« La surenchère verbale antimacroniste rend la gauche inaudible »

14 comments
  1. **L’usage des termes « autoritaire » pour qualifier le régime politique actuel, « tyran » ou « dictateur » à l’encontre du président de la République contribue à l’abaissement du débat, explique le politiste Philippe Marlière, dans une tribune au « Monde ». Par cette posture vitupérante, la gauche, en manque d’idées, conforte la droitisation du pays.**

    A en croire nombre de dirigeants politiques et d’intellectuels de gauche, la France serait devenue un régime autoritaire. Les comparaisons avec la situation hongroise ou russe sont devenues des lieux communs, à tel point que les médias utilisent cette terminologie sans en interroger la pertinence.

    En science politique, l’autoritarisme renvoie à un régime qui limite et encadre le pluralisme politique, subordonne la justice, repose sur l’adhésion des masses à un exécutif chargé d’un projet de « régénération nationale » (contre un ennemi intérieur ou extérieur), interdit les manifestations antirégime et prend ses aises avec l’Etat de droit. Sommes-nous parvenus à ce point de négation de la démocratie en France ? Le prétendre, c’est faire preuve d’une arrogance et d’un mépris choquants à l’égard des peuples qui vivent sous un régime autoritaire.

    Le passage en force de la loi sur les retraites par le biais d’artifices constitutionnels est, à bien des égards, critiquable. La gauche a raison de s’opposer à une réforme injuste qui va sanctionner les femmes, les classes ouvrières et moyennes. On peut aussi déplorer que le Conseil constitutionnel ait rendu un avis portant, non sur la constitutionnalité du texte de loi, mais sur l’opportunité ou pas de fragiliser politiquement le gouvernement.

    **Une république culturellement conservatrice**

    Emmanuel Macron, président exécré à gauche, serait, à en croire les mêmes dirigeants et intellectuels de gauche, un tyran, un dictateur, [voire Caligula](https://www.lemonde.fr/politique/article/2023/03/23/reforme-des-retraites-le-gouvernement-accuse-lfi-d-etre-responsable-des-debordements-lors-des-manifestations_6166660_823448.html) (selon Mathilde Panot, présidente du groupe parlementaire de La France insoumise, LFI). La détestation ou la démonisation d’opposants politiques participent de l’abaissement des débats politiques. En se concentrant sur les individus et en stimulant des affects négatifs, elles éloignent des raisonnements qui s’intéressent aux mécanismes structurels de la domination. Bref, honnir à longueur de colonnes ou de prises de parole médiatiques un président n’a rien d’émancipateur. C’est se laisser entraîner sur le terrain d’un populisme droitier et, surtout, lâcher la proie pour l’ombre.

    Affirmer cela ne revient aucunement à valider la nature peu démocratique des institutions de la Ve République, les pouvoirs incongrus du président, les violences policières, la droitisation constante du gouvernement sur les questions économiques et les libertés publiques, la banalisation du racisme dans les débats publics ou la normalisation du RN. Mais si la France penche de plus en plus à droite, cela n’en fait pas, à l’heure actuelle, un régime similaire à ceux d’Orban ou de Poutine.

    En réalité, la présidence Macron n’est pas radicalement différente des présidences conservatrices qui l’ont précédée. Le problème de la France n’est pas que ce soit un régime autoritaire, mais que sa république soit culturellement conservatrice et élitiste. Celle-ci est, en effet, allergique à la diversité qu’elle ne reconnaît pas ou aux minorités qu’elle invisibilise. Sans les nier, elle méprise les libertés publiques et tolère les violences policières depuis toujours. Tournant le dos au libéralisme politique qui inspira la révolution de 1789 et la loi de séparation de 1905, la France républicaine affronte les pages noires de son passé à reculons (Vichy, le colonialisme).

    **Image brouillée**

    Plutôt que de haïr en boucle Macron, la gauche serait avisée de commencer par balayer devant sa porte. Elle est aujourd’hui au plus bas, car son image est brouillée et sa compétence politique est mise en doute. Selon un [sondage récent de l’IFOP](https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2023/03/119689-Rapport-SR-N214.pdf), Jean-Luc Mélenchon, leader autocrate de LFI et fer de lance de la Nupes, est jugé moins compétent politiquement que Marine Le Pen. Les sondés considèrent également qu’elle est plus respectueuse de la démocratie que lui.

    Walter Benjamin parlait de *« mélancolie de gauche »* pour désigner le conservatisme idéologique d’une gauche, rhétoriquement radicale, idéologiquement pure, mais incapable de saisir le z*eitgeist*, l’air du temps politique, et ce qu’il charrie. Cette mélancolie de gauche est une forme d’arrogance intellectuelle qui sous-estime ses opposants politiques (Macron, mais aussi la possibilité d’une victoire du Rassemblement national, RN), et martèle l’idée que davantage d’unité de façade ou un programme mieux huilé ramèneront la gauche au pouvoir.

    Or, les causes du discrédit de la gauche sont autres : un déficit d’image de ses dirigeants principaux, la perception d’une faible compétence politique et l’absence d’idées fortes qui mobilisent. En 1981, la gauche proposait de réduire l’âge de la retraite de 65 à 60 ans ou la suppression de la peine de mort, et, en 1997, elle préconisait la semaine de trente-cinq heures. Quelle est la grande idée civilisationnelle de la gauche aujourd’hui ? Les happenings théâtraux de LFI à l’Assemblée nationale ne dupent personne, et la surenchère verbale antimacroniste rend la gauche inaudible. La colère ou la dérision publiquement orchestrées ne régleront rien. Cette gauche mélancolique prétend innover avec un ravalement d’étiquettes, mais elle est fondamentalement conservatrice dans ses mots d’ordre et la manière de s’opposer.

    Le gouvernement table sur le pourrissement de la situation pour dénoncer la « violence » de la gauche. En embuscade, le RN prétend soutenir le mouvement social actuel. Il dénoncera bientôt la chienlit du gouvernement et de la gauche, et gagnera sur les deux tableaux : celui de la colère sociale et celui de l’ordre. Les Français sont majoritairement opposés à la loi sur les retraites, mais la Nupes est minoritaire dans les urnes. Amplifier cette mélancolie de gauche, c’est indirectement faciliter l’essor de l’extrême droite.

    **Philippe Marlière** est professeur de sciences politiques à University College London.

  2. J’aime bien comme il ne faut pas dire que le gouvernement est autoritaire mais en même temps on peut dire que Mélenchon est autocrate sans que ça pose problème…

    Ce qui n’empêche que l’article a quand même en partie raison, dire que Macron est le diable ça n’avance pas le schmilblick. Par contre il oublie totalement la répression des manifs, les dizaines d’arrêtés illégaux, et le président qui n’ose sortir qu’avec un millier de policier.

  3. Je vois pas pourquoi il dit ça.

    Sur reddit on a des débats sereins sur la question et tout le monde est accord sur le fait que les anti macronistes nous apporteraient paix et félicité si ils étaient au pouvoir.

  4. Alors la gauche a pas le droit de de partir en hyperbole sur Macron sinon elle devient “inaudible”, mais quand c’est LREM qui veut te faire croire que Mélenchon c’est une révolution communiste ou une dictature de gauche, là pas de problème

  5. Surenchère verbale?

    Excellent timing de la part du Monde puisqu’aujourd’hui même E. Borne a lâché que LFI est plus dangereux que le RN 🙃

  6. >Selon un [sondage récent de l’IFOP](https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2023/03/119689-Rapport-SR-N214.pdf), Jean-Luc Mélenchon, leader autocrate de LFI et fer de lance de la Nupes, est jugé moins compétent politiquement que Marine Le Pen. Les sondés considèrent également qu’elle est plus respectueuse de la démocratie que lui.

    Cette fixette sur Méluche alors qu’il n’est plus député et est loin de faire l’unanimité dans son propre camps et encore moins dans la NUPES, ça devient lassant. On se demande bien à quoi l’auteur joue en le présentant, en 2023, comme “fer de lance de la NUPES”.

    Aussi on aimerait bien que quelque part l’auteur intègre dans son analyse les conséquences d’une com gouvernementale qui se place comme seule alternative crédible et raisonnable, qui place la NUPES à l’extrême gauche, et qui reprend des termes d’extrême droite comme islamogauchiste, woke, et écoterroriste. Si ça n’a pas été un bel effort pyromane pour rendre la gauche inaudible, qu’on m’explique ce que c’était.

    Et puis je vais même pas parler de la naïveté de croire qu’un discours apaisé ça serait la stratégie gagnante pour la gauche, c’est vraiment un fantasme de petit bourgeois dérangé par le désordre et inquiété par la colère petit peuple. Allume la TV Phillipe, regarde un JT, quoi que dise la gauche, que ça soit véhément ou pas, elle y sera salit, et elle sera inaudible.

  7. Etape 1: renvoyer dos a dos LREM et le RN

    Etape 2: balancer du kérosène partout en montant les uns contre les autres et en démolissant a peu près tout les garde-fous républicains

    Etape 3: attribuer a LREM la responsabilité dans la démolition desdits garde-fous républicains.

    Etape 4: Espérer un deuxième tour Leader Minimo vs LePen

    Etape 5: Avoir ses yeux pour pleurer

  8. C’est peut-être un martyr complex de mon côté mais le traitement du RN et de la gauche est quand même pas identique dans la presse mainstream, pour des prétendus zextrêmes de danger égal.

    C’est du genre :

    * *Marine Le Pen, plus respectable que jamais, condamne fermement les manifestations néofascistes*.
    * *La gauche la plus incompétente et la moins républicaine du monde.*

  9. Politiquement en tout cas la gauche continue de réduire ses chances de victoire avec la stratégie actuelle.
    Les gens de la NUPES peuvent penser qu’ils ont tellement de bonnes idées que les gens de gauche ne peuvent que souscrire à leur programme mais ils réussissent à réunir tous les points super sensibles qui irritent les gens:
    * réintégration des soignants anti vaccins
    * anti nucléarisme
    * anti véganisme
    * pro véganisme
    * anti optimisation agricole
    * soutiens des minorités

    Perso je vois qu’un retour d’un PS qui soit un peu plus raisonnable tout en poussant des valeurs de gauche sans avoir peur de la protestation à droite. Par exemple, pour moi c’était incompréhensible la façon dont le gouvernement Hollande a fait traîner la sauce sur le marriage pour tous quand le gouvernement Jospin, qui était pourtant bien social démocrate, avait pu faire passer les 35h.

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