> Jean Leclercq acquiesce : « Les Français, y compris des amis très chers, sont dans des fantasmes délirants. Ils présentent l’euthanasie comme un sommet d’individualisme. Je leur dis : “Que diable, ouvrez les yeux sur la mort, parlez-en !” En Belgique, on est pragmatiques, on a légiféré pour répondre à la demande de malades qui réclamaient le droit de décider du moment de la fin de leur vie au nom de l’autonomie et de la solidarité. » En aparté, le médecin réanimateur François Damas, qui exerce au centre hospitalier La Citadelle à Liège, est plus cinglant encore : « Les Français viennent nous voir tous les cinq ou dix ans pour nous poser les mêmes questions. Et le niveau du débat est toujours aussi consternant : une membre de votre Conseil consultatif national d’éthique a affirmé, devant moi que nous donnions la mort à des gens qui ne le souhaitaient pas… »
Sur l’avis de l’Église
>En vingt ans, l’euthanasie a changé le rapport à la mort en Belgique, y compris chez les catholiques. Le prêtre et théologien belge Gabriel Ringlet explique son accompagnement spirituel de malades qui demandent l’euthanasie, tout en souhaitant mourir en catholique.
« Je vais jusque dans des petits villages, explique le prêtre. Cette loi n’est pas élitiste. Elle est large, tout en étant précise et balisée. Tout le monde peut s’en emparer, d’une manière naturelle. »
Sur l’euthanasie des enfants
>Seul l’enfant peut formuler la demande d’euthanasie, mais les parents doivent donner leur accord. En Belgique, seuls quatre enfants ont été euthanasiés à ce jour, sans qu’aucune de ces situations dramatiques n’aient été médiatisées. […] Ces situations dramatiques sont très rares : « Pour chacune des quatre euthanasies pratiquées en Belgique, les enfants étaient atteints de cancers ou de maladies neurologiques, détaille Franck Devaux. Le plus jeune avait 9 ans, des psychologues et des psychiatres ont estimé qu’il avait sa capacité de discernement. »
Sur les patients concerné.es
> ans 82 % des cas, le décès du ou de la patiente était attendu à brève échéance. 60 % des euthanasies ont été pratiquées sur des malades atteint·es de cancer. Un très faible nombre de malades ont été euthanasié·es en raison d’une souffrance psychique : 0,9 % étaient atteint·es de maladies psychiatriques, 1,4 % de troubles cognitifs.
Sur l’avis des médecins et les soins palliatifs
>La doctoresse B. a, elle aussi, longtemps pensé que les soins palliatifs « pouvaient éteindre toutes les demandes, avec une écoute attentive ». « Puis, j’ai été confrontée à une demande claire et répétée d’un homme qui, bien que soulagé de ses symptômes, estimait avoir franchi un seuil de dépendance intolérable, dit-elle. Malgré les trésors d’ingéniosité déployés par l’équipe pour réduire son sentiment d’indignité, la souffrance existentielle a persisté. »
>Elle poursuit : « Le patient a finalement accepté une sédation palliative. Il a encore vécu quatre à cinq jours, apparemment paisibles selon l’expression de son visage, mais j’ai ressenti personnellement un sentiment de honte car cette lente dégradation physique, ce corps qui se rétrécissait, abîmé par les escarres malgré des soins attentifs, c’était exactement ce que cet homme voulait éviter à tout prix. »
>« C’est ce type d’expérience qui a forgé ma conviction qu’un règlement législatif de l’euthanasie était indispensable », explique encore la doctoresse B. Il n’y a, à ses yeux, aucune tension, aucune contradiction entre sa pratique des soins palliatifs et de l’euthanasie : « Le regard palliatif est le préalable indispensable, mais lorsque la demande persiste, il faut avoir l’humilité de reconnaître sa limite. »
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Sur l’avis des “Français”
> Jean Leclercq acquiesce : « Les Français, y compris des amis très chers, sont dans des fantasmes délirants. Ils présentent l’euthanasie comme un sommet d’individualisme. Je leur dis : “Que diable, ouvrez les yeux sur la mort, parlez-en !” En Belgique, on est pragmatiques, on a légiféré pour répondre à la demande de malades qui réclamaient le droit de décider du moment de la fin de leur vie au nom de l’autonomie et de la solidarité. » En aparté, le médecin réanimateur François Damas, qui exerce au centre hospitalier La Citadelle à Liège, est plus cinglant encore : « Les Français viennent nous voir tous les cinq ou dix ans pour nous poser les mêmes questions. Et le niveau du débat est toujours aussi consternant : une membre de votre Conseil consultatif national d’éthique a affirmé, devant moi que nous donnions la mort à des gens qui ne le souhaitaient pas… »
Sur l’avis de l’Église
>En vingt ans, l’euthanasie a changé le rapport à la mort en Belgique, y compris chez les catholiques. Le prêtre et théologien belge Gabriel Ringlet explique son accompagnement spirituel de malades qui demandent l’euthanasie, tout en souhaitant mourir en catholique.
« Je vais jusque dans des petits villages, explique le prêtre. Cette loi n’est pas élitiste. Elle est large, tout en étant précise et balisée. Tout le monde peut s’en emparer, d’une manière naturelle. »
Sur l’euthanasie des enfants
>Seul l’enfant peut formuler la demande d’euthanasie, mais les parents doivent donner leur accord. En Belgique, seuls quatre enfants ont été euthanasiés à ce jour, sans qu’aucune de ces situations dramatiques n’aient été médiatisées. […] Ces situations dramatiques sont très rares : « Pour chacune des quatre euthanasies pratiquées en Belgique, les enfants étaient atteints de cancers ou de maladies neurologiques, détaille Franck Devaux. Le plus jeune avait 9 ans, des psychologues et des psychiatres ont estimé qu’il avait sa capacité de discernement. »
Sur les patients concerné.es
> ans 82 % des cas, le décès du ou de la patiente était attendu à brève échéance. 60 % des euthanasies ont été pratiquées sur des malades atteint·es de cancer. Un très faible nombre de malades ont été euthanasié·es en raison d’une souffrance psychique : 0,9 % étaient atteint·es de maladies psychiatriques, 1,4 % de troubles cognitifs.
Sur l’avis des médecins et les soins palliatifs
>La doctoresse B. a, elle aussi, longtemps pensé que les soins palliatifs « pouvaient éteindre toutes les demandes, avec une écoute attentive ». « Puis, j’ai été confrontée à une demande claire et répétée d’un homme qui, bien que soulagé de ses symptômes, estimait avoir franchi un seuil de dépendance intolérable, dit-elle. Malgré les trésors d’ingéniosité déployés par l’équipe pour réduire son sentiment d’indignité, la souffrance existentielle a persisté. »
>Elle poursuit : « Le patient a finalement accepté une sédation palliative. Il a encore vécu quatre à cinq jours, apparemment paisibles selon l’expression de son visage, mais j’ai ressenti personnellement un sentiment de honte car cette lente dégradation physique, ce corps qui se rétrécissait, abîmé par les escarres malgré des soins attentifs, c’était exactement ce que cet homme voulait éviter à tout prix. »
>« C’est ce type d’expérience qui a forgé ma conviction qu’un règlement législatif de l’euthanasie était indispensable », explique encore la doctoresse B. Il n’y a, à ses yeux, aucune tension, aucune contradiction entre sa pratique des soins palliatifs et de l’euthanasie : « Le regard palliatif est le préalable indispensable, mais lorsque la demande persiste, il faut avoir l’humilité de reconnaître sa limite. »