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Toulouse, un samedi à 20 h 30, le long de la route départementale 120, entre une animalerie et une salle de sport. Sur les conseils de son collègue Fafa, « un bon vivant, du genre à crever dans pas longtemps », Philippe Bodin, ambulancier de 51 ans, est venu découvrir en famille le Royal Buffet, un restaurant à volonté XXL qui a ouvert à la place de l’ancien JouéClub. « Un lieu extraordinaire », paraît-il, où des robots servent les boissons.
Vu de l’extérieur, c’est un grand jeu de construction en verre fumé. Si la moitié de l’auvent ne s’était pas effondrée aux pieds d’un lion en stuc, on se serait cru dans un Radisson quatre étoiles. Accueillis par un vigile en gilet pare-balles, les Bodin patientent entre une fontaine de quatre mètres de haut où nagent des carpes koï et un lobby meublé de buffets en bois peint. « Un palace kitsch », pour Anna Maurel, la belle-fille, étudiante en psychologie, le nez levé sur les tubes décoratifs en laiton doré dans « une lumière de supermarché ».
Après vingt minutes d’attente, la famille est invitée à rejoindre une table collée à la vitre maculée de bisous d’un jardin d’enfants. Pour accéder au banquet, situé à une bonne minute de marche, il faut se frayer un chemin entre les grappes de mangeurs et les androïdes à tête de chat qui acheminent les breuvages. Arrivés à destination, père et fils marquent un temps d’arrêt. Par où commencer ? Le tableau général évoque un grand bazar de quelque trois cents mets… A droite du jambon à la découpe trône l’incontournable fontaine à chocolat. En face des ragoûts, des bonbonnières de toutes les couleurs. A côté des sushis, des fromages rivalisent avec des poissons frits et des kilos de viande crue attendent de passer sur le gril.
Pour 27,90 euros par personne – 20,90 euros en semaine et 14,90 euros à midi –, la tribu occitane tourne en moyenne autour de quatre assiettes par tête. « Tout ce qu’on va gagner, c’est une cirrhose, résume Thomas Breger, un ami du fils, qui a jeûné à midi. La première fois que je suis allé dans un buffet à volonté, un pote a vomi dans son assiette. » Pour avoir bonne conscience, Anna a pris soin d’accompagner d’une poignée de haricots verts sa quiche lorraine et ses brochettes de fromage. A quelques mètres d’eux, une cliente a délaissé le buffet pour le karaoké et se lance sur Les Lacs du Connemara, qui s’avère un parfait digestif. Faute d’avoir trouvé des couverts, Philippe Bodin mange ses œufs mayo et ses gaufres avec des baguettes. En fin de repas, on se dira au revoir sur Une souris verte.
Miam-miam international
Tenus, pour 70 % d’entre eux, par la diaspora chinoise, en grande partie originaire de la ville portuaire de Wenzhou, les buffets à volonté, en France, occupent désormais des hangars de plus de 1 000 mètres carrés, avec une capacité de quatre cents places assises, situés dans des zones commerciales ou à proximité des échangeurs d’autoroute. « L’inspiration vient de la communauté chinoise installée aux Pays-Bas, explique Jun Chen, à la tête du restaurant Pacific, à Franconville (Val-d’Oise). En France, cela a commencé il y a quinze ans avec Le Golf, à Chelles, en Seine-et-Marne, avec 500 mètres carrés de surface. »
Un client du Pacific, à Franconville (Val-d’Oise), le 5 avril 2023. LUCIE CIPOLLA POUR « LE MONDE »
Aux spécialités chinoises les festins à gogo ont ajouté des sushis et des makis, mais aussi des frites et des côtes d’agneau. Depuis trois ans, les menus ne cessent de s’étoffer, piochant dans le miam-miam international : des kebabs, des churros, des cheesecakes, des glaces à l’italienne… « Il y a même du kangourou, du bison et du requin au Grand Buffet de Saint-Saturnin, près du Mans, indique Jean-Gabriel Musa, 35 ans, officier de l’armée et habitué des buffets, qui le changent de la gamelle. Mais ils ajoutent un exhausteur de goût qui a tendance à uniformiser tous les plats… »
La règle sainte de la restauration dit ‘si c’est à volonté, c’est d’la merde’. Amen.
J’ai bloqué sur “accueillis par un vigile en gilet pare-balles”.
Vraiment ? Pour un resto ? On en est arrivés là à Toulouse ???
Surprenant article, où à aucun moment (excepté l’évocation de l’exhausteur de goût) est discutée la qualité de la nourriture dans ce genre de lien.
J’ai fait le brunch d’un boulanger parisien reconnu où tout est à volonté, j’ai chopé une gastro carabinée. Plus jamais.
Merci à Maroussia Dubreuil pour ce journalisme petit-bourgeois avec l’angle de la goinfrerie cheap, de la chute kitsch sur fond de diaspora chinoise, avec de la musique de merde etc. Pas un seul angle de traitement de ces lieux comme zone de relégation des classes popu (en zone commerciale comme d’hab). L’inaccessibilité du reste de l’offre. On voit clairement que c’est pas l’instagrammesque section de l’Epoque qui chronique un bouiboui healthy de Paris intra-muros.
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https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2023/04/29/la-france-des-buffets-a-volonte-tout-ce-qu-on-va-gagner-c-est-une-cirrhose_6171479_4497916.html
Toulouse, un samedi à 20 h 30, le long de la route départementale 120, entre une animalerie et une salle de sport. Sur les conseils de son collègue Fafa, « un bon vivant, du genre à crever dans pas longtemps », Philippe Bodin, ambulancier de 51 ans, est venu découvrir en famille le Royal Buffet, un restaurant à volonté XXL qui a ouvert à la place de l’ancien JouéClub. « Un lieu extraordinaire », paraît-il, où des robots servent les boissons.
Vu de l’extérieur, c’est un grand jeu de construction en verre fumé. Si la moitié de l’auvent ne s’était pas effondrée aux pieds d’un lion en stuc, on se serait cru dans un Radisson quatre étoiles. Accueillis par un vigile en gilet pare-balles, les Bodin patientent entre une fontaine de quatre mètres de haut où nagent des carpes koï et un lobby meublé de buffets en bois peint. « Un palace kitsch », pour Anna Maurel, la belle-fille, étudiante en psychologie, le nez levé sur les tubes décoratifs en laiton doré dans « une lumière de supermarché ».
Après vingt minutes d’attente, la famille est invitée à rejoindre une table collée à la vitre maculée de bisous d’un jardin d’enfants. Pour accéder au banquet, situé à une bonne minute de marche, il faut se frayer un chemin entre les grappes de mangeurs et les androïdes à tête de chat qui acheminent les breuvages. Arrivés à destination, père et fils marquent un temps d’arrêt. Par où commencer ? Le tableau général évoque un grand bazar de quelque trois cents mets… A droite du jambon à la découpe trône l’incontournable fontaine à chocolat. En face des ragoûts, des bonbonnières de toutes les couleurs. A côté des sushis, des fromages rivalisent avec des poissons frits et des kilos de viande crue attendent de passer sur le gril.
Pour 27,90 euros par personne – 20,90 euros en semaine et 14,90 euros à midi –, la tribu occitane tourne en moyenne autour de quatre assiettes par tête. « Tout ce qu’on va gagner, c’est une cirrhose, résume Thomas Breger, un ami du fils, qui a jeûné à midi. La première fois que je suis allé dans un buffet à volonté, un pote a vomi dans son assiette. » Pour avoir bonne conscience, Anna a pris soin d’accompagner d’une poignée de haricots verts sa quiche lorraine et ses brochettes de fromage. A quelques mètres d’eux, une cliente a délaissé le buffet pour le karaoké et se lance sur Les Lacs du Connemara, qui s’avère un parfait digestif. Faute d’avoir trouvé des couverts, Philippe Bodin mange ses œufs mayo et ses gaufres avec des baguettes. En fin de repas, on se dira au revoir sur Une souris verte.
Miam-miam international
Tenus, pour 70 % d’entre eux, par la diaspora chinoise, en grande partie originaire de la ville portuaire de Wenzhou, les buffets à volonté, en France, occupent désormais des hangars de plus de 1 000 mètres carrés, avec une capacité de quatre cents places assises, situés dans des zones commerciales ou à proximité des échangeurs d’autoroute. « L’inspiration vient de la communauté chinoise installée aux Pays-Bas, explique Jun Chen, à la tête du restaurant Pacific, à Franconville (Val-d’Oise). En France, cela a commencé il y a quinze ans avec Le Golf, à Chelles, en Seine-et-Marne, avec 500 mètres carrés de surface. »
Un client du Pacific, à Franconville (Val-d’Oise), le 5 avril 2023. LUCIE CIPOLLA POUR « LE MONDE »
Aux spécialités chinoises les festins à gogo ont ajouté des sushis et des makis, mais aussi des frites et des côtes d’agneau. Depuis trois ans, les menus ne cessent de s’étoffer, piochant dans le miam-miam international : des kebabs, des churros, des cheesecakes, des glaces à l’italienne… « Il y a même du kangourou, du bison et du requin au Grand Buffet de Saint-Saturnin, près du Mans, indique Jean-Gabriel Musa, 35 ans, officier de l’armée et habitué des buffets, qui le changent de la gamelle. Mais ils ajoutent un exhausteur de goût qui a tendance à uniformiser tous les plats… »
La règle sainte de la restauration dit ‘si c’est à volonté, c’est d’la merde’. Amen.
J’ai bloqué sur “accueillis par un vigile en gilet pare-balles”.
Vraiment ? Pour un resto ? On en est arrivés là à Toulouse ???
Surprenant article, où à aucun moment (excepté l’évocation de l’exhausteur de goût) est discutée la qualité de la nourriture dans ce genre de lien.
J’ai fait le brunch d’un boulanger parisien reconnu où tout est à volonté, j’ai chopé une gastro carabinée. Plus jamais.
Merci à Maroussia Dubreuil pour ce journalisme petit-bourgeois avec l’angle de la goinfrerie cheap, de la chute kitsch sur fond de diaspora chinoise, avec de la musique de merde etc. Pas un seul angle de traitement de ces lieux comme zone de relégation des classes popu (en zone commerciale comme d’hab). L’inaccessibilité du reste de l’offre. On voit clairement que c’est pas l’instagrammesque section de l’Epoque qui chronique un bouiboui healthy de Paris intra-muros.
Ça fait rêver !