Le Cese appelle à «ne pas subventionner les mégabassines avec de l’argent public»

2 comments
  1. # Le Cese appelle à «ne pas subventionner les mégabassines avec de l’argent public»

    Le Conseil économique, social et environnemental vient de présenter son propre rapport sur la gestion de l’eau. Il constate la faiblesse du projet de l’exécutif concernant la sortie des pesticides.

    C’est un «plan eau» bien plus ambitieux que «le vrai», [dévoilé par Emmanuel Macron fin mars](https://www.liberation.fr/environnement/climat/plan-eau-des-mesures-pas-toujours-a-la-mesure-de-la-situation-20230330_MKA67YDTYBGZFICXJL4BZV2RZ4/). Mardi, le Conseil économique, social et environnemental (Cese) a [adopté un avis ](https://www.lecese.fr/travaux-publies/comment-favoriser-une-gestion-durable-de-leau-quantite-qualite-partage-en-france-face-aux-changements) dans lequel il détaille comment gérer durablement l’or bleu face au changement climatique. Cette assemblée insiste sur le besoin de renforcer les moyens humains dans les services de l’Etat et les établissements qui participent à la gestion de l’eau, afin d’améliorer la recherche scientifique, de mener davantage de contrôles de police de l’eau, de mieux connaître la ressource et les quantités prélevées par les activités humaines. Le texte, élaboré avant les annonces gouvernementales mais adopté après, propose des mesures plus contraignantes en termes de sobriété et de qualité de l’eau, notamment pour l’agriculture. Il appelle à réellement impulser une transformation profonde de ce secteur, à l’origine de 57% de la consommation nationale d’eau et qui peine à se passer des pesticides. Les rapporteurs de l’avis Serge le Quéau (groupe Alternatives sociales et écologiques) et Pascal Guihéneuf (groupe CFDT) en détaillent les points forts, notamment concernant les mégabassines.

    *Pourquoi cet avis, une sorte de plan eau du Cese, arrive-t-il après les mesures de l’exécutif ?*

    ***Pascal Guihéneuf*** : Nous nous sommes autosaisis du sujet et avons commencé à travailler il y a un an. En septembre, nous avons fait une déclaration puis, mardi, notre rapport a été adopté – certes pas à l’unanimité -, en séance plénière. Il n’y avait aucun représentant du gouvernement ou des cabinets ministériels sur les bancs mais nous espérons pouvoir le leur présenter rapidement. Le Sénat s’est montré intéressé, nous serons bientôt auditionnés pour une mission parlementaire sur l’eau qui donnera lieu à un rapport.

    ***Serge le Quéau*** : Nous aimerions entendre les ministres de l’Agriculture, Marc Fesneau, et de la Transition écologique, [Christophe Béchu ](https://www.liberation.fr/environnement/secheresse-de-2022-sur-le-suivi-en-temps-reel-de-la-crise-il-y-a-eu-des-angles-morts-20230408_77PLQ5TKXZGWDDWMJBQRCAWNOQ/) , nous espérons qu’ils liront notre avis.

    *Le plan eau était assez décevant sur l’agriculture, notamment sur les mesures de sobriété. De votre côté, vous préconisez d’interdire les subventions publiques pour les mégabassines, une proposition forte quand on sait que 70% du financement* [*des* *bassines contestées dans les Deux-Sèvres est public* ](https://www.liberation.fr/environnement/agriculture/megabassines-privatisation-de-leau-financement-demesure-ce-que-leurs-opposants-leur-reprochent-20230325_TNLBX5IEPNDH3MDEQYEIO62PZA/)*.*

    ***PG*** : En effet. Pour les retenues de petites tailles, nous sommes restés très modérés. Mais sur les mégabassines, le débat a été âpre au sein de la commission et a abouti à la préconisation de ne pas subventionner avec de l’argent public de tels ouvrages. Ils sont contestés par les scientifiques car ils abîment localement l’environnement, mettent en danger la ressource en eau et la biodiversité.

    ***SLQ*** : C’est une façon de mettre un veto sur l’accaparement de la ressource. C’est un message très fort de la société civile.

    *Vous souhaitez aussi interdire* *«toute mesure d’irrigation par forte chaleur», ce n’est toujours pas un réflexe ?*

    ***PG*** : Il ne faut pas arroser n’importe où, n’importe comment. On pense qu’il y a quelques tolérances sur ce point. Nous voudrions faire comprendre que c’est du gaspillage d’arroser à certaines heures, même si cela demande une autre organisation aux agriculteurs. Pour plus de sobriété, il faut d’abord des cultures qui demandent moins d’eau. Ensuite, depuis 2013, nous recommandons d’accompagner la transition agroécologique *[une agriculture prenant en compte les principes de l’écologie, les facultés des écosystèmes à se renouveler, ndlr]* : mettre des dizaines de millions sur ce dossier plutôt que dans les mégabassines. Les sols sont secs de plus en plus tôt dans l’année, or ce sont les intermédiaires très importants entre les nappes phréatiques et l’atmosphère. Il faut diminuer les labours qui tassent la terre, mettre plus de matière organique dans les sols plutôt que dans les méthaniseurs.

    ***SLQ*** : Certains agriculteurs ont continué à arroser en pleine journée pendant la sécheresse 2022. Jusqu’ici, l’eau était considérée comme ressource inépuisable. Il faut renforcer les moyens de police de l’eau pour faire un vrai travail de contrôle. Ensuite, pour retenir l’eau, il faut retrouver la qualité des sols qui a disparu avec l’agriculture intensive : il n’y a plus de vers de terre à cause des pesticides, le sol a perdu sa capacité à être une éponge. Il faut donner les moyens humains et financiers pour que l’agriculture puisse se transformer et [aider le bio à se maintenir malgré la crise ](https://www.liberation.fr/environnement/agriculture/crise-du-bio-elisabeth-borne-fait-le-service-minimum-20230227_BFJ4357IPFCBXPFJGJYSY2HIVI/).

    *Pour accélérer les choses, vous préconisez notamment des taxes sur les ventes d’engrais minéraux et de pesticides.*

    ***SLQ*** : Oui. On ne mesure jamais la totalité des effets négatifs de ces produits ni ce que ça coûte à la société en termes de pollution alors que c’est considérable. En plus, quand l’eau se raréfie, les polluants se diluent moins, ça ne va pas dans le bon sens, c’est pourquoi il faut réduire les pollutions à la source. Il faut aider au développement d’une agriculture plus vertueuse pour améliorer la qualité de l’eau sur tout le territoire. Et aussi porter ce dossier au niveau européen.

    ***PG*** : Le porte-monnaie est souvent un moyen efficace. On veut que la quantité de pesticides et d’engrais diminue, le prix permet d’inciter à en utiliser de moins en moins. Car ils détériorent la qualité de l’eau. Le point de départ de notre avis, avant la sécheresse de 2022, était d’ailleurs d’alerter sur les problèmes de potabilité de l’eau. Nous espérons une prise de conscience. L’Anses a trouvé récemment que [le chlorothalonil était très présent dans l’eau potable ](https://www.liberation.fr/environnement/agriculture/residus-dun-fongicide-presents-dans-leau-potable-il-est-important-que-cette-molecule-soit-plus-surveillee-20230406_YZHMIXHLVNCM7EELPN3ZCI3P3Q/) , et il y a une grande quantité de molécules qui ne sont pas encore recherchées. Il y a aussi des problèmes avec [les Pfas ](https://www.liberation.fr/terre/2020/06/17/les-perfluores-des-polluants-eternels-et-omnipresents_1791597/) *[les substances per et polyfluoroalkylées, aussi appelées «polluants éternels», ndlr]*. Il faut de l’investissement dans la recherche et pour les agences régionales de santé.

    *Vous plaidez pour une«politique incitative de diminution des cheptels» dans les zones les plus saturées en azote et les plus génératrices de marées vertes, vous voulez que ce soit un principe de base au niveau national ?*

    ***SLQ*** : Oui. Nous sommes tous les deux originaires de Bretagne, où le problème des algues vertes est très présent. On préconise de diminuer les cheptels dans certaines zones mais l’idée est de rééquilibrer les élevages au niveau national.

    ***PG*** : Les déjections des porcs et bovins génèrent des nitrates qui polluent l’eau. On ne demande pas la diminution de la viande, même si on aurait pu, car cela est aussi bon pour le climat. Nous avons préféré nous concentrer sur la problématique de l’eau et répartir les pollutions. Nous avons été prudents pour chercher le consensus.

Leave a Reply