Sébastien, syndicaliste, blessé en manifestation : « Ils m’ont flingué l’œil »

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  1. # Sébastien, syndicaliste, blessé en manifestation : « Ils m’ont flingué l’œil »

    Le syndicaliste de Sud Rail, grièvement blessé à œil par une grenade lors de la manifestation du 23 mars à Paris, a déposé plainte pour « violences volontaires ayant entraîné une mutilation par dépositaire de l’autorité publique ». Mediapart l’a rencontré.

    *« Moi, je regarde par là, mon père est de dos, on discute,* se souvient Antoine. *Je vois un truc qui tombe au sol, j’entends une grosse détonation. Ça fait un flash blanc et de la fumée qui sort. Mon père se retourne. »* Antoine s’adresse à son père : *« Je te vois avec ta main au niveau de l’œil. Je suis venu vers toi, je t’ai dit “Ça va ?” Tu m’as répondu “J’ai l’œil explosé”. »*

    Le 23 mars, vers 16 h 50, Sébastien N., 46 ans, mécanicien et syndicaliste de Sud Rail, se trouvait en tête de la manifestation parisienne contre la réforme des retraites, boulevard Poissonnière, avec son fils Antoine, 19 ans, lorsqu’il a été touché par une grenade qui a explosé à ses pieds.

    *« Je sens l’impact au niveau de l’œil,* se souvient Sébastien. *Je regarde ma main, je vois que je saigne. Je sens que ça a tapé l’œil. Je comprends qu’ils m’ont flingué l’œil. »*

    *« Je te récupère,* poursuit Antoine. *Je te prends le bras, je le mets sur mon épaule, et je gueule “street medic !” Je pousse tout le monde en criant “Trouvez-moi un street medic putain !” Je remonte le boulevard et là, il y a une porte battante, on peut entrer. »*

    Antoine installe son père à terre, et téléphone à un copain de Sud Rail.

    Vendredi 21 avril, le syndicaliste a été entendu par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) à Paris, et ses proches ne sont pas loin, ainsi qu’Antoine, dans un café.

    Le 17 avril, son avocate, Me Aïnoha Pascual, a déposé une plainte contre X en son nom au procureur de la République pour « violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente aggravée, commises par une personne dépositaire de l’autorité publique, avec usage ou menace d’une arme ». Une enquête avait déjà été ouverte pour violences volontaires aggravées par le parquet de Paris à la suite de la parution des premiers articles de presse.

    ## Deux vidéos

    *« Les faits ont eu lieu le 23 mars, pourquoi ne pas être venu plus tôt pour déposer plainte ? »*, lui a demandé le commandant de l’IGPN. Sébastien a répondu que sa priorité était son œil, et son rétablissement. Il présente une double fracture, de la paroi médiale et du plancher de l’orbite gauche, dont les médecins, ophtalmo et stomato, attentent l’évolution, avant peut-être de lui poser une cale pour redresser le plancher orbital.

    Le syndicaliste a demandé aux médecins si sa blessure était *« compatible »* avec l’impact d’une grenade de désencerclement. Ils ont botté en touche. Mais c’est ce que le témoignage d’Antoine, et une série d’images semblent montrer.

    *« Au regard des premiers éléments à notre disposition, il apparaît que Sébastien N. a été blessé par un tir de grenade de désencerclement (GMD) »*, ont annoncé Me Pascual et la fédération Sud Rail, dans un communiqué, le 26 avril. L’enquête devrait pouvoir déterminer précisément la nature des tirs auxquels ont procédé les forces de l’ordre, boulevard Poissonnière, vers 16 h 50.

    En attendant, la justice dispose de deux vidéos. Des images de vidéosurveillance de la préfecture de police, et l’extrait d’un reportage de BFM TV au moment du tir. Un mois après les faits, l’IGPN n’avait encore ni l’une ni l’autre, vendredi. Seul un album photo des lieux comprenant des tags anti-police a été constitué. Une nouvelle date de visionnage a été fixée par les enquêteurs.

    *« Il ne fait aucun doute que ces images viendront corroborer les déclarations de Sébastien N. devant l’IGPN. Elles permettront d’établir l’usage illégitime et disproportionné de la force qui a été fait par les personnes dépositaires de l’autorité dans des conditions non conformes à la doctrine d’emploi de ces armes »*, ont indiqué l’avocate de Sébastien et son syndicat.

    Sur les images de BFM TV, qui font 30 secondes, on reconnaît facilement Sébastien, avec un gilet jaune floqué Sud Rail et une casquette rouge, qui déambule parmi une foule plutôt agitée sur le boulevard Poissonnière. Il observe, mains dans les poches, le centre du boulevard, puis se tourne vers l’arrière.

    On le perd de vue quelques secondes, quand la caméra s’attarde sur deux manifestants portant des vestes bleues et des casques blancs d’EDF. Puis il réapparaît, en observation, le regard tourné vers l’avant car de l’autre côté du boulevard des feux d’artifice sont lancés dans cette direction. Sébastien se retourne, les mains toujours plongées dans les poches.

    Il fait quelques pas, baisse la tête, puis regarde le trottoir, regarde vers l’avant, et on le voit soudain mettre sa main au visage, tandis qu’un nuage de fumée l’entoure progressivement. Il est touché. Sébastien a été victime d’une police qui envoie des grenades sur la foule.

    Comme le montrent d’autres images, le cortège de tête a été coupé en deux au niveau du métro Grands-Boulevards quelques minutes auparavant. Les policiers ont pris position sur le boulevard par la rue Montmartre à 16 h 48. Ils s’apprêtent à charger.

    Sébastien et Antoine sont à cinquante mètres à peine du cortège syndical, à l’arrière. Les ballons de Solidaires et de Sud Rail sont visibles. Des grenades sont alors tirées. Sébastien est blessé. Antoine l’extrait vers 16 h 51. Il prévient un camarade deux minutes plus tard, à 16 h 53.

    Selon les images de Mediapart, les policiers d’une compagnie d’intervention suivis par un groupe de Brav-M, ont « repris » momentanément le boulevard, à 16 h 52, jusqu’à la hauteur du no19. Ce sont *a priori* les seules unités policières qui pouvaient effectuer les tirs qui ont touché Sébastien.

  2. Comme ont pu le dire plusieurs flics (en vidéo, mais aussi entendus très directement):

    *Faut rester chez soi si on veut pas avoir mal.*

    Il faut donc renoncer à l’expression de sa volonté propre et collective, car cela peut vous coûter des heures de liberté, une partie de votre anatomie ou votre intégrité psychologique, parfois le tout en même temps.

    Dans une société saine, ce simple état de fait, même appliqué à un seul membre du corps social, devrait engendrer l’ire collective, puisque brimer une partie du corps social c’est en réalité brimer tout ce corps, notamment en le divisant.

    Mais cela est devenu une composante admise de l’expérience démocratique en France.

    Que faire ?

  3. Il faut vraiment interdire ces grenades de désencerclement à la con. Ça sert a rien si ce n’est mutiler les manifestants.

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