**Ce manifestant de 32 ans, touché à la tête lors de la manifestation anti-bassine du 25 mars, se trouve toujours entre la vie et la mort. Mediapart a pu reconstituer son itinéraire et son évacuation tardive par les secours, sur la base des témoignages de ceux qui l’ont pris en charge et des éléments rendus publics par les autorités.**
Mercredi 29 mars, les parents de Serge D., 32 ans, grièvement blessé à Sainte-Soline quatre jours plus tôt et toujours hospitalisé entre la vie et la mort, ont porté plainte pour « tentative de meurtre » et « entrave aux secours », ainsi que pour la divulgation publique d’informations sur leur fils, tirées des fichiers de police. Le parquet de Rennes, compétent en matière militaire, est chargé de l’enquête.
Dans un communiqué, répondant à certains articles de presse alimentés par ces fuites policières, ses parents confirment que Serge D. est fiché S, « comme des milliers de militants dans la France d’aujourd’hui », et qu’il a déjà eu affaire à la justice, « comme la plupart des gens qui se battent contre l’ordre établi ». Ils ajoutent qu’il « a participé à de nombreux rassemblements anticapitalistes » et que loin de « salir » leur fils, « ces actes sont tout à son honneur ». Ils rappellent que son pronostic vital est engagé.
Les récits croisés de plusieurs témoins directs des faits, joints par Mediapart, les éléments horodatés rendus publics par les autorités, ainsi que l’enregistrement d’un appel au Samu donnent un premier aperçu sur le déroulé des événements et les retards dans sa prise en charge médicale.
À plusieurs reprises, des manifestants et soignants présents sur place supplient les secours d’intervenir pour sauver ce blessé. Au téléphone, les agents de régulation du Samu et les pompiers, soumis aux impératifs du maintien de l’ordre, sont contraints d’admettre leur impuissance.
Alors que les manifestants se dirigent vers la bassine de Sainte-Soline, samedi 25 mars, Serge D. est blessé entre 13 h 30 et 13 h 45. Selon ses parents et les organisateurs de la manifestation, il a été touché à l’arrière de la tête par une grenade GM2L, à double effet lacrymogène et assourdissant, classée parmi les armes de guerre.
**Une grenade « sur la tête »**
Quatre membres du cortège qui se trouvaient à proximité immédiate de Serge D., Tom*, Faouzy*, Maxime* et Camille*, sont convaincus qu’il a été blessé par une grenade lancée à la main, par-dessus la banderole brandie par la première ligne de manifestants. Faouzy se reproche d’avoir « fui comme un égoïste » quand il a entendu crier « grenade ». Tom a vu celle-ci tomber et exploser « sur la tête » de Serge D., équipé d’un masque de protection, comme celui que portent les peintres, et d’un casque blanc qui a « éclaté » sous le choc.
Quand Faouzy se retourne, Serge D. est « par terre ». Camille reste marqué par le sang qui coulait « du nez, des oreilles ». Maxime se souvient de son regard « tétanisé » et des « tremblements » qui agitaient son corps. « Tout le monde criait : cette personne va mourir. » Tom et Faouzy font partie des premières personnes à avoir porté Serge D. à l’écart.
La famille de Serge D. a été prévenue que ces quatre manifestants allaient livrer à Mediapart des témoignages difficiles. Elle ne s’y oppose pas. S’il est important de documenter la gravité de ses blessures, nous avons cependant décidé de ne pas publier certains détails.
Éloïse, manifestante et infirmière diplômée venue de Bretagne, aperçoit cet « homme d’une trentaine d’années à terre, inconscient » et entend deux medics (secouriste bénévole) crier « urgence vitale ». Quand elle s’approche du blessé, elle voit « deux personnes au téléphone avec le Samu, une jeune femme et un garçon ».
**Un premier appel aux pompiers à 13 h 49**
Dans son rapport, rendu public mardi 28 mars, la préfète des Deux-Sèvres note un premier appel aux pompiers, passé par une femme, à 13 h 49. Puis un appel au Samu, une minute plus tard : une « ancienne infirmière » signale ce blessé « inconscient suite grenade ». Mediapart s’est entretenu avec cette ancienne infirmière, Caro. Elle indique avoir appelé le Samu à 13 h 49, alors qu’un medic venait lui-même de raccrocher avec le 112 (le numéro d’urgence européen).
D’après la préfecture, le Samu parvient à géolocaliser le numéro de cette requérante à 13 h 54. Le Smur de Ruffec, le plus proche du lieu de rassemblement, « est enclenché » à 14 h 01. Leur véhicule parcourt rapidement les 25 km qui les séparent du « point de rassemblement des victimes (PRV) de Clussais-la-Pommeraie », où il arrive à 14 h 23. De manière inexplicable, le Smur reste à cet endroit jusqu’à 14 h 45, alors que Serge D. ne s’y trouve pas, puis repart jusqu’à l’entrée de Sainte-Soline avec une escorte de gendarmerie.
Le véhicule du Smur progresse ensuite « sans escorte » en direction du blessé car, selon la préfecture, « la seule vue des motards de la gendarmerie générait un accroissement de l’hostilité des manifestants regroupés sur le chemin ». Toujours selon ce rapport, le Smur a dû « s’arrêter à plusieurs reprises sur son parcours » parce qu’il était sollicité par des blessés moins prioritaires.
Interrogé par Mediapart, le Dr Farnam Faranpour, chef du Samu-Smur de Niort qui se trouvait au poste de commandement, confirme ces aléas. Il reconnaît aussi une « perte de temps » entre 13 h 50 et 15 h 15, due à « des informations discordantes ». Selon lui, une fois sur zone, le Smur de Ruffec a eu du mal à trouver l’endroit précis où attendait Serge.
Les autorités avaient interdit cette manifestation. Il y est allé quand même.
Faillite des autorités quand des mecs viennent avec des molotov, boules de pétanques, chalumeau.
En tant que manifestant lambda, si je vois ce genre de personnes à cotés de moi, je me casse loin, car je sais que les FDO ne vont se laisser faire.
Je peux entendre d’aller à une manifestation interdire si tu es convaincu du bien fait de cette manifestation, mais il y a tjrs des précautions à prendre quand tu as de tels groupes à proximité.
Ne répondez pas au gens qui viennent se féliciter que quelqu’un dans le coma. Ce sont des trolls ou des imbéciles et ils seront modérés de toute façon.
Ça a été incroyablement mal géré par toues les parties présentes.
Une fois le gars blessé (et il aurait fallu qu’il ne soit pas blessé), il aurait fallu que la police délimite un périmètre de sécurité autour de lui. Le pouvait-elle ? Je ne sais pas.
Il aurait fallu que les autres manifestants autour cessent la violence pour ne pas davantage l’exposer et aussi pour faciliter l’accès aux secours. Savaient-ils ce qu’il se passait ? Je ne sais pas.
Il aurait aussi fallu que ses amis ne le déplacent surtout pas. Ils ont du le faire pour le mettre à l’abri selon leurs dires. Les gens autour n’avaient-ils vraiment pas conscience de la situation ? Je ne sais pas.
En tous les cas, il aurait fallu une désescalade rapide de la violence, de part et d’autre. La mec est mourant à cause d’une bassine. D’un truc qui est controversé, où il y a du pour et du contre. Pour un truc où quasi personne de présent n’est directement concerné.
Il y en a qui cherchent leur Rmy Fraisse et c’est dégueulasse.
Il y en a d’autres qui utilisent un cache-misère pour en, pas affronter leurs faiblesses.
Sauf que personne ne devrait en payer ce prix. Tout le monde ici à un truc à revoir dans sa gestion des évènements.
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**Ce manifestant de 32 ans, touché à la tête lors de la manifestation anti-bassine du 25 mars, se trouve toujours entre la vie et la mort. Mediapart a pu reconstituer son itinéraire et son évacuation tardive par les secours, sur la base des témoignages de ceux qui l’ont pris en charge et des éléments rendus publics par les autorités.**
Mercredi 29 mars, les parents de Serge D., 32 ans, grièvement blessé à Sainte-Soline quatre jours plus tôt et toujours hospitalisé entre la vie et la mort, ont porté plainte pour « tentative de meurtre » et « entrave aux secours », ainsi que pour la divulgation publique d’informations sur leur fils, tirées des fichiers de police. Le parquet de Rennes, compétent en matière militaire, est chargé de l’enquête.
Dans un communiqué, répondant à certains articles de presse alimentés par ces fuites policières, ses parents confirment que Serge D. est fiché S, « comme des milliers de militants dans la France d’aujourd’hui », et qu’il a déjà eu affaire à la justice, « comme la plupart des gens qui se battent contre l’ordre établi ». Ils ajoutent qu’il « a participé à de nombreux rassemblements anticapitalistes » et que loin de « salir » leur fils, « ces actes sont tout à son honneur ». Ils rappellent que son pronostic vital est engagé.
Les récits croisés de plusieurs témoins directs des faits, joints par Mediapart, les éléments horodatés rendus publics par les autorités, ainsi que l’enregistrement d’un appel au Samu donnent un premier aperçu sur le déroulé des événements et les retards dans sa prise en charge médicale.
À plusieurs reprises, des manifestants et soignants présents sur place supplient les secours d’intervenir pour sauver ce blessé. Au téléphone, les agents de régulation du Samu et les pompiers, soumis aux impératifs du maintien de l’ordre, sont contraints d’admettre leur impuissance.
Alors que les manifestants se dirigent vers la bassine de Sainte-Soline, samedi 25 mars, Serge D. est blessé entre 13 h 30 et 13 h 45. Selon ses parents et les organisateurs de la manifestation, il a été touché à l’arrière de la tête par une grenade GM2L, à double effet lacrymogène et assourdissant, classée parmi les armes de guerre.
**Une grenade « sur la tête »**
Quatre membres du cortège qui se trouvaient à proximité immédiate de Serge D., Tom*, Faouzy*, Maxime* et Camille*, sont convaincus qu’il a été blessé par une grenade lancée à la main, par-dessus la banderole brandie par la première ligne de manifestants. Faouzy se reproche d’avoir « fui comme un égoïste » quand il a entendu crier « grenade ». Tom a vu celle-ci tomber et exploser « sur la tête » de Serge D., équipé d’un masque de protection, comme celui que portent les peintres, et d’un casque blanc qui a « éclaté » sous le choc.
Quand Faouzy se retourne, Serge D. est « par terre ». Camille reste marqué par le sang qui coulait « du nez, des oreilles ». Maxime se souvient de son regard « tétanisé » et des « tremblements » qui agitaient son corps. « Tout le monde criait : cette personne va mourir. » Tom et Faouzy font partie des premières personnes à avoir porté Serge D. à l’écart.
La famille de Serge D. a été prévenue que ces quatre manifestants allaient livrer à Mediapart des témoignages difficiles. Elle ne s’y oppose pas. S’il est important de documenter la gravité de ses blessures, nous avons cependant décidé de ne pas publier certains détails.
Éloïse, manifestante et infirmière diplômée venue de Bretagne, aperçoit cet « homme d’une trentaine d’années à terre, inconscient » et entend deux medics (secouriste bénévole) crier « urgence vitale ». Quand elle s’approche du blessé, elle voit « deux personnes au téléphone avec le Samu, une jeune femme et un garçon ».
**Un premier appel aux pompiers à 13 h 49**
Dans son rapport, rendu public mardi 28 mars, la préfète des Deux-Sèvres note un premier appel aux pompiers, passé par une femme, à 13 h 49. Puis un appel au Samu, une minute plus tard : une « ancienne infirmière » signale ce blessé « inconscient suite grenade ». Mediapart s’est entretenu avec cette ancienne infirmière, Caro. Elle indique avoir appelé le Samu à 13 h 49, alors qu’un medic venait lui-même de raccrocher avec le 112 (le numéro d’urgence européen).
D’après la préfecture, le Samu parvient à géolocaliser le numéro de cette requérante à 13 h 54. Le Smur de Ruffec, le plus proche du lieu de rassemblement, « est enclenché » à 14 h 01. Leur véhicule parcourt rapidement les 25 km qui les séparent du « point de rassemblement des victimes (PRV) de Clussais-la-Pommeraie », où il arrive à 14 h 23. De manière inexplicable, le Smur reste à cet endroit jusqu’à 14 h 45, alors que Serge D. ne s’y trouve pas, puis repart jusqu’à l’entrée de Sainte-Soline avec une escorte de gendarmerie.
Le véhicule du Smur progresse ensuite « sans escorte » en direction du blessé car, selon la préfecture, « la seule vue des motards de la gendarmerie générait un accroissement de l’hostilité des manifestants regroupés sur le chemin ». Toujours selon ce rapport, le Smur a dû « s’arrêter à plusieurs reprises sur son parcours » parce qu’il était sollicité par des blessés moins prioritaires.
Interrogé par Mediapart, le Dr Farnam Faranpour, chef du Samu-Smur de Niort qui se trouvait au poste de commandement, confirme ces aléas. Il reconnaît aussi une « perte de temps » entre 13 h 50 et 15 h 15, due à « des informations discordantes ». Selon lui, une fois sur zone, le Smur de Ruffec a eu du mal à trouver l’endroit précis où attendait Serge.
Les autorités avaient interdit cette manifestation. Il y est allé quand même.
Faillite des autorités quand des mecs viennent avec des molotov, boules de pétanques, chalumeau.
En tant que manifestant lambda, si je vois ce genre de personnes à cotés de moi, je me casse loin, car je sais que les FDO ne vont se laisser faire.
Je peux entendre d’aller à une manifestation interdire si tu es convaincu du bien fait de cette manifestation, mais il y a tjrs des précautions à prendre quand tu as de tels groupes à proximité.
Ne répondez pas au gens qui viennent se féliciter que quelqu’un dans le coma. Ce sont des trolls ou des imbéciles et ils seront modérés de toute façon.
Ça a été incroyablement mal géré par toues les parties présentes.
Une fois le gars blessé (et il aurait fallu qu’il ne soit pas blessé), il aurait fallu que la police délimite un périmètre de sécurité autour de lui. Le pouvait-elle ? Je ne sais pas.
Il aurait fallu que les autres manifestants autour cessent la violence pour ne pas davantage l’exposer et aussi pour faciliter l’accès aux secours. Savaient-ils ce qu’il se passait ? Je ne sais pas.
Il aurait aussi fallu que ses amis ne le déplacent surtout pas. Ils ont du le faire pour le mettre à l’abri selon leurs dires. Les gens autour n’avaient-ils vraiment pas conscience de la situation ? Je ne sais pas.
En tous les cas, il aurait fallu une désescalade rapide de la violence, de part et d’autre. La mec est mourant à cause d’une bassine. D’un truc qui est controversé, où il y a du pour et du contre. Pour un truc où quasi personne de présent n’est directement concerné.
Il y en a qui cherchent leur Rmy Fraisse et c’est dégueulasse.
Il y en a d’autres qui utilisent un cache-misère pour en, pas affronter leurs faiblesses.
Sauf que personne ne devrait en payer ce prix. Tout le monde ici à un truc à revoir dans sa gestion des évènements.
Respect à Serge, en espérant qu’il s’en sorte…