Alors que le chef de l’Etat a relancé lundi ses projets sur l’immigration, Gérald Darmanin a évoqué mardi la « délinquance étrangère » et Bruno Le Maire la « fraude » en direction du « Maghreb ». Chez LR, on demande au gouvernement de « s’aligne[r] sur nous ».
Par Claire Gatinois et Alexandre Pedro
Apaisement ? Ce lundi 17 avril, Emmanuel Macron retrouve les cadres de la majorité et une poignée de ministres à l’Elysée. Dans quelques heures le chef de l’Etat doit s’adresser solennellement aux Français pour, espère-t-il, clore l’épisode douloureux de la réforme des retraites qui enflamme la rue depuis trois mois. Il faut entendre la colère. Mais le président de la République pratique peu l’art de la contrition.
« On est trop sympa avec des gens qui nous défoncent. Il faut les exploser politiquement avant les municipales », lâche-t-il. La gauche qui s’est fondue dans les manifestations anti-retraites est sur le banc des accusés. La droite, aussi. Le chef de l’Etat a une revanche à prendre avec Les Républicains (LR), friable allié de circonstance, accusé de lui avoir fait faux bon sur ce texte hautement impopulaire. Difficile d’oublier l’esquive des LR alors que le décalage de l’âge de la retraite à 65 ans – un an de plus que la loi promulguée le 14 avril – figurait dans le programme de Valérie Pécresse, leur candidate à la présidentielle. L’heure est à la riposte. « Il faut qu’on assume de mettre chacun face à ses responsabilités et incohérences », souligne Aurore Bergé, cheffe du groupe des députés Renaissance à l’Assemblée nationale.
Dont acte. L’alliance que la majorité n’a pu obtenir sur les retraites, elle doit l’arracher sur le sujet de l’immigration. Le texte, que la plupart pensaient relégué dans les oubliettes du quinquennat, car jugé trop abrasif, ressurgit lors de l’allocution présidentielle. « Nous renforcerons, aussi, le contrôle de l’immigration illégale tout en intégrant mieux ceux qui rejoignent notre pays », promet M. Macron avec l’annonce d’un délai napoléonien de cent jours pour faire un point sur son action. D’ici là, il imagine bâtir « des coalitions et alliances nouvelles ». Avec les LR ? « La balle est dans leur camp », glisse-t-on au palais.
Du « en même temps », mais qui tire sur la droite
« Je suis sûr qu’avec Les Républicains on peut s’entendre sur cette question », rebondit mardi le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin, sur LCI. Transfuge de LR en 2017, le locataire de la place Beauvau parle d’un texte unique pour « lutter très fortement contre la délinquance étrangère » et « en même temps permettre, et c’est bien logique, à des gens qui travaillent dans notre pays et respectent totalement nos règles de [ne pas] être inquiétés ». Du « en même temps », mais qui tire sur la droite. « Les Français ont besoin de plus de fermeté et de plus d’autorité. Ils ont besoin qu’on arrête les voleurs, que les voleurs soient condamnés par la justice, qu’ils fassent des peines de prison, et qu’ensuite ils soient réinsérés. Bref, ils ont besoin d’un Etat fort », assure celui qui semble prendre l’opinion à témoin.
Sur BFM-TV, presque au même moment, le ministre de l’économie Bruno Le Maire aborde un autre pan du « cap » élaboré par le ministre du budget Gabriel Attal, à savoir lutter contre la fraude fiscale est sociale. « Nos compatriotes en ont ras-le-bol de la fraude (…) Ils n’ont aucune envie de voir que des personnes peuvent bénéficier d’aides, les renvoyer au Maghreb ou ailleurs, alors qu’ils n’y ont pas droit. Ce n’est pas fait pour ça, le modèle social », lâche l’ex-LR provoquant une bronca à gauche. « Jour 1 des 100 jours d’apaisement : flatter les préjugés xénophobes », conclut le chef du groupe socialiste à l’Assemblée Boris Vallaud sur Twitter. La droite, elle, reste silencieuse.
Le camp présidentiel opère ce que l’ex-président de l’UMP Jean-François Copé assimile à une « danse du ventre » pour ramener les LR dans ses filets. L’enjeu : rafler au moins une partie de ses 62 députés pour transformer la majorité relative du camp présidentiel en majorité tout court. « Il y a une ouverture », veut croire M. Copé, qui observe le discours de moins en moins virulent du patron du parti, Eric Ciotti. Ce dernier avait pourtant dit sa préférence pour Eric Zemmour en cas d’un second tour théorique de la présidentielle entre le candidat d’extrême droite et Emmanuel Macron.
« On n’est pas là pour être des spectateurs »
« L’opinion est entre la droite et l’extrême droite. C’est un fait incontestable. Ou la droite fait alliance avec le pouvoir, ou elle vit sa petite mort », défend Franck Louvrier, maire (LR) de La Baule (Loire-Atlantique), proche de l’ancien président Nicolas Sarkozy, avocat zélé d’une coalition entre son parti et la majorité présidentielle. « On n’est pas là pour être des spectateurs. Le pouvoir, il s’exerce », insiste l’ex-communicant de l’Elysée (2007-2012).
Mais LR peut-il être un partenaire fiable ? « Le paysage politique est désolé de toute part. Les LR tout seuls sont morts et nous-même on chante La Traviata. Mais il y a une énorme erreur que nous ne devons pas commettre à nouveau, c’est de faire des concessions sur ce que nous sommes pour cette alliance. Le texte immigration passera, sur notre ligne ! », prévient Gilles Le Gendre, député Renaissance de Paris. « Le texte, ou les textes immigration, doit comporter un volet de régularisation des travailleurs et un autre d’expulsion des délinquants. Il n’est pas question de céder là-dessus », abonde Sacha Houlié, président (Renaissance) de la commission des lois et représentant de l’aile gauche macronienne.
Las. Rue de Vaugirard, les LR imaginent déjà imposer leurs conditions. « Nous formulerons dans les jours qui viennent des propositions très précises et très audacieuses. Si le ministre de l’intérieur s’aligne sur nous, on en discutera, mais on ne se contentera pas d’eau tiède », prévient Eric Ciotti. « Ils [dans la majorité] semblent avoir compris que le groupe LR était le groupe pivot à l’Assemblée et que dans la population il y a un déport des idées vers la droite, avec un besoin d’autorité, de rigueur », se satisfait Eric Pauget, député (LR) des Alpes-Maritimes. Mais, poursuit-il, « sur la loi immigration, si Darmanin vient nous voir en nous disant “rédigez-moi un texte LR” et que c’est notre texte qui est présenté, il devra se débrouiller avec sa propre majorité pour le faire passer ».
Entre Les Républicains et le camp présidentiel, la méfiance est réciproque. « D’un côté, il y a des paroles sur le mode “nous allons travailler avec ceux dans l’opposition qui veulent construire quelque chose”, mais en pratique l’immense majorité de nos amendements sont déboutés. L’amour c’est bien, les preuves d’amour c’est mieux », pointe Philippe Juvin, élu des Hauts-de-Seine, pourtant favorable à ce que LR élargisse la majorité (relative).
« Cette coalition est mort-née. Sans avenir, soupire Bruno Retailleau, chef du groupe LR au Sénat. On est toujours dans le “en même temps”. Avec quel Macron conclure un accord ? Celui qui a donné raison aux zadistes de Notre-Dame-des-Landes ou celui qui les combat à Sainte-Soline ? » La première ministre, Elisabeth Borne qui se revendique « garante » du dépassement, dispose d’une semaine pour définir sa feuille de route et identifier les voies de passage au Parlement. Avec quelques virages serrés sur la droite ?
Claire Gatinois et Alexandre Pedro
Je vois qu’on a toujours les bonnes priorités. C’est vraiment la tristesse ce deuxième quinquennat, on aura perdu 10 ans sur la transition énergétique.
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Alors que le chef de l’Etat a relancé lundi ses projets sur l’immigration, Gérald Darmanin a évoqué mardi la « délinquance étrangère » et Bruno Le Maire la « fraude » en direction du « Maghreb ». Chez LR, on demande au gouvernement de « s’aligne[r] sur nous ».
Par Claire Gatinois et Alexandre Pedro
Apaisement ? Ce lundi 17 avril, Emmanuel Macron retrouve les cadres de la majorité et une poignée de ministres à l’Elysée. Dans quelques heures le chef de l’Etat doit s’adresser solennellement aux Français pour, espère-t-il, clore l’épisode douloureux de la réforme des retraites qui enflamme la rue depuis trois mois. Il faut entendre la colère. Mais le président de la République pratique peu l’art de la contrition.
« On est trop sympa avec des gens qui nous défoncent. Il faut les exploser politiquement avant les municipales », lâche-t-il. La gauche qui s’est fondue dans les manifestations anti-retraites est sur le banc des accusés. La droite, aussi. Le chef de l’Etat a une revanche à prendre avec Les Républicains (LR), friable allié de circonstance, accusé de lui avoir fait faux bon sur ce texte hautement impopulaire. Difficile d’oublier l’esquive des LR alors que le décalage de l’âge de la retraite à 65 ans – un an de plus que la loi promulguée le 14 avril – figurait dans le programme de Valérie Pécresse, leur candidate à la présidentielle. L’heure est à la riposte. « Il faut qu’on assume de mettre chacun face à ses responsabilités et incohérences », souligne Aurore Bergé, cheffe du groupe des députés Renaissance à l’Assemblée nationale.
Dont acte. L’alliance que la majorité n’a pu obtenir sur les retraites, elle doit l’arracher sur le sujet de l’immigration. Le texte, que la plupart pensaient relégué dans les oubliettes du quinquennat, car jugé trop abrasif, ressurgit lors de l’allocution présidentielle. « Nous renforcerons, aussi, le contrôle de l’immigration illégale tout en intégrant mieux ceux qui rejoignent notre pays », promet M. Macron avec l’annonce d’un délai napoléonien de cent jours pour faire un point sur son action. D’ici là, il imagine bâtir « des coalitions et alliances nouvelles ». Avec les LR ? « La balle est dans leur camp », glisse-t-on au palais.
Du « en même temps », mais qui tire sur la droite
« Je suis sûr qu’avec Les Républicains on peut s’entendre sur cette question », rebondit mardi le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin, sur LCI. Transfuge de LR en 2017, le locataire de la place Beauvau parle d’un texte unique pour « lutter très fortement contre la délinquance étrangère » et « en même temps permettre, et c’est bien logique, à des gens qui travaillent dans notre pays et respectent totalement nos règles de [ne pas] être inquiétés ». Du « en même temps », mais qui tire sur la droite. « Les Français ont besoin de plus de fermeté et de plus d’autorité. Ils ont besoin qu’on arrête les voleurs, que les voleurs soient condamnés par la justice, qu’ils fassent des peines de prison, et qu’ensuite ils soient réinsérés. Bref, ils ont besoin d’un Etat fort », assure celui qui semble prendre l’opinion à témoin.
Sur BFM-TV, presque au même moment, le ministre de l’économie Bruno Le Maire aborde un autre pan du « cap » élaboré par le ministre du budget Gabriel Attal, à savoir lutter contre la fraude fiscale est sociale. « Nos compatriotes en ont ras-le-bol de la fraude (…) Ils n’ont aucune envie de voir que des personnes peuvent bénéficier d’aides, les renvoyer au Maghreb ou ailleurs, alors qu’ils n’y ont pas droit. Ce n’est pas fait pour ça, le modèle social », lâche l’ex-LR provoquant une bronca à gauche. « Jour 1 des 100 jours d’apaisement : flatter les préjugés xénophobes », conclut le chef du groupe socialiste à l’Assemblée Boris Vallaud sur Twitter. La droite, elle, reste silencieuse.
Le camp présidentiel opère ce que l’ex-président de l’UMP Jean-François Copé assimile à une « danse du ventre » pour ramener les LR dans ses filets. L’enjeu : rafler au moins une partie de ses 62 députés pour transformer la majorité relative du camp présidentiel en majorité tout court. « Il y a une ouverture », veut croire M. Copé, qui observe le discours de moins en moins virulent du patron du parti, Eric Ciotti. Ce dernier avait pourtant dit sa préférence pour Eric Zemmour en cas d’un second tour théorique de la présidentielle entre le candidat d’extrême droite et Emmanuel Macron.
« On n’est pas là pour être des spectateurs »
« L’opinion est entre la droite et l’extrême droite. C’est un fait incontestable. Ou la droite fait alliance avec le pouvoir, ou elle vit sa petite mort », défend Franck Louvrier, maire (LR) de La Baule (Loire-Atlantique), proche de l’ancien président Nicolas Sarkozy, avocat zélé d’une coalition entre son parti et la majorité présidentielle. « On n’est pas là pour être des spectateurs. Le pouvoir, il s’exerce », insiste l’ex-communicant de l’Elysée (2007-2012).
Mais LR peut-il être un partenaire fiable ? « Le paysage politique est désolé de toute part. Les LR tout seuls sont morts et nous-même on chante La Traviata. Mais il y a une énorme erreur que nous ne devons pas commettre à nouveau, c’est de faire des concessions sur ce que nous sommes pour cette alliance. Le texte immigration passera, sur notre ligne ! », prévient Gilles Le Gendre, député Renaissance de Paris. « Le texte, ou les textes immigration, doit comporter un volet de régularisation des travailleurs et un autre d’expulsion des délinquants. Il n’est pas question de céder là-dessus », abonde Sacha Houlié, président (Renaissance) de la commission des lois et représentant de l’aile gauche macronienne.
Las. Rue de Vaugirard, les LR imaginent déjà imposer leurs conditions. « Nous formulerons dans les jours qui viennent des propositions très précises et très audacieuses. Si le ministre de l’intérieur s’aligne sur nous, on en discutera, mais on ne se contentera pas d’eau tiède », prévient Eric Ciotti. « Ils [dans la majorité] semblent avoir compris que le groupe LR était le groupe pivot à l’Assemblée et que dans la population il y a un déport des idées vers la droite, avec un besoin d’autorité, de rigueur », se satisfait Eric Pauget, député (LR) des Alpes-Maritimes. Mais, poursuit-il, « sur la loi immigration, si Darmanin vient nous voir en nous disant “rédigez-moi un texte LR” et que c’est notre texte qui est présenté, il devra se débrouiller avec sa propre majorité pour le faire passer ».
Entre Les Républicains et le camp présidentiel, la méfiance est réciproque. « D’un côté, il y a des paroles sur le mode “nous allons travailler avec ceux dans l’opposition qui veulent construire quelque chose”, mais en pratique l’immense majorité de nos amendements sont déboutés. L’amour c’est bien, les preuves d’amour c’est mieux », pointe Philippe Juvin, élu des Hauts-de-Seine, pourtant favorable à ce que LR élargisse la majorité (relative).
« Cette coalition est mort-née. Sans avenir, soupire Bruno Retailleau, chef du groupe LR au Sénat. On est toujours dans le “en même temps”. Avec quel Macron conclure un accord ? Celui qui a donné raison aux zadistes de Notre-Dame-des-Landes ou celui qui les combat à Sainte-Soline ? » La première ministre, Elisabeth Borne qui se revendique « garante » du dépassement, dispose d’une semaine pour définir sa feuille de route et identifier les voies de passage au Parlement. Avec quelques virages serrés sur la droite ?
Claire Gatinois et Alexandre Pedro
Je vois qu’on a toujours les bonnes priorités. C’est vraiment la tristesse ce deuxième quinquennat, on aura perdu 10 ans sur la transition énergétique.