Dans une nasse à Strasbourg : « On était à genoux, on suppliait et la police ne réagissait pas »

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  1. **Au soir du lundi 20 mars, plusieurs dizaines de manifestants se sont retrouvés bloqués dans une petite rue de la capitale alsacienne, ont été gazés à plusieurs reprises, puis pris en étau. La police refuse de parler de nasse. Les témoins, eux, ont vécu de longues minutes traumatisantes.**

    *Maud de Carpentier (Rue89 Strasbourg)*

    *4 avril 2023 à 07h57*

    Strasbourg (Bas-Rhin).– Nous sommes le lundi 20 mars à Strasbourg. C’est le jour du vote sur les motions de censure au Parlement, à la suite de l’utilisation par le gouvernement de l’article 49-3 de la Constitution pour faire adopter sa réforme des retraites. Des milliers de Français·es vivent ce passage en force comme un geste de mépris, après des semaines de manifestations. À Strasbourg, dès 18 heures, un rassemblement spontané s’organise, une « manifestation sauvage », comme certains observateurs nomment désormais ces rassemblements non déclarés en préfecture mais tout à fait légaux.

    En quelques heures, le mouvement dégénère. La police scinde le cortège en deux quai des Bateliers et disperse la foule à coups de gaz lacrymogène. L’un des cortèges se dirige vers le centre-ville. Après un long jeu du chat et de la souris, ce petit groupe (environ 80 personnes selon les manifestants, une quarantaine selon la police) se retrouve place Benjamin-Zix, en plein cœur du quartier de la Petite France, et décide de s’engouffrer dans une ruelle très étroite, la Petite rue des Dentelles, pour échapper à la police.

    Après avoir interrogé dix témoins, collecté des vidéos et des photos, Rue89 Strasbourg peut retracer le déroulé des faits et affirmer qu’entre 21 h 27 et 21 h 39, dans cette ruelle longue de 65 mètres et large de 2,5 mètres, une cinquantaine de manifestant·es ont été gazé·es à plusieurs reprises, puis bloqué·es d’un côté comme de l’autre par la police, coincé·es dans un important nuage de gaz lacrymogènes. Soit la définition même d’une nasse policière. Ce que contestent les forces de l’ordre.

    Selon les manifestants interrogés, et d’après plusieurs témoins présents au moment des faits (passants, journalistes indépendants), la police a fait un usage disproportionné de la force et notamment des gaz lacrymogènes. Tous n’en sont pas sortis indemnes.

    [ Dans la nasse de la Petite rue des Dentelles à Strasbourg. © Adrien Labit / Rue89 Strasbourg](https://www.youtube.com/watch?v=ZJ_9xGCsd54)

    Mohamed se rappellera longtemps ce 20 mars. C’était la première manifestation de sa vie. Le jeune étudiant de 20 ans avait décidé de se rendre place Kléber vers 18 heures pour protester contre la motion de censure. « Les retraites, je trouve que c’est un combat important, ça concerne tout le monde. » Après le rassemblement spontané et pacifique des débuts, il suit le cortège dont la colère prend de l’ampleur au fil des heures. Mais il insiste : « J’étais dans un groupe pacifique, nous n’avons rien cassé. »

    Lorsqu’il se retrouve dans la Petite rue des Dentelles, d’emblée, il se sent coincé. « J’étais en tête du cortège, et en arrivant au bout de la ruelle [qui donne sur la Grand’Rue – ndlr], je vois une ligne de policiers qui se forme. J’ai pris peur, j’ai voulu reculer, et là, je les ai vus nous lancer un tir de lacrymo. C’est arrivé tout près de moi. On savait qu’on était aussi coincés derrière. C’était la panique. J’ai pris peur, je pensais que s’ils nous enfermaient comme ça, c’était pour une raison. Mais non. »

    D’après les vidéos et les photos récoltées ce soir-là, Rue89 Strasbourg peut établir que le premier tir de lacrymogènes qui atterrit dans la ruelle a eu lieu à 21 h 25. Or, à ce moment-là, la Petite rue des Dentelles n’est pas encore bloquée par les policiers du côté de la place Benjamin-Zix. Techniquement donc, les manifestants peuvent sortir. D’ailleurs, quelques-uns y parviennent.

    Mathilde Cybulski, photographe indépendante qui se trouvait dans la ruelle, raconte : « J’étais à l’arrière de ce cortège, et quand on est rentrés dans la petite rue, ça a gazé pas mal derrière nous. Il y avait des tables d’un resto, dans la panique, les gens sont un peu tombés dessus, ont trébuché, ça bouchonnait. Là, on a reçu de nouveau une salve de lacrymo, je suis incapable de dire de quel côté ça venait. Mais j’ai vite vu que devant ça bloquait, l’air était très saturé. J’ai commencé à paniquer, je me suis dit : là, ils vont nasser, il faut que je sorte. J’ai fait demi-tour, j’ai couru et je suis sortie de justesse, quelques secondes avant qu’ils ne ferment la rue. J’ai dû traverser un énorme nuage de lacrymo. »

    Si pendant ces premières minutes, la Petite rue des Dentelles n’est donc pas encore fermée, elle est en revanche déjà saturée de gaz. D’abord parce que les policiers ont tiré au moins une première grenade à l’entrée de la ruelle, sur la place Benjamin-Zix, à 21 h 24. Ensuite, parce que les autres policiers, côté Grand’Rue, ont eux aussi, à leur tour, tiré un second tir de grenade lacrymogène à 21 h 25, au milieu de la ruelle, qui a atterri parmi les manifestant·es.

    [ © Compte Twitter de Mathilde Cybulski ](https://static.mediapart.fr/etmagine/article_thumbnail/files/2023/04/03/capture-d-e-cran-2023-04-03-a-16-29-53.png)

    La plupart se trouvent dans la partie haute de la rue, côté Grand’Rue, comme Mohamed. Et celles et ceux-là ont le sentiment d’être coincés. Ils sont enfumés, savent très bien que plusieurs camions de police sont sur la place derrière eux. Ils sont face à un mur de forces de l’ordre impassibles. Et dès 21 h 27, la nasse est effective, avec le déploiement du barrage policier à l’autre extrémité de la rue, place Benjamin-Zix.

    En trois minutes donc, les forces de l’ordre ont gazé au moins deux fois, voire plus (certains témoins parlent de quatre palets de gaz lacrymogène lancés à leurs pieds), en deux endroits différents de cette petite ruelle. Puis ils l’ont bloquée de part et d’autre.

    **21 h 27 – 21 h 39 : fermeture complète de la ruelle**

    Pierre-Louis a 17 ans. Journaliste indépendant et autodidacte, depuis plusieurs années, armé de sa caméra, il couvre tous les mouvements sociaux et les manifestations. En 2022, il crée son propre média en ligne, La Presse libre, sur lequel il poste de nombreuses vidéos. « J’ai un casque avec écrit Presse dessus, dans tous les sens. Les policiers me connaissent bien à Strasbourg, ils m’appellent tous par mon surnom même. Celui qui était en charge du blocage Grand’Rue m’avait justement contrôlé en début de manif à 18 heures. Je lui avais montré ma carte de presse, il m’a d’ailleurs confisqué mon masque à gaz. »

    Pourtant, au moment où les manifestant·es se retrouvent bloqué·es côté Grand’Rue, Pierre-Louis se retrouve lui aussi dans la nasse, malgré ses nombreux rappels de son identité. « Je filmais derrière les policiers et ils m’ont dit de rentrer dans la ruelle. » Au bout de quelques secondes, il reçoit un jet de gaz lacrymogène dans les yeux, envoyé par le même major qui l’avait contrôlé deux heures plus tôt. Sans sommation, sans respect de la distance de sécurité (1 mètre minimum), alors que Pierre-Louis hurle à plusieurs reprises « Presse ! Presse ! ».

    Malgré les vives douleurs qu’il ressent aux yeux, il filme pendant six longues minutes le début de la nasse. Ce qui a frappé le jeune homme, coutumier des manifestations et parfois même des débordements, c’est l’insensibilité des forces de l’ordre : « Là, on a atteint un niveau assez dingue. Enfermer des gens, dans une ruelle de moins de 2,5 mètres de large, et très haute, où l’air ne circule pas, puis les gazer, c’est inhumain ! Les gens n’étaient pas violents, on était à genoux, on suppliait les mains en l’air pour sortir ! Certains faisaient des malaises, et face à nous, il n’y avait aucune réaction. Ils regardaient les gens crever la gueule ouverte. »

    Sur sa vidéo, on peut en effet voir des manifestant·es hurler : « Laissez-nous sortir, on étouffe ! » En face, le major de police se contente de répondre en retour : « Reculez ! » Puis il s’adresse à ses collègues en criant : « Préparez les bâtons, s’ils s’approchent, on en donne ! » Pierre-Louis se déplace de l’autre côté de la rue, vers la place Benjamin-Zix. Espérant sortir, il fait face à l’autre blocage policier. De nouveau, des manifestant·es implorent de sortir : « Laissez au moins sortir ceux qui font des malaises ! On vous demande un peu d’humanité. » Mais les policiers ne répondent rien.

    Au bout de 5 minutes et 30 secondes d’après la vidéo de Pierre-Louis, on voit enfin le commissaire en charge sur place, chef de service de la voie publique, Laurent Braulio, intervenir et proposer aux manifestant·es du spray décontaminant pour les yeux. « Mais cinq minutes, alors qu’on ne peut plus respirer, et qu’on ne peut pas sortir, c’est très long », confie Pierre-Louis, qui ajoute avoir déjà été pris dans des nasses policières lors de manifestations parisiennes : « À chaque fois, je montre ma carte de presse et je sors. Là, c’était impossible. »

    Le jeune homme a envoyé dès le lendemain un signalement à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour violences par personne dépositaire de l’ordre publique, et atteinte à la liberté de la presse.

    [ Petite rue des Dentelles, Strasbourg, lundi 20 mars 2023. © Photo Mathilde Cylbuski / Hans Lucas ](https://static.mediapart.fr/etmagine/article_thumbnail/files/2023/04/03/20230404-img-nasse-strasbourg-1.jpg)

  2. j’étais dans une nasse jeudi dernier vers nation, après s’être fais gazer on a fait la chenille avec une sono en attendant de pouvoir sortir, ya même eu la macarena

    2 salles 2 ambiances

  3. >Ce qui a frappé le jeune homme, coutumier des manifestations et parfois même des débordements, c’est l’insensibilité des forces de l’ordre : « Là, on a atteint un niveau assez dingue. Enfermer des gens, dans une ruelle de moins de 2,5 mètres de large, et très haute, où l’air ne circule pas, puis les gazer, c’est inhumain ! Les gens n’étaient pas violents, on était à genoux, on suppliait les mains en l’air pour sortir ! Certains faisaient des malaises, et face à nous, il n’y avait aucune réaction. Ils regardaient les gens crever la gueule ouverte.

    Un passage qui aurait toute sa place dans “La banalité du mal”.

  4. On a le droit de parler de nazisme à ce niveau de fils de puterie ou on sort le padamalgam 500mg ?

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