**Une partie des électeurs du président de la République commence à douter de ses capacités à sortir par le haut de la situation actuelle. Ils déplorent la disparition du Macron de 2017 avec son élan réformateur et sa faculté à dépasser les clivages.**
Septembre 2022. Emmanuel Macron est réélu depuis plusieurs mois, mais son quinquennat n’est toujours pas lancé. Sa majorité a passé l’été à dénicher des voies de passage pour endiguer la baisse du pouvoir d’achat, ses ministres parlent de sobriété à l’approche de l’hiver mais personne ne sait vraiment ce que le président réélu, à part gérer des crises, veut faire de son quinquennat. Un de ses conseillers, entre deux cafés à proximité de l’Elysée, lève la main et mime un bombardement ou une attaque en piqué. « La réforme des retraites, elle va débouler, entrer dans l’atmosphère comme ça… » Comme si la principale proposition de la campagne présidentielle de M. Macron allait nettoyer le paysage politique, dissiper les doutes et le brouillard qui planent sur ce second mandat.
Printemps 2023, la réforme des retraites a bien « déboulé ». Mais elle n’a pas remis le macronisme en marche, ni dénoué le fil de ce quinquennat. La situation sociale et politique est à la fois paralysée, avec une dixième journée de mobilisation, mardi 28 mars, et inflammable, avec des affrontements de plus en plus violents entre les forces de l’ordre et certains opposants.
Telle une bombe à fragmentation, la réforme a surtout pulvérisé les derniers espoirs du « macronisme originel », pour reprendre l’expression de Richard Ferrand, ancien président de l’Assemblée nationale (2018-2022). Le Macron de 2017 rêvait d’une réforme systémique des retraites ; celui de 2022 cale sur une réforme paramétrique et budgétaire. L’ancien ministre de l’économie promettait de la disruption en allant chercher les femmes et les hommes de bonne volonté de tous les horizons politiques ; il échoue depuis des semaines à convaincre une quarantaine de députés de droite de voter sa réforme et se retrouve face à un Hémicycle fragmenté. Le candidat de 2017 noircissait des pages de son livre-programme Révolution (XO Editions, 2016) pour redonner espoir aux déçus des « anciens partis », aux jeunes, aux abstentionnistes ; le voilà contraint de se raccrocher à la Constitution pour utiliser l’article 49.3 dans un acte vertical…
**« Immaturité du pouvoir »**
Comme si la réforme des retraites avait officialisé la banalisation du macronisme, déjà perceptible lors du premier quinquennat avec la droitisation assumée au moment des élections européennes de 2019. « J’ai cru au projet macronien du dépassement en 2017 car cela arrivait après une alternance droite-gauche ratée, se remémore Jean Garrigues, historien et président du Comité d’histoire parlementaire et politique. On pouvait à ce moment-là croire dans l’émergence d’une culture du compromis. Ce n’est pas du tout ce qu’il s’est passé, encore moins en 2022, alors que la situation politique l’exigeait. Il y a une immaturité du pouvoir et du personnel politique dans son ensemble. »
Cette conséquence de la réforme des retraites désespère ses vieux compagnons de route. Elle inquiète ce qu’il reste des ministres et des parlementaires de l’aile gauche du camp présidentiel qui n’ont jamais lâché Emmanuel Macron tout au long du premier quinquennat, en admirant son instinct politique, notamment au moment du lancement du grand débat, en 2019, après la crise des « gilets jaunes ». La temporisation actuelle de l’Elysée leur fait craindre une atonie plus durable, premier symptôme du début de la fin de règne. La plupart en avaient conscience depuis un moment. Mais ils s’accrochaient encore à une donnée fondamentale pour 2027 : le socle social et électoral de M. Macron restait solide puisque aucune alternative ne se dessine dans « l’arc républicain », selon l’expression élyséenne.
« Il a face à lui la France du travail et des actifs dans son immense majorité, avec par exemple 70 % des cadres qui sont opposés à la réforme, c’est le cœur du macronisme. » Bernard Sananès, président de l’institut Elabe
Depuis le début de cette nouvelle crise qui le fait chuter dans les sondages, certains conseillers se raccrochent au fait qu’entre 25 % et 30 % de la population approuve son action, soit son score du premier tour de l’élection présidentielle de 2022 (27,85 %). Sauf que d’autres données sont plus inquiétantes. Dans certaines études, Emmanuel Macron commence à s’effriter fortement auprès de son électorat du premier tour sur des items importants (− 12 points dans la capacité à rassembler selon une enquête Elabe publiée le 23 mars) ou sur des qualités mises en avant par son entourage (− 8 points dans la capacité à réformer, selon la même étude).
« Les “gilets jaunes” étaient issus des milieux populaires et il y avait des retraités modestes sur les ronds-points, ce n’était pas forcément son électorat. Là, il a face à lui la France du travail et des actifs dans son immense majorité, avec par exemple 70 % des cadres qui sont opposés à la réforme, c’est le cœur du macronisme, résume Bernard Sananès, président de l’institut Elabe. En 2017, il n’avait pas bénéficié d’un état de grâce, mais il y avait un élan réformateur. En 2022, il n’y a eu ni l’un ni l’autre. »
**« Moment cathartique très dangereux »**
Face à la crise politique provoquée par l’usage du 49.3, le chef de l’Etat, par volonté de ne pas céder, a pourtant choisi la même méthode qu’en juin 2022 : demander à sa première ministre de consulter les forces politiques et sociales, « tendre la main » pour ne pas apparaître comme le diviseur. Mais certains de ses fidèles réclament une réponse plus ambitieuse. « Nous sommes dans un moment critique où tout peut arriver. Les Français ne croient plus à la politique. La crise déborde la question des retraites et appelle un “reset” démocratique, si possible à froid, estime Gilles Le Gendre, député Renaissance de Paris. Seul le président de la République peut le réussir. A une condition : que sa sincérité ne puisse être mise en doute. Il doit donc prendre de la hauteur et confier les affaires courantes à un gouvernement solide. »
En attendant cet éventuel rebond, la presse anglo-saxonne libérale, admiratrice d’Emmanuel Macron en 2017 avant d’être plus critique sur ce « French president » mimant certains réflexes bonapartistes, observe l’apathie élyséenne avec circonspection. Dans un article publié le 24 mars, le Financial Times (FT) ironise sur la situation à Paris, sur « le métro qui n’est plus qu’un concept théorique », sur les rats qui arpentent les monceaux de poubelle. « Macron concentre la colère populaire, résume le quotidien britannique. Il rappelle à chaque Français son patron : une personne très diplômée, sûre d’elle, qui méprise son personnel. Il (…) se présente comme “jupitérien” ; mais la plupart des électeurs ont juste vu un ex-banquier déguisé en roi. »
En l’élisant face à Marine Le Pen, les Français n’auraient pas voté pour sa réforme des retraites, mais pour éviter « le diable », plaide le FT, qui pense que le président de la République, homme de défi, pourrait être l’homme de la situation s’il s’attelait à rénover la Ve République ou à changer la Constitution. Reste à savoir s’il a encore le carburant politique pour se sortir du traquenard qu’il a lui-même créé…
Nous sortons donc de l’ère du ur-macronisme ?
C’est trop tôt pour demander un reboot ?
Les mecs étaient pas là pendant la crise des gilets jaunes ? Ca fait un bout de temps qu’on n’est plus dans la culture du “compromis”, hein…
La merde c’est une question de posologie, à petite dose ont la sens pas mais trop d’un coup et c’est l’écœurement
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**Une partie des électeurs du président de la République commence à douter de ses capacités à sortir par le haut de la situation actuelle. Ils déplorent la disparition du Macron de 2017 avec son élan réformateur et sa faculté à dépasser les clivages.**
Septembre 2022. Emmanuel Macron est réélu depuis plusieurs mois, mais son quinquennat n’est toujours pas lancé. Sa majorité a passé l’été à dénicher des voies de passage pour endiguer la baisse du pouvoir d’achat, ses ministres parlent de sobriété à l’approche de l’hiver mais personne ne sait vraiment ce que le président réélu, à part gérer des crises, veut faire de son quinquennat. Un de ses conseillers, entre deux cafés à proximité de l’Elysée, lève la main et mime un bombardement ou une attaque en piqué. « La réforme des retraites, elle va débouler, entrer dans l’atmosphère comme ça… » Comme si la principale proposition de la campagne présidentielle de M. Macron allait nettoyer le paysage politique, dissiper les doutes et le brouillard qui planent sur ce second mandat.
Printemps 2023, la réforme des retraites a bien « déboulé ». Mais elle n’a pas remis le macronisme en marche, ni dénoué le fil de ce quinquennat. La situation sociale et politique est à la fois paralysée, avec une dixième journée de mobilisation, mardi 28 mars, et inflammable, avec des affrontements de plus en plus violents entre les forces de l’ordre et certains opposants.
Telle une bombe à fragmentation, la réforme a surtout pulvérisé les derniers espoirs du « macronisme originel », pour reprendre l’expression de Richard Ferrand, ancien président de l’Assemblée nationale (2018-2022). Le Macron de 2017 rêvait d’une réforme systémique des retraites ; celui de 2022 cale sur une réforme paramétrique et budgétaire. L’ancien ministre de l’économie promettait de la disruption en allant chercher les femmes et les hommes de bonne volonté de tous les horizons politiques ; il échoue depuis des semaines à convaincre une quarantaine de députés de droite de voter sa réforme et se retrouve face à un Hémicycle fragmenté. Le candidat de 2017 noircissait des pages de son livre-programme Révolution (XO Editions, 2016) pour redonner espoir aux déçus des « anciens partis », aux jeunes, aux abstentionnistes ; le voilà contraint de se raccrocher à la Constitution pour utiliser l’article 49.3 dans un acte vertical…
**« Immaturité du pouvoir »**
Comme si la réforme des retraites avait officialisé la banalisation du macronisme, déjà perceptible lors du premier quinquennat avec la droitisation assumée au moment des élections européennes de 2019. « J’ai cru au projet macronien du dépassement en 2017 car cela arrivait après une alternance droite-gauche ratée, se remémore Jean Garrigues, historien et président du Comité d’histoire parlementaire et politique. On pouvait à ce moment-là croire dans l’émergence d’une culture du compromis. Ce n’est pas du tout ce qu’il s’est passé, encore moins en 2022, alors que la situation politique l’exigeait. Il y a une immaturité du pouvoir et du personnel politique dans son ensemble. »
Cette conséquence de la réforme des retraites désespère ses vieux compagnons de route. Elle inquiète ce qu’il reste des ministres et des parlementaires de l’aile gauche du camp présidentiel qui n’ont jamais lâché Emmanuel Macron tout au long du premier quinquennat, en admirant son instinct politique, notamment au moment du lancement du grand débat, en 2019, après la crise des « gilets jaunes ». La temporisation actuelle de l’Elysée leur fait craindre une atonie plus durable, premier symptôme du début de la fin de règne. La plupart en avaient conscience depuis un moment. Mais ils s’accrochaient encore à une donnée fondamentale pour 2027 : le socle social et électoral de M. Macron restait solide puisque aucune alternative ne se dessine dans « l’arc républicain », selon l’expression élyséenne.
« Il a face à lui la France du travail et des actifs dans son immense majorité, avec par exemple 70 % des cadres qui sont opposés à la réforme, c’est le cœur du macronisme. » Bernard Sananès, président de l’institut Elabe
Depuis le début de cette nouvelle crise qui le fait chuter dans les sondages, certains conseillers se raccrochent au fait qu’entre 25 % et 30 % de la population approuve son action, soit son score du premier tour de l’élection présidentielle de 2022 (27,85 %). Sauf que d’autres données sont plus inquiétantes. Dans certaines études, Emmanuel Macron commence à s’effriter fortement auprès de son électorat du premier tour sur des items importants (− 12 points dans la capacité à rassembler selon une enquête Elabe publiée le 23 mars) ou sur des qualités mises en avant par son entourage (− 8 points dans la capacité à réformer, selon la même étude).
« Les “gilets jaunes” étaient issus des milieux populaires et il y avait des retraités modestes sur les ronds-points, ce n’était pas forcément son électorat. Là, il a face à lui la France du travail et des actifs dans son immense majorité, avec par exemple 70 % des cadres qui sont opposés à la réforme, c’est le cœur du macronisme, résume Bernard Sananès, président de l’institut Elabe. En 2017, il n’avait pas bénéficié d’un état de grâce, mais il y avait un élan réformateur. En 2022, il n’y a eu ni l’un ni l’autre. »
**« Moment cathartique très dangereux »**
Face à la crise politique provoquée par l’usage du 49.3, le chef de l’Etat, par volonté de ne pas céder, a pourtant choisi la même méthode qu’en juin 2022 : demander à sa première ministre de consulter les forces politiques et sociales, « tendre la main » pour ne pas apparaître comme le diviseur. Mais certains de ses fidèles réclament une réponse plus ambitieuse. « Nous sommes dans un moment critique où tout peut arriver. Les Français ne croient plus à la politique. La crise déborde la question des retraites et appelle un “reset” démocratique, si possible à froid, estime Gilles Le Gendre, député Renaissance de Paris. Seul le président de la République peut le réussir. A une condition : que sa sincérité ne puisse être mise en doute. Il doit donc prendre de la hauteur et confier les affaires courantes à un gouvernement solide. »
En attendant cet éventuel rebond, la presse anglo-saxonne libérale, admiratrice d’Emmanuel Macron en 2017 avant d’être plus critique sur ce « French president » mimant certains réflexes bonapartistes, observe l’apathie élyséenne avec circonspection. Dans un article publié le 24 mars, le Financial Times (FT) ironise sur la situation à Paris, sur « le métro qui n’est plus qu’un concept théorique », sur les rats qui arpentent les monceaux de poubelle. « Macron concentre la colère populaire, résume le quotidien britannique. Il rappelle à chaque Français son patron : une personne très diplômée, sûre d’elle, qui méprise son personnel. Il (…) se présente comme “jupitérien” ; mais la plupart des électeurs ont juste vu un ex-banquier déguisé en roi. »
En l’élisant face à Marine Le Pen, les Français n’auraient pas voté pour sa réforme des retraites, mais pour éviter « le diable », plaide le FT, qui pense que le président de la République, homme de défi, pourrait être l’homme de la situation s’il s’attelait à rénover la Ve République ou à changer la Constitution. Reste à savoir s’il a encore le carburant politique pour se sortir du traquenard qu’il a lui-même créé…
Nous sortons donc de l’ère du ur-macronisme ?
C’est trop tôt pour demander un reboot ?
Les mecs étaient pas là pendant la crise des gilets jaunes ? Ca fait un bout de temps qu’on n’est plus dans la culture du “compromis”, hein…
La merde c’est une question de posologie, à petite dose ont la sens pas mais trop d’un coup et c’est l’écœurement