Désobéissance civile : des militants écologistes condamnés pour « entrave à la circulation »

7 comments
  1. # Désobéissance civile : des militants écologistes condamnés pour « entrave à la circulation »

    Jeudi, le tribunal judiciaire de Créteil s’est penché sur le sort de huit activistes de Dernière Rénovation, qui avaient bloqué l’autoroute A6 en octobre dernier. La justice les a condamnés à 35 heures de travail d’intérêt général.

    **Créteil (Val-de-Marne) –** *« Il ne reste que nos corps pour nous faire entendre*, lâche à Mediapart Rachel, 21 ans, membre de Dernière Rénovation. *Nous sommes aujourd’hui face à la justice, mais force est de constater que notre action a eu un fort retentissement médiatique. »* Jeudi 11 mai, huit militant·es de la campagne de désobéissance civile appelant à la rénovation thermique des bâtiments étaient convoqué·es devant le tribunal judiciaire de Créteil, poursuivis pour avoir bloqué durant une demi-heure l’A6, dite « l’autoroute du Soleil », en région parisienne, le 28 octobre dernier – un vendredi soir de départ en vacances.

    Ancien collaborateur d’élu à la mairie de Paris, Lucas, 41 ans, fait partie des huit prévenu·es. Il a expliqué à Mediapart : *« Nous sommes mis dos au mur par ce gouvernement. Agir est une obligation morale. Nous demandons juste à ce que la loi française et le Code de l’énergie soient appliqués, ce n’est pas radical ! »*

    Trois jours après cette action sur l’A6, l’Assemblée nationale a voté une enveloppe de 12 milliards d’euros pour la rénovation thermique des logements, contre l’avis du gouvernement. Une mesure enterrée dans la foulée *via* un 49-3 déclenché par la première ministre Élisabeth Borne.

    Ce blocage s’inscrivait dans une vague d’actions de désobéissance civile menée l’an dernier par Dernière Rénovation, comme l’interruption du tournoi de tennis de Roland-Garros ou du Tour de France cycliste durant l’été 2022, le blocage du périphérique parisien à plusieurs reprises, ou l’irruption d’un activiste sur la pelouse du Parc des Princes (Paris) durant un match de football.

    La veille de l’audience au tribunal de Créteil, pour avoir interrompu quelques minutes un match de rugby à Toulouse en novembre, deux militants de Dernière Rénovation ont d’ailleurs écopé de deux mois de prison avec sursis. *« Nous avons 18 procès en cours, et celui d’aujourd’hui est le cinquième. C’est notre plus gros procès en termes de nombre de prévenus »*, glisse une membre du collectif.

    Avant d’entrer au tribunal, Les Soulèvements de la Terre, Alternatiba et la députée écologiste Sandrine Rousseau sont venus manifester leur soutien aux activistes climatiques. Députée La France insoumise (LFI) du Val-de-Marne, Clémence Guetté a aussi pris la parole devant le tribunal avec les militant·es de Dernière Rénovation : *« Ce que vous défendez est emblématique de l’écologie populaire, face aux macronistes qui défendent la croissance verte ou balaient la Convention citoyenne pour le climat au détriment des plus pauvres. »*

    À ses côtés, Thomas Portes, élu LFI de Seine-Saint-Denis, a ajouté : *« Nous sommes là pour vous soutenir dans un moment où, face aux mobilisations pour le climat comme contre la réforme des retraites, la seule réponse du gouvernement est la répression policière et judiciaire. »*

    ## Légalisme vs légitimité

    Dans la petite salle d’audience du tribunal judiciaire pleine comme un œuf, la juge commence par rappeler que deux infractions ont été retenues contre les huit prévenu·es : entrave à la circulation et mise en danger de la vie d’autrui.

    Chacun·e des interpellé·es passe ensuite à la barre. En un flot de mots rapide et précis, Rachel débute : *« Je suis animatrice nature pour les plus jeunes. L’été dernier, à cause de la sécheresse, j’ai dit aux enfants qu’on ne pouvait pas faire le traditionnel feu de camp avec les marshmallows, ni faire de bataille d’eau. Leur vie est déjà gâchée par l’inaction politique. »*

    Alors que la juge demande pourquoi elle n’a pas fait une action légale, la militante précise qu’elle s’est déjà présentée deux fois sur une liste aux dernières municipales et départementales mais conclut : *« Le gouvernement ne tient plus compte des grandes mobilisations. »*

    Étudiante en philosophie, Laure explique pour sa part pourquoi elle participe à cette action de blocage : *« Je suis issue d’une famille modeste d’ouvriers qui se sont pété le dos, je vois que ce sont eux qui se prennent en premier les conséquences des dérèglements climatiques et qui, cet hiver, n’ont pas pu se chauffer. »*

    D’autres interpellés, comme Lucas, insistent sur le fait qu’ils ne reconnaissent pas l’infraction de mise en danger de la vie d’autrui, car leur action visait à interpeller quant à la réalité du caractère mortifère du dérèglement climatique.

    *« Il est absurde de demander à ces présumés délinquants de rendre des comptes sur une action pour le climat alors que l’État français a été condamné deux fois par la justice pour inaction climatique »*, assène Me Kathleen Taieb, avocate des prévenu·es.

    Appelé à intervenir comme témoin, Michel Forst, rapporteur spécial des Nations unies sur les défenseurs de l’environnement, rappelle au tribunal que *«* *les militants climat sont des défenseurs de l’environnement au titre des Nations unies et ne doivent pas être traités comme des écoterroristes »*. Puis il souligne que le blocage de route était une pratique de longue date du mouvement social, et que *« les actions non violentes de désobéissance civile sont conformes au droit international sur les droits de l’homme »*.

    La directrice de recherche au CNRS en climatologie, Agnès Ducharne, vient ensuite à la barre rappeler qu’en France, le bâtiment émet environ 20 % des émissions. *« La France se réchauffe plus vite que la moyenne, nous sommes déjà à + 1,7 °C dans l’Hexagone*. *D’ici à 2050, si on ne fait rien, 2022 sera perçue comme une année moyenne en termes de chaleur et de sécheresse. »*

    Qu’importent ces alertes juridiques et scientifiques. La procureure de la République déclare devant une salle médusée : *« Je ne conteste pas la réalité du changement climatique mais ce n’est pas le débat aujourd’hui. Ce que je conteste est la violation de la loi au prétexte que la cause est louable. »* Et elle requiert une peine de travail d’intérêt général de 50 à 70 heures.

    Dans leurs plaidoiries, les six avocats des activistes invoquent la liberté d’expression et [« l’état de nécessité »](https://www.mediapart.fr/journal/france/110423/delinquance-de-survie-quand-necessite-fait-loi) des citoyen·nes face à l’inaction climatique du gouvernement. *« L’idée ici est de mettre un terme à un péril grave et imminent, à savoir le réchauffement climatique »*, lance Me Marie Ollivier.

    Après délibération, le tribunal condamne les prévenu·es pour entrave à la circulation à 35 heures de travaux d’intérêt général et à trois mois d’emprisonnement en cas de non-exécution. Cinq militant·es de Dernière Rénovation acceptent, trois refusent et écopent d’amendes entre 500 et 1 080 euros.

    Rachel retournera sur le banc des accusés le 17 mai pour avoir aspergé de peinture une statue devant la Bourse de commerce de Paris en novembre. À Mediapart, elle assure : *« La situation est trop grave. S’il faut, je recommencerai d’autres actions de désobéissance civile. »*

    [Mickaël Correia](https://www.mediapart.fr/biographie/mickael-correia-0), 12 mai 2023 à 11h48

  2. À quand la condamnation et mise au cachot des personnes dépositaires de l’autorité publique ou des dirigeants de grands groupes pétroliers pour “entrave aux conditions de vie sur terre” ?

  3. *>Je suis animatrice nature pour les plus jeunes. L’été dernier, à cause de la sécheresse, j’ai dit aux enfants qu’on ne pouvait pas faire le traditionnel feu de camp avec les marshmallows, ni faire de bataille d’eau. Leur vie est déjà gâchée par l’inaction politique.*

    La “vie gâchée” à cause des marshmallows et des bombes à eau, celle-là je ne l’avais pas vue venir.

  4. C’est une excellente chose que la justice leur fasse comprendre que ce n’est pas leur initiatives qui vont faire changer les choses.

    Que cela donne un exemple pour ceux qui seraient motivés d’empêcher les gens de passer.

    Avec des peines un peu plus sévères pour les suivants

  5. >Je ne conteste pas la réalité du changement climatique mais ce n’est pas le débat aujourd’hui. Ce que je conteste est la violation de la loi au prétexte que la cause est louable.

    Ça, c’est le message important et principal que l’on doit imposer dans le crâne de ces individus.

    S’ils ne le comprennent pas maintenant, il le feront avec une saisie dans le portefeuille et des travaux d’intérêt général à effectuer.

  6. Quand on est “pour”, c’est de la désobéissance civile.

    Quand on est “contre” c’est enfreindre la loi, un délit …Etc…

    Tout ça quelle que soit la cause !

Leave a Reply