Retraites : la rédaction du “Parisien” dénonce ses Unes pro-réforme – Arrêt sur images

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  1. [Article lisible en PDF](https://docdro.id/kALCcZO)

    **Dans un communiqué interne au vitriol, la Société des journalistes (SDJ) du “Parisien” dénonce des couvertures favorisant les interviews gouvernementales à celles de l’opposition, ou d’autres focalisées sur les désagréments des grèves et les violences des manifestant·es, ainsi que moults éditoriaux pro-réforme dont elle demande (encore) la suppression. Et les démentis de la direction auprès de la SDJ ne semblent pas l’avoir convaincue.**

    Le texte est aussi inhabituel par sa nature que par son ton : ce 29 mars, la Société des journalistes (SDJ) du Parisien, représentante de la rédaction, a envoyé un communiqué interne “sur le traitement éditorial de la réforme des retraites et du mouvement social” à l’ensemble des journalistes du quotidien le plus influent de France – tant ses articles et sa hiérarchie de l’information irriguent chaque jour radios et télévisions. L’envoi de ce texte suivait de quelques heures une rencontre entre la SDJ et le directeur de la rédaction, Nicolas Charbonneau. “Nous lui avons fait part de la grande préoccupation de la rédaction quant à un traitement jugé partisan, sinon orienté, dans un journal traditionnellement respectueux de toutes les sensibilités républicaines et démocratiques”, rapporte la SDJ à la rédaction… avant de lister précisément ce qui la conduit à cette protestation virulente, et les réponses faites par la direction – qui ne conteste pas la véracité des échanges décrits dans ce texte ravageur, qu’Arrêt sur images a obtenu.

    **Le gouvernement et la droite en Une, pas l’opposition**

    Premier grief : en 2023, “toutes les grandes interviews de Une” ont été dédiées soit à des membres du gouvernement, soit au chef du groupe LR au Sénat, “en tout cas uniquement avec des partisans de cette réforme largement contestée dans l’opinion et au parlement”, établit la SDJ. Difficile de lui donner tort : alors que le Parisien n’a consacré aucune couverture à un responsable de l’opposition politique, le gouvernement, lui, y a droit plusieurs fois par mois. Gérald Darmanin le 28 janvier, Élisabeth Borne le 10 février (Acrimed avait moqué ce reportage plus que flatteur), Gabriel Attal le 22 février, Olivier Dussopt le 5 mars, et Bruno Le Maire le 19 mars.

    “Certes, nous convenons avec le directeur des rédactions que donner la parole à un interlocuteur ne signifie pas lui dérouler le tapis rouge – et nous faisons totalement confiance à nos collègues du service politique pour leur professionnalisme. Mais cette surexposition donne selon nous le ton d’une ligne éditoriale qui n’est plus neutre”, explique la SDJ à propos de ces couvertures unilatérales à répétition. Face à elle le 29 mars, Nicolas Charbonneau se serait félicité “que la séquence politique se soit faite chez nous avec ces grandes interviews”, le tout “en assumant le déséquilibre”, écrit la SDJ. “Le directeur des rédactions revendique, sur le traitement de la réforme des retraites, «de donner la parole aux faiseurs et non aux commentateurs»”, poursuit toujours la représentation de la rédaction. “«On a interrogé ceux qui sont à la manœuvre », clame-t-il […], il n’entend pas, sur ce sujet-là, accorder la même exposition aux leaders de ces deux grands partis (Nupes et RN, ndlr) assumant de les traiter sur des formats plus courts.”

    Pourquoi ? “Je ne veux pas qu’on participe de l’effet chaîne info. Nous devons faire attention à ne pas attiser des formes de radicalité”, aurait développé Charbonneau… tout en se défendant “d’avoir adopté un traitement «partisan»”. Charbonneau a aussi expliqué: “Je ne reconnais absolument pas ce terme. J’assume des choix et je revendique une forme d’engagement : pas au service du gouvernement mais dans la lignée des valeurs que l’on défend.” Quelles valeurs ? Entre autres “la défense de la République, la laïcité, la lutte contre les communautarismes ou le conspirationnisme”, aurait détaillé le directeur à la SDJ du Parisien. “Nous ne voyons pas en quoi accorder une grande interview à l’un ou l’autre des leaders de l’opposition sur le sujet de la réforme des retraites y contreviendrait. Ce parti-pris se fait à nos yeux au mépris de l’impartialité que nous devons à nos lecteurs et qui correspond à l’ADN du titre”, lui aurait répondu la SDJ.

    **En Une, des angles “critiques” envers les manifestations**

    L’affichage de membres du gouvernement à la Une, là où l’opposition doit se contenter des pages intérieures du Parisien, n’est pas le seul reproche formulé par la rédaction du quotidien à l’égard de sa direction à propos de la couverture des retraites. La rédaction déplore aussi la manière dont le journal a couvert les journées de mobilisation, ou plutôt “sous-traité”. Et quand c’était traité à la hauteur des mobilisations, “selon des angles critiques”. Là encore, la SDJ donne des exemples : lundi 6 mars, le Parisien titre “Dure semaine en vue” en mettant l’accent sur les difficultés des usagers des transports en commun. “Soit. Mais, alors que la mobilisation du 7 mars s’avère une nouvelle fois massive, le fait du jour du 7 mars est consacré à Florent Pagny et celui du 8 mars à Kylian Mbappé”, fait remarquer la rédaction à sa direction. Résultat : pas de manifestant·es à la Une.

    La rédaction du Parisien fait donc remarquer à sa direction que ces dernières semaines, aucune couverture n’a été consacrée aux manifestations elles-mêmes. Enfin, presque. “Il aura fallu attendre les premiers débordements de jeudi dernier pour consacrer un fait du jour à un lendemain de manifestation… en titrant «Mobilisation…et violences», déplore la SDJ. Nous aurions été plus crédibles à monter sur le sujet des violences si nous avions, au préalable, couvert les mobilisations précédentes à leur juste mesure.” Ce qu’aurait reconnu Nicolas Charbonneau : “Je le reconnais, on a déclenché que quand ça a pété.”

    Autre Une, autre critique : lorsque le gouvernement décide, face à l’opposition parlementaire, de faire passer sa réforme en usant du 49.3, “tous nos confrères s’accordaient à parler de «passage en force» ou de «fiasco»”, écrit la SDJ. La rédaction en chef du Parisien, ce 17 mars, choisit de titrer différemment des autres médias : “Le gouvernement joue la sécurité”. “Alors que […] les articles dûment renseignés en pages 2 et 3 de notre journal soulignaient le malaise qui avait saisi jusqu’aux fidèles du chef de l’État quant au recours à cet article, nous avions encore trouvé le moyen de faire un titre positif pour l’exécutif”, commente donc la rédaction du Parisien. “C’est peut-être une erreur d’avoir titré comme ça. C’est le fruit d’un processus collectif et on est parfois plus inspiré certains jours que d’autres, aurait répondu Charbonneau. Mais il ne faut y voir aucune malice : l’idée n’est absolument pas de ne pas se fâcher avec l’exécutif. Pas du tout. Nous ne sommes pas un journal d’opinion.”

    Des arguments qui n’ont pas touché la SDJ, semble-t-il, celle-ci faisant part dans son texte – comme quelques heures avant face à Charbonneau – du “sentiment d’un traitement privilégié du pouvoir en place”, dont elle précise qu’il est “aujourd’hui largement partagé dans la rédaction”. Ce qui amène la SDJ à rappeler, alors que le directeur leur répondait de ne pas se focaliser sur la Une pour en tirer des conclusions, que “la Une constitue la vitrine du titre et la traduction de sa ligne éditoriale”. Ligne éditoriale “dont nous ne pouvons que dénoncer la dérive”, écrivent les représentant·es de la rédaction.

  2. Pas étonnant quand c’est la bourgeoisie autoritaire qui dirige un média.

    Comme quand les “journalistes” de BFM venait chialer d’être pris à partis dans les manifestations de gilets jaunes, alors que leurs images servaient à leurs cracher à la gueule 24h/24…

    Et cette fameuse question de débile léger à toit bout de chant au moindre politique de gauche “vous condamnez les violences ?”

    Et la violence de l’état sur son peuple ? Là ça ferme bien sa gueule et ça vient lécher le cul de la droite à l’extrême droite.

    Un jour les gens seront vraiment excédés, et on pourra pas justifier un drame, mais je pense qu’on le comprendra.

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