er décembre 2018, qui avait vu l’Arc de triomphe vandalisé. Là encore, M. Camus relève une forme de paradoxe, pour des militants nationalistes, de s’en prendre à un symbole national. Marc de Cacqueray-Valmenier et l’un de ses proches, Aloys Vojinovic, avaient été condamnés pour ces violences à respectivement six mois de prison avec sursis et trois mois ferme.

    Issu d’une famille catholique traditionaliste de la noblesse normande, Marc de Cacqueray-Valmenier est passé par l’Action française avant de fonder les Zouaves en 2016. Pratiquant la boxe thaïlandaise et proche des mouvements néonazis ukrainiens, il avait mis en scène, à l’automne 2020, son départ pour le « front » arménien. Sur son compte Instagram, le jeune militant posait en treillis, fusil-mitrailleur au poing et blason à tête de mort nazi à la boutonnière. Le conflit du Haut-Karabakh, entre l’Arménie chrétienne et l’Azerbaïdjan musulman, est vu par une partie des droites radicales européennes comme un lieu symbolique du choc entre les deux religions. Eric Zemmour a d’ailleurs effectué un séjour en Arménie du 11 au 14 décembre en compagnie de Philippe de Villiers, mettant en scène ce conflit de civilisations.

    La violence des militants de M. Zemmour envers ceux de SOS-Racisme, sous l’œil des caméras, n’a pas servi le candidat d’extrême droite, qui peine à adoucir son image. « Je ne connais pas ces gens », a-t-il assuré, mercredi.

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