**À la veille du lancement de la commission d’enquête sénatoriale, Mediapart publie les projets présentés par les deux associations ayant touché le plus d’argent du fonds Marianne. Insignifiants sur le fond comme sur la forme, ces dossiers renforcent le flou autour des critères de sélection des candidatures.**
*Antton Rouget et Ellen Salvi*
*15 mai 2023 à 22h12*
La question est au cœur de l’affaire du fonds Marianne sans pour autant avoir trouvé de réponse à ce jour : sur quelle base ont bien pu être sélectionnées les deux associations les mieux financées par cette opération lancée par la ministre Marlène Schiappa quelques mois après l’assassinat de Samuel Paty ? L’USEPPM (Union des sociétés d’éducation physique et de préparation militaire) et Reconstruire le commun, dont les productions sont aujourd’hui mises en cause, se sont respectivement vu attribuer 355 000 euros et 330 000 euros de subventions, soit près d’un tiers de cette enveloppe exceptionnelle débloquée en 2021.
Malgré plusieurs demandes auprès du ministère de l’intérieur et du secrétariat d’État chargé de la citoyenneté, le sénateur socialiste Claude Raynal, président de la commission d’enquête qui doit s’ouvrir mardi 16 mai sur le sujet, n’a pas pu accéder aux documents relatifs aux critères de sélection des candidatures. Ce qui tend à renforcer l’idée que le comité ayant décidé de l’octroi des subventions, dans lequel ont siégé trois conseillers de Marlène Schiappa, dont son directeur de cabinet de l’époque, ne s’est pas appuyé sur une grille d’analyse objective.
De nouveaux documents recueillis par Mediapart, et que nous publions ci-dessous, accentuent encore cette hypothèse. Ils montrent en effet que les deux associations suspectes ont présenté à l’appui de leurs candidatures des notes d’intention insipides, sans détail ni précision sur la mise en œuvre des projets. À l’inverse, d’autres propositions ont été rejetées (17 dossiers ont été retenus sur une présélection de 41) alors qu’elles présentaient des dossiers beaucoup plus étayés, d’après les éléments que nous avons pu consulter.
Dans le cas de l’USEPPM, association qui a reçu la plus grosse dotation du fonds Marianne, son dossier de candidature repose sur une « fiche synthétique de présentation du projet », un document Word d’une page comprenant… sept phrases. Soit, rapporté à la subvention globale obtenue par la structure alors codirigée par le journaliste aux travaux controversés Mohamed Sifaoui, un ratio de 50 000 euros par phrase.
Sur le fond, l’association explique vaguement que son projet vise à « apporter une réponse appropriée et efficace dans le cadre d’un contre-discours qui puisera son essence dans les valeurs de la République et dans le rejet de toute forme d’extrémisme et de radicalité ». Avant d’indiquer qu’elle s’attaquera notamment aux « thèses islamo-gauchistes et indigénistes », des concepts jamais définis ni démontrés scientifiquement, mais agités par bon nombre de responsables gouvernementaux du premier quinquennat d’Emmanuel Macron (Marlène Schiappa, aujourd’hui chargée de l’économie sociale et solidaire et de la vie associative, mais aussi Jean-Michel Blanquer ou Frédérique Vidal).
Pour accomplir sa mission, l’USEPPM promet de lancer « plusieurs sites internet et comptes réseaux sociaux », de produire des « vidéos » et des « podcasts », mais aussi des « articles de presse », en se basant sur une « dizaine de salariés ». Or des enquêtes de France 2 et de l’hebdomadaire Marianne sont depuis venues mettre en doute la réalité de ces prestations. Le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), qui a assuré le suivi du projet, n’a d’ailleurs pas versé la seconde tranche de la subvention (88 750 euros sur les 355 000 euros promis). « La mayonnaise n’a pas pris », a reconnu Mohamed Sifaoui sur BFMTV.
Pour Reconstruire le commun, la note d’intention est un peu plus longue : elle fait deux pages. Créée quelques semaines avant la présentation du fonds Marianne, l’association n’a pas encore de référence, ni même de site internet quand est lancé l’appel à projets. Mais elle promet de déployer une « stratégie éditoriale » sur les réseaux sociaux pour « donner des clés et éléments de langage à ceux qui croient en la République mais sont noyés par les éléments de langages identitaires et montrer la réalité de ce qu’on a en commun et redonner la fierté d’appartenir de la communauté nationale à des jeunes qui se sentent étrangers à cette idée ».
Outre les vidéos diffusées sur YouTube, dont plusieurs ont servi à dénigrer des adversaires politiques d’Emmanuel Macron, la toute jeune structure prévoit aussi de créer un « compte parodique de décoloniaux » sur Instagram ou de se déployer sur Twitter en « complément de l’action de comptes existants dédiés à la riposte et à la lutte contre les discours et entités séparatistes ». Lorsque la candidature de Reconstruire le commun a été analysée par le comité de sélection, l’association a d’ailleurs été présentée, d’après un document consulté par Mediapart, comme étant en lien avec une autre initiative du même genre, « On vous voit ».
Il s’agit d’un compte Twitter ciblant particulièrement les opposant·es à Emmanuel Macron, mais aussi les membres de l’Observatoire de la laïcité (ODL), alors dirigé par Jean-Louis Bianco. Ciblé depuis plusieurs années par Manuel Valls et ses soutiens du Printemps républicain, cet organisme gouvernemental a fait l’objet d’une vive offensive du pouvoir macroniste en général et de Marlène Schiappa en particulier, après l’assassinat de Samuel Paty. Il a finalement été dissous en juin 2021.
« Il n’y avait aucun lien avec ce groupe informel », « On vous voit », avance auprès de Mediapart Ahlam Menouni, présidente de Reconstruire le commun. Pourtant, dans les statuts de février 2021 fournis par son association au CIPDR, le trésorier de la structure n’est autre que Benjamin Vulbeau, un membre du Printemps républicain, animateur du compte « On vous voit », s’étant aussi impliqué dans la campagne d’Emmanuel Macron en 2017. Relancée sur ce point, Ahlam Menouni relativise le rôle de l’intéressé : « Benjamin Vulbeau nous a donné des conseils sur le volet financier/associatif le temps que nous formalisions l’arrivée d’un profil beaucoup plus senior étant donné les sommes en jeu », précise-t-elle.
Un autre document consulté par Mediapart renforce l’idée d’une politisation du fonds Marianne. Établi par le CIPDR le 31 mai 2021, il résume à grands traits la procédure de sélection des associations bénéficiaires. Le comité y explique les raisons pour lesquelles il a choisi de rejeter certains dossiers : la plupart du temps, « l’ambition nationale » du projet a été déterminante, certaines propositions ayant une dimension essentiellement locale.
Mais d’autres critères ont joué. Ainsi peut-on lire dans ce document que l’association Coexister a suscité « a minima une certaine réserve » : « Coexister dont le positionnement est explicitement en opposition avec la ligne gouvernementale », est-il écrit noir sur blanc. Depuis plusieurs mois, cette association reconnue était en effet dans le collimateur de la secrétaire d’État chargée de la jeunesse Sarah El Haïry et de Marlène Schiappa, en raison de leurs divergences sur les questions de laïcité.
Dans le cas de l’USEPPM comme de Reconstruire le commun, les dirigeants des deux structures ont bénéficié de relations personnelles efficaces. Dans un communiqué de presse, le journaliste Mohamed Sifaoui, représentant et salarié de l’USEPPM, avait d’ailleurs reconnu que son association avait répondu à l’appel à projets du fonds Marianne après avoir été « encouragée par des représentants des pouvoirs publics, notamment par les membres du cabinet de Marlène Schiappa et par elle-même ».
[Comme l’a déjà raconté Mediapart](https://www.mediapart.fr/journal/france/200423/fonds-marianne-trois-collaborateurs-de-marlene-schiappa-ont-selectionne-les-dossiers), Mohamed Sifaoui était déjà en lien, avant le lancement du programme de financement, avec des représentants du CIPDR mais aussi deux conseillers du cabinet de Marlène Schiappa, qui siégeaient au sein du comité de sélection du fonds Marianne. Le préfet Christian Gravel, secrétaire général du CIPDR depuis l’été 2020 et qui a également participé à la sélection des candidatures, a aussi participé dès 2017 à des cours de close-combat [discipline à main nue d’origine militaire – ndlr] dispensés dans les locaux mêmes de l’USEPPM.
Dans quelles conditions ont été organisées ces interventions ? Ont-elles ensuite joué sur le traitement de l’association par le CIPDR ? Sollicité, le président de l’association, Cyril Karunagaran, n’a pas retourné notre demande d’entretien. Christian Gravel nous a pour sa part indiqué qu’il réservait ses réponses à la commission d’enquête sénatoriale.
Antton Rouget et Ellen Salvi
> Dans le cas de l’USEPPM, association qui a reçu la plus grosse dotation du fonds Marianne, son dossier de candidature repose sur une « fiche synthétique de présentation du projet », un document Word d’une page comprenant… sept phrases. Soit, rapporté à la subvention globale obtenue par la structure alors codirigée par le journaliste aux travaux controversés Mohamed Sifaoui, un ratio de 50 000 euros par phrase.
J’aimerais bien être rémunéré autant…
“la toute jeune structure prévoit aussi de créer un “compte parodique de décoloniaux”…”
Tout un programme…
[deleted]
Pourquoi ces gens ne réalisent pas que l’argent public qu’ils volent pour le gaspiller entraîne la misère et la mort de leur prochain ?
Pour référence, 300 k€ c’est le montant typique d’aide demandée par un partenaire de projet ANR (ça couvre une thèse et les extras). Pour monter un projet ANR il faut :
* le contexte scientifique avec biblio (la biblio fait habituellement quelques pages)
* la description du projet, avec les objectifs, les délivrables, les moyens engagés, et l’organisation du consortium
* les références des chercheurs et instituts (compter un paragraphe par personne/institut)
* une page détaillant l’aide financière demandée (personnel, matériel, voyages, publis) par institut + une page récapitulative
OK, c’est pour la phase 2. Parce que oui, il y a 2 phases maintenant, la 1ere ne demandant “juste” que plusieurs pages de description et une page financière, pour l’honneur d’être sélectionné pour la sélection.
​
Je pose la question : au nom de quoi ce fonds se permet d’avoir une procédure de sélection qui est une insulte à l’ensemble de la communauté de recherche en France, pour une somme totale qui aurait pu alimenter un ANR ambitieux facilement ?
Troller la gauche sur twitter pour 50k euros ?
Je le fais déjà gratuitement.
Aprés moi c’est artisanal, face aux grosses structures je ne peux pas jouer.
Un document Word de 7 phrases pour palper 300 000 boules, ça c’est de la rentabilité.
Et pendant ce temps là, moi, Responsable de Projets dans le développement, qui me tape d’écrire des documents de 50 pages (sans annexes) pour obtenir des financements de l’AFD, en étant questionné sur chaque ligne, et qui à la fin du dit projet, doit fournir à la fois un audit financier et une évaluation externe. L’incurie et l’absence total de conséquences de ces gens là est une honte.
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**À la veille du lancement de la commission d’enquête sénatoriale, Mediapart publie les projets présentés par les deux associations ayant touché le plus d’argent du fonds Marianne. Insignifiants sur le fond comme sur la forme, ces dossiers renforcent le flou autour des critères de sélection des candidatures.**
*Antton Rouget et Ellen Salvi*
*15 mai 2023 à 22h12*
La question est au cœur de l’affaire du fonds Marianne sans pour autant avoir trouvé de réponse à ce jour : sur quelle base ont bien pu être sélectionnées les deux associations les mieux financées par cette opération lancée par la ministre Marlène Schiappa quelques mois après l’assassinat de Samuel Paty ? L’USEPPM (Union des sociétés d’éducation physique et de préparation militaire) et Reconstruire le commun, dont les productions sont aujourd’hui mises en cause, se sont respectivement vu attribuer 355 000 euros et 330 000 euros de subventions, soit près d’un tiers de cette enveloppe exceptionnelle débloquée en 2021.
Malgré plusieurs demandes auprès du ministère de l’intérieur et du secrétariat d’État chargé de la citoyenneté, le sénateur socialiste Claude Raynal, président de la commission d’enquête qui doit s’ouvrir mardi 16 mai sur le sujet, n’a pas pu accéder aux documents relatifs aux critères de sélection des candidatures. Ce qui tend à renforcer l’idée que le comité ayant décidé de l’octroi des subventions, dans lequel ont siégé trois conseillers de Marlène Schiappa, dont son directeur de cabinet de l’époque, ne s’est pas appuyé sur une grille d’analyse objective.
De nouveaux documents recueillis par Mediapart, et que nous publions ci-dessous, accentuent encore cette hypothèse. Ils montrent en effet que les deux associations suspectes ont présenté à l’appui de leurs candidatures des notes d’intention insipides, sans détail ni précision sur la mise en œuvre des projets. À l’inverse, d’autres propositions ont été rejetées (17 dossiers ont été retenus sur une présélection de 41) alors qu’elles présentaient des dossiers beaucoup plus étayés, d’après les éléments que nous avons pu consulter.
Dans le cas de l’USEPPM, association qui a reçu la plus grosse dotation du fonds Marianne, son dossier de candidature repose sur une « fiche synthétique de présentation du projet », un document Word d’une page comprenant… sept phrases. Soit, rapporté à la subvention globale obtenue par la structure alors codirigée par le journaliste aux travaux controversés Mohamed Sifaoui, un ratio de 50 000 euros par phrase.
Sur le fond, l’association explique vaguement que son projet vise à « apporter une réponse appropriée et efficace dans le cadre d’un contre-discours qui puisera son essence dans les valeurs de la République et dans le rejet de toute forme d’extrémisme et de radicalité ». Avant d’indiquer qu’elle s’attaquera notamment aux « thèses islamo-gauchistes et indigénistes », des concepts jamais définis ni démontrés scientifiquement, mais agités par bon nombre de responsables gouvernementaux du premier quinquennat d’Emmanuel Macron (Marlène Schiappa, aujourd’hui chargée de l’économie sociale et solidaire et de la vie associative, mais aussi Jean-Michel Blanquer ou Frédérique Vidal).
Pour accomplir sa mission, l’USEPPM promet de lancer « plusieurs sites internet et comptes réseaux sociaux », de produire des « vidéos » et des « podcasts », mais aussi des « articles de presse », en se basant sur une « dizaine de salariés ». Or des enquêtes de France 2 et de l’hebdomadaire Marianne sont depuis venues mettre en doute la réalité de ces prestations. Le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), qui a assuré le suivi du projet, n’a d’ailleurs pas versé la seconde tranche de la subvention (88 750 euros sur les 355 000 euros promis). « La mayonnaise n’a pas pris », a reconnu Mohamed Sifaoui sur BFMTV.
[Présentation du projet de l’USEPPM pour le fonds Marianne. © Documents Mediapart / Montage Sébastien Calvet](https://static.mediapart.fr/etmagine/article_thumbnail/files/2023/05/15/20230515-img-document-fond-marianne-1.jpg)
Pour Reconstruire le commun, la note d’intention est un peu plus longue : elle fait deux pages. Créée quelques semaines avant la présentation du fonds Marianne, l’association n’a pas encore de référence, ni même de site internet quand est lancé l’appel à projets. Mais elle promet de déployer une « stratégie éditoriale » sur les réseaux sociaux pour « donner des clés et éléments de langage à ceux qui croient en la République mais sont noyés par les éléments de langages identitaires et montrer la réalité de ce qu’on a en commun et redonner la fierté d’appartenir de la communauté nationale à des jeunes qui se sentent étrangers à cette idée ».
Outre les vidéos diffusées sur YouTube, dont plusieurs ont servi à dénigrer des adversaires politiques d’Emmanuel Macron, la toute jeune structure prévoit aussi de créer un « compte parodique de décoloniaux » sur Instagram ou de se déployer sur Twitter en « complément de l’action de comptes existants dédiés à la riposte et à la lutte contre les discours et entités séparatistes ». Lorsque la candidature de Reconstruire le commun a été analysée par le comité de sélection, l’association a d’ailleurs été présentée, d’après un document consulté par Mediapart, comme étant en lien avec une autre initiative du même genre, « On vous voit ».
Il s’agit d’un compte Twitter ciblant particulièrement les opposant·es à Emmanuel Macron, mais aussi les membres de l’Observatoire de la laïcité (ODL), alors dirigé par Jean-Louis Bianco. Ciblé depuis plusieurs années par Manuel Valls et ses soutiens du Printemps républicain, cet organisme gouvernemental a fait l’objet d’une vive offensive du pouvoir macroniste en général et de Marlène Schiappa en particulier, après l’assassinat de Samuel Paty. Il a finalement été dissous en juin 2021.
« Il n’y avait aucun lien avec ce groupe informel », « On vous voit », avance auprès de Mediapart Ahlam Menouni, présidente de Reconstruire le commun. Pourtant, dans les statuts de février 2021 fournis par son association au CIPDR, le trésorier de la structure n’est autre que Benjamin Vulbeau, un membre du Printemps républicain, animateur du compte « On vous voit », s’étant aussi impliqué dans la campagne d’Emmanuel Macron en 2017. Relancée sur ce point, Ahlam Menouni relativise le rôle de l’intéressé : « Benjamin Vulbeau nous a donné des conseils sur le volet financier/associatif le temps que nous formalisions l’arrivée d’un profil beaucoup plus senior étant donné les sommes en jeu », précise-t-elle.
[Présentation du projet de Reconstruire le commun pour le fonds Marianne. © Illustration Sébastien Calvet / Document Mediapart ](https://static.mediapart.fr/etmagine/article_zoomed/files/2023/05/15/20230515-img-document-fond-marianne-2.jpg)
Un autre document consulté par Mediapart renforce l’idée d’une politisation du fonds Marianne. Établi par le CIPDR le 31 mai 2021, il résume à grands traits la procédure de sélection des associations bénéficiaires. Le comité y explique les raisons pour lesquelles il a choisi de rejeter certains dossiers : la plupart du temps, « l’ambition nationale » du projet a été déterminante, certaines propositions ayant une dimension essentiellement locale.
Mais d’autres critères ont joué. Ainsi peut-on lire dans ce document que l’association Coexister a suscité « a minima une certaine réserve » : « Coexister dont le positionnement est explicitement en opposition avec la ligne gouvernementale », est-il écrit noir sur blanc. Depuis plusieurs mois, cette association reconnue était en effet dans le collimateur de la secrétaire d’État chargée de la jeunesse Sarah El Haïry et de Marlène Schiappa, en raison de leurs divergences sur les questions de laïcité.
Dans le cas de l’USEPPM comme de Reconstruire le commun, les dirigeants des deux structures ont bénéficié de relations personnelles efficaces. Dans un communiqué de presse, le journaliste Mohamed Sifaoui, représentant et salarié de l’USEPPM, avait d’ailleurs reconnu que son association avait répondu à l’appel à projets du fonds Marianne après avoir été « encouragée par des représentants des pouvoirs publics, notamment par les membres du cabinet de Marlène Schiappa et par elle-même ».
[Comme l’a déjà raconté Mediapart](https://www.mediapart.fr/journal/france/200423/fonds-marianne-trois-collaborateurs-de-marlene-schiappa-ont-selectionne-les-dossiers), Mohamed Sifaoui était déjà en lien, avant le lancement du programme de financement, avec des représentants du CIPDR mais aussi deux conseillers du cabinet de Marlène Schiappa, qui siégeaient au sein du comité de sélection du fonds Marianne. Le préfet Christian Gravel, secrétaire général du CIPDR depuis l’été 2020 et qui a également participé à la sélection des candidatures, a aussi participé dès 2017 à des cours de close-combat [discipline à main nue d’origine militaire – ndlr] dispensés dans les locaux mêmes de l’USEPPM.
Dans quelles conditions ont été organisées ces interventions ? Ont-elles ensuite joué sur le traitement de l’association par le CIPDR ? Sollicité, le président de l’association, Cyril Karunagaran, n’a pas retourné notre demande d’entretien. Christian Gravel nous a pour sa part indiqué qu’il réservait ses réponses à la commission d’enquête sénatoriale.
Antton Rouget et Ellen Salvi
> Dans le cas de l’USEPPM, association qui a reçu la plus grosse dotation du fonds Marianne, son dossier de candidature repose sur une « fiche synthétique de présentation du projet », un document Word d’une page comprenant… sept phrases. Soit, rapporté à la subvention globale obtenue par la structure alors codirigée par le journaliste aux travaux controversés Mohamed Sifaoui, un ratio de 50 000 euros par phrase.
J’aimerais bien être rémunéré autant…
“la toute jeune structure prévoit aussi de créer un “compte parodique de décoloniaux”…”
Tout un programme…
[deleted]
Pourquoi ces gens ne réalisent pas que l’argent public qu’ils volent pour le gaspiller entraîne la misère et la mort de leur prochain ?
Pour référence, 300 k€ c’est le montant typique d’aide demandée par un partenaire de projet ANR (ça couvre une thèse et les extras). Pour monter un projet ANR il faut :
* le contexte scientifique avec biblio (la biblio fait habituellement quelques pages)
* la description du projet, avec les objectifs, les délivrables, les moyens engagés, et l’organisation du consortium
* les références des chercheurs et instituts (compter un paragraphe par personne/institut)
* une page détaillant l’aide financière demandée (personnel, matériel, voyages, publis) par institut + une page récapitulative
OK, c’est pour la phase 2. Parce que oui, il y a 2 phases maintenant, la 1ere ne demandant “juste” que plusieurs pages de description et une page financière, pour l’honneur d’être sélectionné pour la sélection.
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Je pose la question : au nom de quoi ce fonds se permet d’avoir une procédure de sélection qui est une insulte à l’ensemble de la communauté de recherche en France, pour une somme totale qui aurait pu alimenter un ANR ambitieux facilement ?
Troller la gauche sur twitter pour 50k euros ?
Je le fais déjà gratuitement.
Aprés moi c’est artisanal, face aux grosses structures je ne peux pas jouer.
Un document Word de 7 phrases pour palper 300 000 boules, ça c’est de la rentabilité.
Et pendant ce temps là, moi, Responsable de Projets dans le développement, qui me tape d’écrire des documents de 50 pages (sans annexes) pour obtenir des financements de l’AFD, en étant questionné sur chaque ligne, et qui à la fin du dit projet, doit fournir à la fois un audit financier et une évaluation externe. L’incurie et l’absence total de conséquences de ces gens là est une honte.