Une étude commandée par les gendarmes montre la relative inefficacité de la vidéosurveillance

21 comments
  1. *Menée par un universitaire, l’étude met en lumière un faible taux d’élucidation des infractions et des effets quasiment nuls en matière de prévention de la délinquance.*

    La vidéosurveillance empêche-t-elle les infractions, sert-elle d’abord à en retrouver les auteurs ou se révèle-t-elle carrément inutile ? Une étude menée par Guillaume Gormand, chercheur au Centre d’études et de recherche sur la diplomatie, l’administration publique et le politique à la demande du Centre de recherche de l’Ecole des officiers de la gendarmerie de Melun vient, pour la première fois, apporter des éléments de réponses à ces questions.

    Après avoir ciblé plusieurs types d’infractions (violences, vols liés aux véhicules, cambriolages et infractions à la législation sur les stupéfiants), l’universitaire a analysé les données récoltées entre 2017 et 2020 – en intégrant le biais induit par les périodes de confinement – provenant de quatre territoires municipaux de la région grenobloise « constituant un ensemble hétérogène de réseaux et d’usages de vidéoprotection ». Ce dispositif a été doublé par des séries d’entretiens et une comparaison entre certaines zones concernées, avant et après l’installation de caméras. Les résultats mettent en lumière une efficacité douteuse de la vidéoprotection, du moins au regard de la finalité que lui assignent les acteurs des politiques publiques de sécurité : prévenir la délinquance et aider à la résolution des infractions.

    **Objectifs détériorés ou salis**

    Ainsi, sur 1 939 enquêtes, 22 seulement à avoir été élucidées ont pu bénéficier d’éléments tirés de l’exploitation d’enregistrements de vidéoprotection publique, soit 1,13 % du total. En ne retenant que les enquêtes élucidées, l’étude révèle que 5,87 % ont bénéficié d’une contribution vidéo, soit environ 1 sur 20. Certes, les résultats varient en fonction des infractions : on recense 7,5 % d’indices trouvés dans des affaires d’atteintes aux véhicules et 5,7 % dans des affaires de violences. Mais, observe M. Gormand dans son rapport, « en fin de compte, la découverte d’éléments probants, peu importe la thématique considérée (…) s’avère faible ». Pour preuve, plus de 18 % des enquêtes solutionnées l’ont été sans le moindre apport de la vidéo. Conclusion : « L’exploitation des enregistrements de vidéoprotection constitue une ressource de preuves et d’indices peu rentable pour les enquêteurs. »

    De longue date, les gendarmes semblent avoir intégré la pratique visant à évaluer les coûts et les bénéfices du recours aux caméras de vidéosurveillance. Et les inconvénients semblent avoir emporté leur conviction : le visionnage d’images est mobilisé dans une enquête sur dix seulement, avec toutefois de fortes disparités en fonction des relations entretenues avec les gestionnaires du réseau de surveillance.

    Parmi les explications mises en avant par M. Gormand, l’utilisation de la vidéoprotection par un enquêteur se révèle « considérablement moins simple, naturelle et fluide que la culture populaire le laisse croire ». Identifier puis contacter des propriétaires de réseaux de vidéosurveillance peut se révéler particulièrement laborieux compte tenu de la multiplicité des acteurs concernés et de leur disponibilité. L’enquêteur doit en outre « procéder à une réquisition d’images avant leur écrasement automatique » puis visionner en détail les enregistrements, une tâche rendue plus fastidieuse encore parfois par l’état du dispositif technique, les objectifs de caméras détériorés ou salis, les angles de prises de vue, la qualité très inégale des images en fonction des modèles de caméras…

  2. Le terme “vidéopeotection” me fait toujours rire. Genre en plein mileu d’une agression, la caméro descend de son poteau et gueule “c’est fini ces conneries?!”

  3. >vidéoprotection

    Ce mot est employé à tour de bras alors que ça ne protège en rien la population, par contre la video surveillance ça fait flipper tout le monde, bien moins vendeur.

  4. Apres ça l’air d’être pluriel les raisons. Entre des video de faible qualité, incomplète ou trop difficile a récupérer , ou meme simplement trop de video (regarder 250h de video surveillance pour un vol de voiture c’est pas ouf) , c’est pas ça que nous vendent réellement les politiciens. Ya aussi personnes derrieres ces caméras la plupart du temps donc l’idée de protection est assez fausse.

    Chapitre 124 de *Nos elus nous mentent et son demago*
    Je suis sûr qu’en creusant on doit pouvoir trouver des petits conflict d’intérêt pour les plus véhément.

  5. J’ai l’impression d’ouvrir une boîte de Pandore en écrivant ça, mais quid de l’utilisation de l’IA ? Ça permet de réduire les cours de visionnage et de repérer d’éventuels comportements suspects.

  6. Ca fait au moins 10 ans qu’on sait qu’à part quelques cas particulier (parking fermé …) ça ne sert à rien.

  7. Je me suis fait piquer mon vélo qui était parqué dehors à 100 m de chez moi .
    Ma ville a des caméras a chaque coin de rue, mais je me suis toujours dit que c’était plutôt accessoire.

    Je descends à la station de police histoire de voir.
    – bonjour, on m’a piqué mon vélo
    – yes on a récup les 2 types en flag. Ces 2 abrutis s’excitaient sur votre velo juste en face de notre caméra de surveillance, vous pouvez récup votre vélo dès demain.

    Bref, un exemple parmi tant d’autres mais expérience positive de mon côté.

  8. Haaaaa! Enfin le mot exact ! Vidéosurveillance…une caméra surveille mais ne protège pas ! N importe quoi vidéo protection ! Tout cela pour rassurer la population ! Pffff!

  9. Tout dépend du système mis en place, du quadrillage de(s) la (les) zone(s) et de la résolution des caméras.

    Si l’on met 4 caméras qui pixellise à mort, et qui doit avoir un mec derrière les écrans en centre ville de Paris, ca ne va pas servir à grand chose…

    Si par contre vous faites la méthode Dubaï avec des milliers de caméras trés haute définition qui couvrent l’intégralité de la ville et de ses quartiers, que vous avez des caméras dans les transports en communs, taxis compris, et qui sont gérés par une IA, qui permet de suivre le mec de la sortie de son immeuble jusqu’au bord de plage où il a pisser dans l’eau devant la foule…

    Là, ils retrouveront le mec…

    Se pose alors la question : La population va t-elle accepter ces mesures avec le risque de déviance de la sécurité de masse si ca tombe entre de mauvaises mains?

    Et va t’elle accepter le coup de ces dépenses?

  10. > la relative inefficacité de la vidéosurveillance

    Sacré titre abscon.

    J’en conclue donc que c’est tout autant relativement efficace.

    Rien que le titre ne donne pas envie d’en lire plus.

  11. Appeler ça effet Placebo mais il y a une baisse de 20 a 30% des délits dans ma ville depuis l’installation des caméras.

  12. Ça fait des années qu’on en a sur Paris (rue et métro) et dans les faits, elles ne servent pas à grand-chose.

  13. Le titre est pas un peu trompeur ?

    > le visionnage d’images est mobilisé dans une enquête sur dix seulement, avec toutefois de fortes disparités en fonction des relations entretenues avec les gestionnaires du réseau de surveillance.

    […]

    > Identifier puis contacter des propriétaires de réseaux de vidéosurveillance peut se révéler particulièrement laborieux compte tenu de la multiplicité des acteurs concernés et de leur disponibilité.

    […]

    > Encore cette efficacité dépend-elle d’un ensemble de facteurs techniques (l’état des caméras ou la façon dont les opérateurs les manœuvrent) autant qu’humains (en particulier la fluidité de la coordination entre les différents acteurs).

    C’est pas un peu comme ouvrir un hôpital, ne mettre aucun médecin à l’intérieur, et dire que l’hôpital ça marche pas ? De ce que je comprends, les relations entre FdO et gestionnaire du réseau de surveillance peuvent déjà impacter la mobilisation des moyens, leur disponibilité aussi, et à ça s’ajoute l’état du réseau, et les compétences des opérateurs. La chose à faire ne serait pas plutôt de faire la même étude sur des endroits où ces problématiques sont absentes, de sorte à déterminer si dans de bonnes conditions, le résultat est le même, et à ce moment effectivement, la vidéosurveillance est peu efficace ? Et, est-ce qu’on ne peut pas imaginer un système plus efficace s’il est directement intégré chez les FdO (Je me doute qu’il y a pas le budget, que c’est pas forcément un métier qui existe, etc… cela dit), et si on change la manière de l’utiliser ?

  14. Par contre ça coûte *une blinde* en argent public… Tout l’monde s’y met parce que c’est la mode, et que certains citoyens viennent pleurer que sans caméras c’est l’Irak (je rigole à peine).

    Alors on en installe un peu partout avec les coûts d’installation de maintenance, de supervision associée… Bref c’est *vraiment* la merde. Ça dépend pas mal de boîte mais la marge dessus est pas dégeu (~ 30 %) alors bon…

  15. Accident de voiture en 2020, juste après le confinement. Un camion m’a pas vu sur la rocade à paris, et il s’est rabattu sur ma gueule. J’ai foncé sur la barrière de sécurité et il s’est enfui. J’ai noté l’heure et la borne kilométrique et armé de tout ça je suis allé porté plainte, confiant. Il y a des caméras sur le périph donc pour moi c’était plié en 1h. 1 an après ils ne l’ont pas retrouvé et je pense qu’ils ne le trouveront jamais. Je n’ai jamais eu d’infos, mais je pense qu’ils sont tellement en sous effectifs et débordés qu’ils ne peuvent pas consacrer de temps à ces affaires là.

    Depuis, j’ai une dashcam.

    PS: Au moment de l’accident, j’ai pensé à lire sa plaque, mais je ne pouvais rien noter, rien prendre en photo, et j’étais occupé à récupérer le contrôle de ma voiture pour pas mourir. Bref, pas capable de retenir une plaque de tête dans le feu de l’action, j’ai vu le b**** se barrer sans rien pouvoir faire.

  16. C’est fait pour lutter contre le sentiment d’insécurité, pas l’insécurité elle-même.

  17. Plutôt que l’efficacité pour résoudre des affaires, une question intéressante à se poser serait : “est-que 100€ investis dans des systèmes de caméra (en comptant maintenance et personnel) sont plus efficaces pour lutter contre la délinquances que 100€ investis dans la prévention sociale ?”.

    Si on avait mis 100 euros dans l’école ou l’université (par exemple), au lieu de les mettre dans les caméras, est-ce qu’au départ les mecs qui se font choper à tirer un vélo se seraient retrouvés là
    ? Sans compter ce qu’apporte en plus une politique sociale, en dehors d’une diminution de la délinquance. Evidemment difficile à dire, mais c’est ça qui devrait orienter les choix de budget.

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