Liberté d’expression : multiplication des crimes de lèse-Macron

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  1. **Depuis le début du mouvement contre la réforme des retraites, les policiers multiplient les arrestations de manifestants accusés d’outrage au chef de l’État. Le délit d’offense au président de la République a pourtant été déclaré contraire à la Convention européenne des droits de l’homme en 2013.**

    Un septuagénaire puni pour avoir affiché une banderole « Macron, on t’emmerde », une femme placée en garde à vue et convoquée par la justice pour avoir qualifié sur Internet le président de la République d’« ordure », un autre manifestant également placé en garde à vue pour avoir fait un doigt d’honneur au chef de l’État…

    Le mouvement contre la réforme des retraites a une nouvelle fois prouvé le durcissement de la répression à l’égard de l’expression du mécontentement de la population lors de mouvements sociaux. Comme l’avait déjà rapporté Mediapart au mois de décembre, ce phénomène n’est pas nouveau.

    Cela fait en effet plusieurs années que les forces de l’ordre interviennent lors de rassemblements pour invisibiliser certains messages ou intimider certain·es manifestant·es. Lors des manifestations, les confiscations de pancartes sont devenues monnaie courante, tandis que les policiers n’hésitent plus à imposer à certain·es habitant·es de retirer des banderoles affichées à leur balcon.

    « Ce n’est pas quelque chose de vraiment nouveau », expliquait à l’époque Nathalie Tehio, avocate et membre de la Ligue des droits de l’homme ainsi que de l’Observatoire parisien des libertés publiques. « C’est une invisibilisation des combats, s’inquiétait-elle. On fait en sorte qu’on ne les voie pas. C’est un contrôle de la contestation visant à la museler, ou la cacher. »

    Dans les récentes affaires, l’homme de 77 ans habitait à Saint-Agnan-de-Cernières, un petit village situé près de Broglie dans l’Eure, où il n’avait jamais fait parler de lui, rapporte L’Éveil normand. Ce sont les gendarmes qui, le dimanche 30 avril, sont passés devant sa maison sur la façade de laquelle était accrochée la banderole proclamant : « Macron, on t’emmerde ».

    Convoqué à la gendarmerie, l’homme s’est montré « coopérant », a expliqué un capitaine de gendarmerie à L’Éveil normand. « Étant donné son âge, il n’a pas été placé en garde à vue », a-t-il précisé. L’homme a finalement écopé d’un stage de citoyenneté, sans avoir été jugé, une procédure dénoncée, sur Twitter, par le juriste Nicolas Hervieu. « La sanction a été infligée par le seule procureur de la République », écrit-il. « Sans juge. Or, si l’intéressé avait été bien conseillé, il aurait choisi d’être jugé. Et aurait été très probablement relaxé au nom de la liberté d’expression. »

    Le 19 avril, à Sélestat, c’est une manifestante qui a été placée durant 23 heures en garde à vue pour avoir fait deux doigts d’honneur en direction d’Emmanuel Macron lors d’un déplacement du chef de l’État, rapporte Rue89 Strasbourg. Elle est convoquée au tribunal judiciaire au mois de septembre.

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