A Gaza, le Jihad islamique sort immensément populaire de son combat en première ligne

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  1. **Le mouvement voué à la lutte armée affronte seul Israël depuis début mai, tandis que le Hamas, au pouvoir à Gaza, n’a pas tiré une roquette. Attisant l’insurrection en Cisjordanie, le Jihad islamique est parvenu à incarner la résistance palestinienne.**

    La roquette a explosé le 10 mai, dans un immeuble du quartier populaire de Daraj, à Gaza, tuant un adolescent de 16 ans, Yazan Eliyan. Un débris de métal a fusé à travers la rue, blessant à mort une voisine de 8 ans, Layan Modaouikh. Sa mère qui la tenait dans ses bras, dans son lit, est demeurée miraculeusement indemne.

    Selon le Centre palestinien pour les droits humains, ces enfants ont probablement été tués par un tir mal ajusté du Jihad islamique palestinien. La faction armée répliquait à l’assassinat par des frappes israéliennes, le 9 mai, de trois de ses commandants et dix de leurs parents et voisins. Sur environ 1 500 roquettes lancées en représailles par le Jihad islamique contre Israël, l’armée estime que près de 300 sont tombées dans Gaza.

    Le père de Layan Modaouikh, Bilal, ne veut pas le savoir. *« Fatigué, frustré et détruit »*, il n’incrimine qu’Israël. *« Le Jihad devait se défendre »*, affirme-t-il au lendemain du cessez-le-feu conclu par l’intermédiaire de l’Egypte et du Qatar, le 13 mai, après cinq jours de tirs qui ont tué 34 Palestiniens et une Israélienne.

    Le Jihad islamique sort immensément populaire de ces combats. Il les a menés seul en première ligne. Le Hamas, au pouvoir à Gaza, a soutenu son petit allié au sein d’une salle de commandement commune, mais il n’a pas tiré une roquette. C’est la troisième fois depuis 2019. Le Hamas a la charge de gouverner 2 millions d’âmes, sous blocus israélien depuis 2007. Le Jihad islamique, pour sa part, n’a qu’un seul objectif : mettre le feu à la plaine.

    **Mépris du pouvoir**

    En Cisjordanie, il aiguillonne la lutte armée depuis 2021. Son mépris du pouvoir, son refus des rivalités entre factions, son guévarisme révolutionnaire inspirent les jeunes insurgés de Jénine, de Naplouse et des « loups solitaires », auteurs d’attentats isolés. A bien des égards, il incarne aujourd’hui la résistance palestinienne, ses impasses et son désespoir.

    Le mouvement paie cher cette influence. Dès 2021, l’armée israélienne a mené des raids d’une violence inconnue depuis la seconde Intifada (2000-2005) contre ses très jeunes militants en Cisjordanie. Depuis 2022, elle a décapité la moitié de son conseil militaire à Gaza. Des informateurs sont régulièrement arrêtés en son sein. Au soir du dernier cessez-le-feu, le 13 mai, le chef du mouvement, Ziad Al-Nakhala, prononçait un discours endeuillé depuis son exil à Beyrouth, sans aucun triomphalisme.

    Cet homme sans charisme, fuyant la lumière, est un idéologue d’une espèce déroutante : un islamiste déçu par la tiédeur des Frères musulmans, nationaliste, lecteur du penseur martiniquais anticolonial Frantz Fanon, anti-impérialiste et admirateur éperdu de la révolution iranienne de 1979. Jusqu’au-boutiste, il a refusé par deux fois un cessez-le-feu, les 11 et 12 mai. Israël a continué de frapper ses commandants, tandis que le Hamas l’incitait à abréger les hostilités. *« Les commandants militaires du Jihad islamique à Gaza sont plus proches de nous que la direction à l’étranger, rappelle un porte-parole du Hamas, Motea Abou Mousabah. Ils paient le prix du sang et coordonnent les opérations avec nous. »*

    Durant trois jours après les combats, les familles des « martyrs » ont raconté à leurs voisins la légende dorée de leurs morts, sous les tentes où ils reçoivent les condoléances. Saïd Al-Hassani, ingénieur agricole né dans le camp de réfugiés de Shati, en bord de mer, dit avoir serré pour la dernière fois la main de son frère cadet, Iyad, le 9 mai vers 2 heures du matin, peu après les premières frappes israéliennes. *« Il craignait d’être visé à son tour. Il a nous a chassés de l’immeuble et il est parti se cacher. »*

    Iyad a été tué à 52 ans par une frappe aérienne, trois jours plus tard, avec un garde dans un appartement vide. Cette planque appartenait au Hamas, selon les gardiens qui surveillent encore les décombres. Iyad avait remplacé le principal commandant des brigades du Jihad islamique, tué durant ce cycle de combats.

    **Morts civiles assumées**

    Les Al-Hassani sont de vieilles connaissances d’Israël. L’aîné de la fratrie, Mohammad, a lancé l’une des premières grenades du Jihad islamique sur des soldats israéliens, à Gaza en juin 1984. Il est capturé deux ans plus tard. Libéré en 2011, il vit retiré au Caire, malade. Selon Saïd, Iyad Al-Hassani était réputé, parmi ses compagnons d’armes, avoir contribué à planifier le premier attentat-suicide qu’ait revendiqué le Jihad islamique en Israël, contre une gare de bus de l’armée à Beit Lid, en 1995.

    Le fondateur du mouvement, Fathi Chikaki, est assassiné quelques mois plus tard par un agent israélien, à Malte, de cinq balles dans la tête. Iyad Al-Hassani aurait envoyé un jeune Gazaoui le venger dans un centre commercial de Tel-Aviv : l’attentat fait 13 morts et 125 blessés. Le Jihad assume ces morts civiles, affirmant que *« la société israélienne est une société militaire »* tout entière. Il cherche alors à ruiner les accords de paix d’Oslo, signés en 1993.

    Iyad et ses camarades estiment que l’histoire leur a donné raison : les négociations de paix ne sont plus qu’un vieux souvenir. Ils s’inquiètent désormais d’un embourgeoisement du Hamas. Son chef, Yahya Sinouar, laisse envisager une trêve de longue durée avec Israël : il rêve de faire lever le blocus de l’enclave. *« Israël négocie avec le Hamas. Il veut le garder au pouvoir à Gaza »*, murmure avec mépris le fils de l’un des commandants tués la semaine dernière.

    La propension du Jihad islamique à engager le combat après chaque *« provocation »* israélienne excède régulièrement les responsables du Hamas. Mais elle les sert aussi. Elle les aide à apparaître comme une puissance raisonnable. *« Les gens comprennent que si nous prenons part aux combats, ceux-ci seront bien plus durs »*, relève le porte-parole du Hamas, Motea Abou Mousabah.

    **Parrain iranien**

    Fort de quelques milliers d’hommes, sans réseaux de financement autonomes, le Jihad islamique doit aujourd’hui solliciter son parrain iranien pour se réarmer. Entreprise délicate. *« L’Iran souffre lui aussi [sous l’effet de sanctions américaines]. Depuis 2018, les fonds qu’il nous verse se sont réduits de 20 % à 30 %. Pendant deux mois après les derniers combats d’août 2022, nous n’avons pas reçu un sou »*, déplore Dawood Shehab, un cadre politique du mouvement.

    En mai, le Jihad islamique a démontré les progrès de sa puissance de feu. *« Mon père, Jihad Ghanam, avait testé les premières roquettes du Jihad dans les années 1990, qui portaient à deux ou trois kilomètres »*, raconte Mohammad Ghanam, le fils du secrétaire du conseil militaire du Jihad islamique, tué le 9 mai. La semaine passée, ces roquettes ont frappé jusqu’aux régions de Tel-Aviv et Jérusalem.

    Jihad Ghanam avait rejoint la mouvance du Jihad islamique dès les années 1980 à Beyrouth, en même temps que des brigadistes maoïsants du Fatah. Une tentative d’assassinat israélienne l’avait privé de ses jambes, d’une main et de ses testicules en 2001. Il *« aimait »* l’Iran et son puissant général Ghassem Soleimani, tué dans une frappe de drone américaine en 2020, qui selon son fils s’était *« agenouillé [à Téhéran] devant Jihad, pour embrasser ses prothèses de jambes »*.

    Depuis trois ans, Jihad Ghanam considérait que l’avenir du mouvement se trouvait hors de la prison qu’est Gaza. Comme le Hamas, il se préoccupait avant tout d’alimenter les poches d’insurrection qui bouillonnent en Cisjordanie. *« Il encourageait les combattants de Jénine à reprendre les attentats-suicides »*, affirme son fils. Le vieux djihadiste, qui avait envoyé sa propre fille se faire exploser, il y a vingt ans, près d’une colonie de Gaza (elle avait renoncé au dernier moment), avait pris sous son aile le fondateur du Bataillon de Jénine, le très populaire Abdullah Al-Hussari, tué par Israël à 22 ans, en mars 2022.

  2. Je pense que ça ne dérange pas tant que ça Tsahal

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2006/02/03/quand-israel-favorisait-le-hamas-par-charles-enderlin_737642_3232.html

    C’est la même logique qu’avec le Hamas contre l’OLP. Une résistance violente, islamiste, incompétente, oppressive de son propre peuple et corrompue qui en plus combat et délégitime toute résistance séculaire et la cause en général auprès de l’opinion publique Israélienne et internationale, c’est toujours ça de gagné.

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