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*Le désabonnement se fait en 2 clics directement sur le site (pas de courrier ou de mail à envoyer).*
L’article :
**Depuis qu’Emmanuel Macron a décidé d’utiliser le 49-3 pour faire passer sa réforme des retraites en force, les élus de sa majorité se cachent, en attendant le vote des motions de censure contre le gouvernement. La colère des manifestants, elle, s’exprime de plus en plus librement.**
Une étincelle dans un climat déjà très électrique. Le déclenchement de l’article 49-3 suscite depuis jeudi colère, inquiétude et incompréhension envers un pouvoir qui semble avoir disjoncté pour de bon. Si Élisabeth Borne apparaît comme le fusible idéal pour Emmanuel Macron, chacun mesure bien que la crise ne se règlera pas lundi, lors du vote des motions de censure contre le gouvernement. La France vit une forme de krach politique.
Le président de la République, pourtant, reste silencieux. Dans une déclaration transmise dimanche soir à l’AFP, l’Élysée s’est contenté de déclarer qu’Emmanuel Macron souhaitait « que le texte sur les retraites puisse aller au bout de son cheminement démocratique dans le respect de tous ».
Le chef de l’État était arrivé vendredi soir à La Lanterne, la résidence de Versailles (Yvelines) où il finit généralement ses semaines. Le groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) et ses 78 agents étaient sur les dents mais les remontées des services de renseignement ont rassuré l’entourage présidentiel : a priori, rien ne devait venir rompre la quiétude du lieu.
Politiquement, en revanche, l’inquiétude est immense. L’entourage d’Emmanuel Macron a beau marteler qu’il ne regrette pas une décision imposée par les circonstances, son horizon est bien sombre. Que faire, désormais, face à un Parlement dévitalisé et à une rue galvanisée ? Les signaux favoris des conseillers du pouvoir sont alarmants : la une du Journal du dimanche (« Macron peut-il s’en sortir ? »), celle de Ouest-France (« La semaine sera tendue »), tout comme les bandeaux de BFMTV et les enquêtes d’opinion.
La seule victoire du chef de l’État est tactique, presque cynique : à force de mutisme, il a réussi à placer Élisabeth Borne en première ligne. C’est la première ministre qui prend les coups, c’est à son départ qu’appelle l’opposition et c’est son gouvernement qui est suspendu au vote des motions de censure. Les deux têtes de l’exécutif continuent d’échanger, assurent leurs entourages respectifs, mais l’ambiance a quelque chose de crépusculaire.
« Macron a fait un bras d’honneur aux organisations syndicales, aux citoyens et à ses propres députés, s’époumonait vendredi Fabien Villedieu, délégué syndical de Sud Rail, gare de Lyon, alors que le mouvement des cheminots était reconduit jusqu’à lundi. Ce mec est un dingue, il va laisser derrière lui un champ de ruines. » À ses côtés, Daniel Teirlynck, de l’Unsa Ferroviaire, ne peut que constater lui aussi cet « entêtement » du pouvoir : « Quand un gouvernement n’écoute pas et méprise toutes les classes sociales, il s’expose à une explosion de violence. »
**L’inquiétude des macronistes**
Qui ne le ressent pas ? Dans le camp présidentiel, « les députés sont groggy », rapporte le député du MoDem Richard Ramos. À Renaissance, la patronne du groupe, Aurore Bergé, a plaidé jusqu’à la dernière minute auprès d’Emmanuel Macron pour aller au vote, refusant mordicus d’envisager la défaite. Depuis jeudi, les membres de la majorité ressassent cet épisode. Richard Ramos affirme avoir reçu plus d’une vingtaine d’appels de collègues « perdus, déboussolés », durant le week-end.
De tou·tes les député·es contacté·es par Mediapart, il n’y a guère que Sylvain Maillard, de l’équipe dirigeante du groupe Renaissance, pour « assumer » le choix du passage en force. « Il y avait trop d’incertitudes, et un principe de réalité : le texte est essentiel, il fallait qu’il passe », dit-il. L’élu parisien estime que cette « épreuve » aboutira in fine à « resserrer les rangs » dans la majorité, mais dans les faits, bon nombre de ses collègues de la majorité commencent à comprendre – et à le dire sous cape – que l’Élysée a déconnecté son locataire du reste du pays.
Face à une situation qui leur échappe complètement, beaucoup se sont mis aux abris. Dès jeudi, les ministres ont annulé leurs déplacements, leurs rendez-vous, leurs déjeuners. Matignon a fait passer la consigne : à défaut de tout arrêter, il s’agit de « se mettre en lien avec les préfets pour voir si les conditions sont réunies » pour se déplacer. Une députée Renaissance fait savoir à BFMTV qu’elle ne se rendra pas, comme convenu, sur leur plateau samedi. Un autre renonce à retourner en circonscription, comme il l’avait prévu.
Même les prétendues fortes têtes sont inquiètes. Le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin a annulé un déplacement prévu vendredi en Gironde, les renseignements l’ayant prévenu en début de semaine : un passage en force parlementaire serait de nature à « revivifier la contestation et potentiellement sa radicalisation ». Jeudi, peu après 20 heures, un mail a d’ailleurs été envoyé à tous les préfets, siglé « très signalé » et « urgent », en vue d’une visioconférence « sur la situation sociale » le lendemain matin.
Entouré des directeurs de la police et de la gendarmerie nationale, Gérald Darmanin a adressé un message de fermeté au corps préfectoral : ne rien laisser passer et, surtout, éviter à tout prix le blocage du pays. L’urgence, leur a-t-il expliqué, est de protéger les transports, les lieux de stockage et d’approvisionnement de l’essence et les épreuves du baccalauréat prévues lundi.
« Les places des villes et des villages ne sont pas des ZAD [zones à défendre – ndlr], a-t-il indiqué le lendemain au micro de RTL. Il faut savoir être ferme tout en étant à l’écoute. Le bordel et la violence, non. On ne laissera pas faire. On empêchera que la chienlit soit au rendez-vous. » Il faut dire que la veille au soir, place de la Concorde, à Paris, des milliers de Parisiennes et de Parisiens s’étaient réunis pour une manifestation improvisée qui a viré à l’affrontement – et à des interpellations arbitraires : sur les 292 personnes interpellées, seules neuf ont été déférées devant la justice.
Deux jours plus tard, le rassemblement place de la Concorde a cette fois été empêché : nul ne pouvait approcher. Quelques milliers d’opposant·es se sont dès lors retrouvé·es place d’Italie, où les affrontements se sont encore considérablement durcis avec l’intervention de la BRAV-M (brigade de répression de l’action violente motorisée). Sur les réseaux sociaux, les images de violences policières ont ravivé le souvenir de celles exercées contre les « gilets jaunes ». Et certains, dans la majorité, commencent à réutiliser les mêmes arguments que ceux entendus en 2019 : « Il faut que cela s’arrête. Cela va trop loin. Le mouvement social est débordé. »
Dimanche matin, les réactions se sont ainsi multipliées dans le monde politique pour dénoncer ce qui semblait tout à coup être considéré comme un acte d’une violence inouïe : la vitre de la permanence d’Éric Ciotti, à Nice (Alpes-Maritimes), avait été brisée dans la nuit de samedi à dimanche. Un acte assorti d’un message très clair : « La motion ou le pavé. » Le graffiti a très vite été recouvert d’une couche de peinture blanche.
Je me demande si le fait que les motions de censures ne passent pas, ne va pas faire éclater plus de violence.
Chez mediapart tout est un naufrage présidentiel quand ils parlent de macron mdr
TL;PL : Le gouvernement n’assume rien et se planque.
>Dans les quelques communes de l’agglomération de Montpellier (Hérault) où le député Renaissance Patrick Vignal s’est rendu ce week-end
Je l’ai entendu hier à C Politique (ils l’ont suivi en circonscription ce week-end) puis sur BFM, on était vraiment aux antipodes des têtes d’affiches classiques de Renaissance comme Aurore Berger.
On était loin de la violence envers un élu comme redoute les préfets, par contre, il a bien senti la colère et le mépris qu’on a d’eux.
Je sais qu’elle va pas passer mais j’aimerais tellement putain
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*C’est [ici](https://abo.mediapart.fr/abonnement/anniversaire)*
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L’article :
**Depuis qu’Emmanuel Macron a décidé d’utiliser le 49-3 pour faire passer sa réforme des retraites en force, les élus de sa majorité se cachent, en attendant le vote des motions de censure contre le gouvernement. La colère des manifestants, elle, s’exprime de plus en plus librement.**
Une étincelle dans un climat déjà très électrique. Le déclenchement de l’article 49-3 suscite depuis jeudi colère, inquiétude et incompréhension envers un pouvoir qui semble avoir disjoncté pour de bon. Si Élisabeth Borne apparaît comme le fusible idéal pour Emmanuel Macron, chacun mesure bien que la crise ne se règlera pas lundi, lors du vote des motions de censure contre le gouvernement. La France vit une forme de krach politique.
Le président de la République, pourtant, reste silencieux. Dans une déclaration transmise dimanche soir à l’AFP, l’Élysée s’est contenté de déclarer qu’Emmanuel Macron souhaitait « que le texte sur les retraites puisse aller au bout de son cheminement démocratique dans le respect de tous ».
Le chef de l’État était arrivé vendredi soir à La Lanterne, la résidence de Versailles (Yvelines) où il finit généralement ses semaines. Le groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) et ses 78 agents étaient sur les dents mais les remontées des services de renseignement ont rassuré l’entourage présidentiel : a priori, rien ne devait venir rompre la quiétude du lieu.
Politiquement, en revanche, l’inquiétude est immense. L’entourage d’Emmanuel Macron a beau marteler qu’il ne regrette pas une décision imposée par les circonstances, son horizon est bien sombre. Que faire, désormais, face à un Parlement dévitalisé et à une rue galvanisée ? Les signaux favoris des conseillers du pouvoir sont alarmants : la une du Journal du dimanche (« Macron peut-il s’en sortir ? »), celle de Ouest-France (« La semaine sera tendue »), tout comme les bandeaux de BFMTV et les enquêtes d’opinion.
La seule victoire du chef de l’État est tactique, presque cynique : à force de mutisme, il a réussi à placer Élisabeth Borne en première ligne. C’est la première ministre qui prend les coups, c’est à son départ qu’appelle l’opposition et c’est son gouvernement qui est suspendu au vote des motions de censure. Les deux têtes de l’exécutif continuent d’échanger, assurent leurs entourages respectifs, mais l’ambiance a quelque chose de crépusculaire.
« Macron a fait un bras d’honneur aux organisations syndicales, aux citoyens et à ses propres députés, s’époumonait vendredi Fabien Villedieu, délégué syndical de Sud Rail, gare de Lyon, alors que le mouvement des cheminots était reconduit jusqu’à lundi. Ce mec est un dingue, il va laisser derrière lui un champ de ruines. » À ses côtés, Daniel Teirlynck, de l’Unsa Ferroviaire, ne peut que constater lui aussi cet « entêtement » du pouvoir : « Quand un gouvernement n’écoute pas et méprise toutes les classes sociales, il s’expose à une explosion de violence. »
**L’inquiétude des macronistes**
Qui ne le ressent pas ? Dans le camp présidentiel, « les députés sont groggy », rapporte le député du MoDem Richard Ramos. À Renaissance, la patronne du groupe, Aurore Bergé, a plaidé jusqu’à la dernière minute auprès d’Emmanuel Macron pour aller au vote, refusant mordicus d’envisager la défaite. Depuis jeudi, les membres de la majorité ressassent cet épisode. Richard Ramos affirme avoir reçu plus d’une vingtaine d’appels de collègues « perdus, déboussolés », durant le week-end.
De tou·tes les député·es contacté·es par Mediapart, il n’y a guère que Sylvain Maillard, de l’équipe dirigeante du groupe Renaissance, pour « assumer » le choix du passage en force. « Il y avait trop d’incertitudes, et un principe de réalité : le texte est essentiel, il fallait qu’il passe », dit-il. L’élu parisien estime que cette « épreuve » aboutira in fine à « resserrer les rangs » dans la majorité, mais dans les faits, bon nombre de ses collègues de la majorité commencent à comprendre – et à le dire sous cape – que l’Élysée a déconnecté son locataire du reste du pays.
Face à une situation qui leur échappe complètement, beaucoup se sont mis aux abris. Dès jeudi, les ministres ont annulé leurs déplacements, leurs rendez-vous, leurs déjeuners. Matignon a fait passer la consigne : à défaut de tout arrêter, il s’agit de « se mettre en lien avec les préfets pour voir si les conditions sont réunies » pour se déplacer. Une députée Renaissance fait savoir à BFMTV qu’elle ne se rendra pas, comme convenu, sur leur plateau samedi. Un autre renonce à retourner en circonscription, comme il l’avait prévu.
Même les prétendues fortes têtes sont inquiètes. Le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin a annulé un déplacement prévu vendredi en Gironde, les renseignements l’ayant prévenu en début de semaine : un passage en force parlementaire serait de nature à « revivifier la contestation et potentiellement sa radicalisation ». Jeudi, peu après 20 heures, un mail a d’ailleurs été envoyé à tous les préfets, siglé « très signalé » et « urgent », en vue d’une visioconférence « sur la situation sociale » le lendemain matin.
Entouré des directeurs de la police et de la gendarmerie nationale, Gérald Darmanin a adressé un message de fermeté au corps préfectoral : ne rien laisser passer et, surtout, éviter à tout prix le blocage du pays. L’urgence, leur a-t-il expliqué, est de protéger les transports, les lieux de stockage et d’approvisionnement de l’essence et les épreuves du baccalauréat prévues lundi.
« Les places des villes et des villages ne sont pas des ZAD [zones à défendre – ndlr], a-t-il indiqué le lendemain au micro de RTL. Il faut savoir être ferme tout en étant à l’écoute. Le bordel et la violence, non. On ne laissera pas faire. On empêchera que la chienlit soit au rendez-vous. » Il faut dire que la veille au soir, place de la Concorde, à Paris, des milliers de Parisiennes et de Parisiens s’étaient réunis pour une manifestation improvisée qui a viré à l’affrontement – et à des interpellations arbitraires : sur les 292 personnes interpellées, seules neuf ont été déférées devant la justice.
Deux jours plus tard, le rassemblement place de la Concorde a cette fois été empêché : nul ne pouvait approcher. Quelques milliers d’opposant·es se sont dès lors retrouvé·es place d’Italie, où les affrontements se sont encore considérablement durcis avec l’intervention de la BRAV-M (brigade de répression de l’action violente motorisée). Sur les réseaux sociaux, les images de violences policières ont ravivé le souvenir de celles exercées contre les « gilets jaunes ». Et certains, dans la majorité, commencent à réutiliser les mêmes arguments que ceux entendus en 2019 : « Il faut que cela s’arrête. Cela va trop loin. Le mouvement social est débordé. »
Dimanche matin, les réactions se sont ainsi multipliées dans le monde politique pour dénoncer ce qui semblait tout à coup être considéré comme un acte d’une violence inouïe : la vitre de la permanence d’Éric Ciotti, à Nice (Alpes-Maritimes), avait été brisée dans la nuit de samedi à dimanche. Un acte assorti d’un message très clair : « La motion ou le pavé. » Le graffiti a très vite été recouvert d’une couche de peinture blanche.
Je me demande si le fait que les motions de censures ne passent pas, ne va pas faire éclater plus de violence.
Chez mediapart tout est un naufrage présidentiel quand ils parlent de macron mdr
TL;PL : Le gouvernement n’assume rien et se planque.
>Dans les quelques communes de l’agglomération de Montpellier (Hérault) où le député Renaissance Patrick Vignal s’est rendu ce week-end
Je l’ai entendu hier à C Politique (ils l’ont suivi en circonscription ce week-end) puis sur BFM, on était vraiment aux antipodes des têtes d’affiches classiques de Renaissance comme Aurore Berger.
On était loin de la violence envers un élu comme redoute les préfets, par contre, il a bien senti la colère et le mépris qu’on a d’eux.
Je sais qu’elle va pas passer mais j’aimerais tellement putain