“Ne vendons pas des illusions : il n’y a aucun redressement industriel aujourd’hui.” Entretien de François Ruffin à La Tribune.

6 comments
  1. Paywall, dommage … quelqu’un a le texte en entier ?

    Ça finit sur la déclaration de Ruffin : « il faut au contraire « canaliser toutes les énergies du pays, tous les savoir-faire, tous les capitaux, toute la main d’œuvre en une direction ; l’économie de guerre climatique ».

    Donne-t-il le détail des actions, impacts, choix et arbitrages ? (Pour pas rester au niveau yakafokon)

  2. Comment est-ce que Ruffin concilie à la fois la défense de la décroissance et la promesse d’un redressement industriel plus important que sous Macron ? Une sorte de grand redressement industriel décroissant ?

  3. Texte complet:

    # « Ne vendons pas des illusions : il n’y a aucun redressement industriel aujourd’hui » (François Ruffin)

    **Après l’annonce ce lundi par Emmanuel Macron d’investissements étrangers record en France, suivie le lendemain par la présentation du projet de loi destiné à favoriser une réindustrialisation décarbonée du pays, François Ruffin, député LFI de la première circonscription de la Somme, dénonce dans La Tribune la politique du chef de l’Etat. Pour lui, il n’y a pas de « redressement industriel » et il faut au contraire « canaliser toutes les énergies du pays, tous les savoir-faire, tous les capitaux, toute la main d’œuvre en une direction ; l’économie de guerre climatique » .**

    **LA TRIBUNE-** **Ces derniers jours, le président Emmanuel Macron a multiplié les annonces sur l’industrie. Au sommet « Choose France », il a annoncé 13 milliards d’euros d’investissements. Que pensez-vous de cette offensive présidentielle ?**

    **FRANÇOIS RUFFIN-** Je vois une conversion d’Emmanuel Macron. C’est peut-être même la conversion de toute une classe. Pourquoi l’industrie française est partie depuis quarante ans ? Parce que nos élites ont décidé que les usines, c’était passé, dépassé, que ça polluait, qu’il fallait se tourner vers les services, les banques et les assurances, qu’on pouvait juste garder, éventuellement, l’aéronautique et le luxe. Emmanuel Macron reste quand même l’homme de la *« startup nation »*, qui, comme ministre à Bercy, a bradé notre fleuron Alstom aux Américains, Technip aux Texans, Alcatel à Nokia, avec, au final, 1.800 emplois en moins malgré les engagements… Alors, si conversion d’Emmanuel Macron, et de nos élites, il y a, tant mieux.

    Maintenant, il faut que ça parte d’un bon diagnostic, sinon nous n’aurons pas les bons remèdes. Quel est le diagnostic ? Nous avons subi une double emprise. Par un dumping sur le travail à l’est, via la Chine et l’élargissement de l’Union européenne, avec une main d’œuvre moins chère, une faible fiscalité, des normes environnementales moindres. Et par une prédation du capital à l’ouest, avec les fonds de pension anglo-saxons qui ont pillé les plus beaux morceaux de notre industrie nationale.

    Depuis quarante ans, dans mon coin, on a déshabillé notre industrie dans une grande indifférence. Emmanuel Macron dit qu’il a « cessé d’être naïf », mais les gens de mon coin, les ouvriers, ont payé un prix cher à sa prétendue « naïveté ». Et eux ne l’étaient pas « naïfs ». Et ne vendons pas des illusions : il n’y a aucun redressement industriel aujourd’hui. La part de l’industrie dans la valeur ajoutée a baissé : de 14,3% à 12,7% en un mandat d’Emmanuel Macron. Affirmer le contraire, c’est un mensonge. Et si nous ne se saisissons pas des bons outils, nous allons continuer de plonger

    **Selon vous, le président fait-il un mauvais diagnostic à ce sujet ? Lui parie notamment sur les investissements extérieurs. N’est-ce pas une solution ?**

    François Bayrou, le Haut-commissaire au plan, fait pour moi un travail remarquable sur l’industrie. Il souligne notamment que notre gros problème depuis les années 2000, c’est que les multinationales françaises ont choisi de délocaliser, y compris pour nourrir le marché intérieur ! Ca représente, d’après lui, 2 points de PIB, c’est énorme.

    Par ailleurs, aujourd’hui, 34 % de l’industrie française appartient déjà aux capitaux internationaux. Par conséquent, la priorité est-elle de faire la danse du ventre à Versailles à des fonds américains ou de demander aux entreprises nationales de participer à refonder de l’industrie en France ? Par exemple, quand les fonderies en aluminium, nécessaires à la voiture électrique, sont abandonnées par Renault ou Stellantis, dont l’Etat est actionnaire, ça ne construit pas une filière, ça l’affaiblit, ça la détruit. Et c’est une autre chose qu’on trouve dans le Plan du Haut-commissaire, et pas chez le président de la République : la pensée par filière.

    **Justement, François Bayrou en appelle dans son dernier rapport à une réorientation « des choix d’internationalisation » de nos entreprises et en particulier de nos multinationales. Mais concrètement, comment fait-on ? Est-ce suffisant d’appeler au patriotisme de nos entreprises ?**

    Nous nous retrouvons aujourd’hui avec 163 milliards d’euros de déficit commercial. Un record. Et pas seulement sur l’énergie car ça se dégrade grandement sur les produits manufacturés aussi. Sur deux tiers des produits, nous sommes en déficit ! Nous sommes dans une évidente dépendance qu’a révélée l’épidémie de Covid. Comment Emmanuel Macron propose d’en sortir ? Par le dumping, comme le prônent nos élites depuis quarante ans. Lundi, lors de son intervention au journal de 20 heures, il a affirmé qu’on allait gagner car il avait baissé les impôts, qu’il avait baissé le « coût » du travail, et à Dunkerque, il a évoqué les normes environnementales, à baisser aussi… Sur les réponses, rien n’a changé, il est dans la même lignée que l’économiste libéral Gary Becker, qui expliquait en 1993 dans *Business Week que* « *dans nos pays développés, les droits sociaux et les droits de l’environnement étaient devenus trop élevés, mais qu’on pouvait faire confiance au libre-échange pour éroder à la fois le droit du travail et le droit à l’environnement.* » Nous ne gagnerons pas comme ça, et c’est par ailleurs une spirale mortifère. Non, contre ça, il nous faut des protections.

    Les Etats-Unis ont un Buy American Act et mettent en œuvre l’Inflation reduction act (IRA). En Chine, pour qui veut vendre des voitures à Pékin, il faut installer une usine sur place et même opérer un transfert de compétences. Et nous, l’Europe, la France, nous devrions être ouverts à tous vents ? Sans protection, pas de solution. Et quand Emmanuel Macron se déplace en Chine et n’évoque pas notre déficit commercial (35 milliards rien qu’avec la Chine), quand il n’engage pas le dialogue avec ce partenaire sur les marchés que nous souhaitons protéger, j’hallucine. C’est la première discussion à avoir avec le président Xi Jinping. Pas de politique industrielle sans une politique commerciale qui lui est liée.

    La deuxième chose, c’est que, même dans l’industrie, Emmanuel Macron reste dans la « startup nation ». Il parle des produits du futur, des batteries, mais il y a des choses plus ordinaires… Nous avons, par exemple, un déficit avec l’Allemagne sur les brosses à dent. La Suisse a deux usines de lave-linge alors que, après le départ de Whirlpool, il ne nous en reste aucune. Les meubles, je vous parle autour d’une table, assis sur une chaise, comment se fait-il que nous exportons du bois brut pour qu’il nous revienne transformé ? Au fond, il n’a pas rompu avec sa pensée schumpétérienne, de la destruction créatrice, les vieux trucs doivent mourir, et on se tourne vers les « n*ew tech* ».

    **La part de l’industrie manufacturière en France se situe désormais au niveau de celle de la Grèce ! Mais comment relancer la machine ? Avez-vous eu l’occasion de parler de réindustrialisation à des chefs d’entreprise, à des responsables patronaux ?**

    Très régulièrement, dans la sous-traitance automobile, des briqueteries, etc. L’exemple le plus parlant, c’est celui des masques. Le président de la fédération, un patron, m’a invité dans son usine, à Frontignan : elle était à l’arrêt. Il avait reçu 700.000 euros de l’Etat pour monter la boîte rapidement, mais derrière, les chaînes ne tournaient pas. Pourquoi ? Parce qu’Emmanuel Macron a distribué des dizaines de millions d’euros pour créer ces usines. Bonne idée. Mais deux années plus tard, seules 20% ont survécu. Parce que nous n’avons protégé aucun marché, et que 99 % des masques provenaient de Chine. Cela n’a aucun sens.

    Il nous faut un « Buy French Act », ou un « Buy European Act », avec l’obligation, ou au moins la possibilité, pour les services publics, les régions, d’acheter local. Il nous faut, sur certains produits identifiés, la mise en place de quotas d’importation, ou des taxes aux frontières. Sans cela, c’est un leurre : il n’y aura pas de résurrection industrielle.

    Je reviens, enfin, sur les filières. Sur des dossiers, j’ai dû monter à Bercy, rencontrer le CIRI, Comité Interministériel de Restructuration Industrielle, mais personne dedans ne réfléchissait en filière. Personne ne mettait autour de la table tous les acteurs d’une filière, sous-traitant, donneur d’ordre, etc., pour rétablir les chaînons manquants, pour se demander comment agir ensemble, où il fallait investir, comment se soutenir. C’est pour moi le rôle de l’Etat, pivot, chef d’orchestre, qu’il ne joue pas.

  4. Dès qu’on sort du pathos on voit quelques lacunes. C’est bien d’isoler les logements mais c’est un peu léger pour résoudre la crise énergétique.

    De la même manière le pouvoir d’achat/rentabilité et produire français sur un travail à faible valeur ajoutée ça fonctionne pas, c’est pour ça que seules demeurent les industries de pointe. Il peut danser autant qu’il veut autour du problème mais la réalité du coût du travail fait que les emplois délocalisables le seront en grande partie si on les subventionne pas ou si on fait pas de protectionnisme.

  5. Comment peut-on prendre ce clown au sérieux après sa performance artistique en collab avec Macron ? Et il se défendait en disant c’est la faute à l’extrême drouaaate

    Il me dégoûte ce type

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