Toilettes à un euro dans les gares : les méthodes cradingues de l’entreprise 2theloo

10 comments
  1. **L’entreprise 2theloo, gestionnaire des toilettes publiques dans les plus grandes gares de France, multiplie les entorses au Code du travail et boucle ses comptes de manière acrobatique. La SNCF, liée par un contrat jusqu’à fin 2026, avoue son impuissance.**

    Depuis son apparition dans le paysage ferroviaire il y a huit ans, l’entreprise 2theloo (« aux toilettes », en anglais) irrite. Le sous-traitant de la SNCF pour la gestion des toilettes dans les 31 plus grandes gares françaises (dont toutes les gares parisiennes) est secoué par des grèves à répétition, égratigné par l’inspection du travail et critiqué pour ses tarifs corsés. « On est décrit comme une entreprise pirate, reconnaît son responsable des relations partenaires, Fabrice Larbaletrier, mais nous sommes attachés au dialogue [avec nos salariés] et prêts à discuter. »

    Les occasions de discuter n’ont pas manqué ces dernières semaines. En s’installant en France début 2015, 2theloo, un groupe néerlandais, avait omis de majorer les heures travaillées le dimanche par ses 250 salariées, comme l’impose le Code du travail. Il a fallu attendre un contrôle de l’inspection du travail, le 5 septembre 2022, pour que sa direction se mette autour d’une table afin de négocier un accord d’entreprise.

    La négociation a patiné pendant de longs mois, et ne s’est débloquée qu’après que le tribunal de Paris a ordonné en référé (la procédure d’urgence) à l’entreprise d’appliquer la loi, le 19 janvier dernier. Quelques surprenants rebondissements ont suivi.

    Un premier projet d’accord soumis par la direction, prévoyant une majoration de 25 % des salaires le dimanche, a été rejeté par les salariées au cours d’un référendum d’entreprise, le 3 mars. La direction a alors décidé de recruter des intérimaires pour ouvrir le dimanche, à compter du 19 mars. Dans un projet de courrier à ses salariés, rendu public par un tract de la CGT, elle a en conséquence annoncé son intention de « réduire le temps de travail des salariés ». Mais personne ne s’est porté volontaire pour travailler moins.

    C’est dans ce contexte que, le 17 mars, la direction décrète un changement de planning particulièrement contraignant, pour une partie des salariées des gares parisiennes : leurs horaires sont organisés par tranches de deux ou trois heures, entrecoupées de longues périodes de pause, non payées. Cette annonce de dernière minute, reçue comme un « chantage » et une « vengeance » par les salariées, déclenche une grève sur les sites parisiens, ainsi qu’à Nantes.

    Dans ses explications à Mediapart, la direction nie toute volonté de représailles et invoque un besoin de « répartir la force de travail », surabondante depuis le refus des salariées de travailler le dimanche. Elle aurait également voulu « répondre à la demande des représentants du personnel de renforcer les équipes sur les horaires extrêmes, le matin tôt et le soir tard », assure Fabrice Larbaletrier. Un argumentaire qui ne convainc pas les salariées.

    La grève dure cinq jours et s’achève après le rétablissement des plannings sans coupure, et sur un accord prévoyant finalement 30 % de majoration des heures travaillées le dimanche. À quoi s’ajoutent 20 % pour les heures de nuit, elles aussi oubliées depuis huit ans, et une augmentation de salaire de 2 %, la première depuis 2015.

    **Salariées non reprises**

    Ce type de méthodes est régulièrement employé par 2theloo, installée dans de nombreux pays avec des toilettes publiques à haut niveau de confort et aux tarifs prohibitifs. En s’installant dans les gares françaises, l’entreprise a ainsi refusé de reprendre les salariées du prestataire précédent, Spacio Confort, comme l’impose pourtant [la convention collective du nettoyage](https://www.legifrance.gouv.fr/conv_coll/article/KALIARTI000027172504). Convention que le nouveau locataire des lieux refuse d’appliquer, arguant que son « concept innovant et unique de boutique-toilettes » le rapprocherait d’une activité de commerce.

    La convention du nettoyage oblige justement « à majorer les heures de nuit », ce que ne voulait pas faire au départ l’entreprise, souligne Richard Bloch, défenseur syndical CGT dans le XXe arrondissement de Paris, qui accompagne les salariées de 2theloo.

    En 2015, une première grève de neuf jours dans les gares de Paris et Nîmes s’était soldée, par l’entremise de la SNCF, par un arrangement entre 2theloo et l’entreprise de nettoyage Derichebourg. Cette dernière a accepté d’embaucher les salariées sous la convention collective du nettoyage, pour les louer à 2theloo.

    À échéance de l’accord, trois ans plus tard, 2theloo refuse à nouveau d’intégrer ces employées. Derichebourg dégaine alors [des ruptures conventionnelles](https://nvo.fr/le-personnel-des-relais-toilettes-des-gares-sncf-parisiennes-est-en-greve/) et des reclassements hors des gares. Une nouvelle grève, en juin 2019, est interrompue après que l’employeur [a obtenu du tribunal la levée du piquet de grève](https://nvo.fr/toilettes-des-gares-de-paris-la-justice-condamne-les-grevistes-a-perdre-leur-emploi/).

    Plus récemment, à l’occasion de contrôles sur plusieurs sites parisiens le 14 décembre 2021 et le 11 janvier 2022, l’inspection du travail a découvert que 2theloo utilisait depuis 2015 des « produits chimiques dangereux », « sans évaluation des risques », ni « équipements de protection adéquats » (un simple tablier était distribué aux salarié·es) et en ignorant les règles d’entreposage. La direction affirme aujourd’hui avoir changé ses produits d’entretien et jure que les précédents « n’étaient pas du tout nocifs ».

    Détail qui compte, les salariées de 2theloo travaillent pour la plupart 28 ou 30 heures par semaine, par tranche de 5 ou 6 heures par jour. Ce découpage permet à l’employeur de ne pas offrir de pause aux salariées, obligatoire au-delà de six heures consécutives.

    **Vidéosurveillance et comptes non certifiés**

    2theloo s’est également distinguée par l’utilisation de la vidéosurveillance pour contrôler ses salarié·es, ce que la loi proscrit. Elle a ainsi licencié une salariée en novembre 2016, l’accusant de s’être assise par terre pour consulter son téléphone, sur la foi d’images de vidéosurveillance.

    Or, comme l’ont constaté [les juges de la cour d’appel de Paris](https://www.doctrine.fr/d/CA/Paris/2021/CDBAD5ACA6A9BAEEC009D) en septembre 2021, les caméras n’avaient pas été déclarées à la préfecture de police, et les images étaient conservées en toute illégalité. Selon nos informations, une autre employée a été licenciée en 2020, pour de courtes absences, sur la foi de la vidéosurveillance. Le contentieux judiciaire a été enterré par l’entreprise à l’aide d’une transaction et d’un accord de confidentialité.

  2. >Ce type de méthodes est régulièrement employé par 2theloo, installée dans de nombreux pays avec des toilettes publiques à **haut niveau de confort** et aux tarifs prohibitifs.

    J’ai du louper la partie confort lors de ma dernière grosse commission chez eux… Par contre j’ai pas loupé le fait qu’on te fout de la pub partout dans les toilettes…

  3. >Nous voulons travailler avec les représentants syndicaux pour construire un nouveau 2theloo, sans revenir sur le passé en cherchant la petite bête.

    Mais quel culot !

  4. > multiplie les entorses au Code du travail et boucle ses comptes de manière acrobatique. La SNCF, liée par un contrat jusqu’à fin 2026, avoue son impuissance.

    Donc, quand la SNCF signe un contrat avec un sous traitant il n’y a aucune clause qui demande à ce que le code du travail soit respecté ?

    Et on est impuissant en France devant une société qui décide de ne pas se soumettre au code du travail ?

    Purée….

  5. Rien que le principe des toilettes payantes me fait chier. Et en plus tu vois que ce sont des gros escrocs derrière.

    La prochaine fois je pense que je vais passer sans payer, je n’aurais aucun remord.

  6. > La gratuité des toilettes en gare pour les voyageurs munis d’un billet [avait été annoncée pour 2022](https://www.lepoint.fr/societe/les-toilettes-des-gares-seront-gratuites-pour-les-voyageurs-en-2022–28-06-2021-2433145_23.php). Mais la SNCF a dû y renoncer : « Le contrat qui nous lie à 2theloo [reposant sur] le principe de la rémunération sur les entrées, nous ne pourrons faire évoluer le modèle qu’à la fin de ce contrat », indique l’entreprise. Il faudra donc attendre la fin 2026.

    M’est avis que lors des renégociations du contrat, une des conditions de 2theloo était l’extension de l’engagement jusqu’en 2028/2030 car ils savent bien qu’ils vont pas être renouvelés. La SNCF a dû sacrifier la mesure pour se débarrasser de ce presta le plus tôt possible.

  7. Tiens je profite de ce post pour une question sérieuse : ils ont le droit de nous refuser l’accès aux toilettes si on refuse de payer et qu’on doit y aller pour raison médicale ?

    Car un jour j’ai chopé E.Coli et le mec ne voulait rien savoir donc j’ai passé le portique en lui disant que je réglerai plus tard (chose que j’ai faite) mais là j’ai vraiment pas le temps.

    Je me dis qu’une femme enceinte ou autre ça peut arriver aussi.

    Le pire c’est que j’avais un billet de train valide mais ça semble ne pas être gratuit pour les voyageurs…

  8. ça devrait être gratuit.

    Dans une gare tu paie déjà ton billet de train dans 95 % des cas. Les toilettes dans les trains sont gratuit, comme devrait l’être ceux dans les gares.

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