« On allait les pister ? » : face à la consigne de recenser les absents de l’Aïd, des profs sidérés

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  1. **Même si la plupart des personnels ont joué la montre, anticipant une forme de discrimination, la demande de recenser les élèves absents le jour d’une fête religieuse musulmane est bel est bien passée dans certaines académies. Pressé de questions, le ministère de l’intérieur s’emmêle les pinceaux.**

    étropédalagesRétropédalages en série et réponses contradictoires, il y a de la friture sur la ligne au ministère de l’Intérieur, concernant le recensement des élèves absents le jour de la fête de l’Aïd-el-Fitr et pendant le ramadan, dans plusieurs dizaines d’établissements scolaires de plusieurs académies, [comme nous l’expliquions dans ce papier](https://www.mediapart.fr/journal/france/200523/des-etablissements-pries-de-compter-les-eleves-absents-le-jour-de-l-aid-el-fitr-un-ciblage-choquant). Le procédé a provoqué un très fort émoi au sein de la communauté enseignante.

    Fin avril, plusieurs chefs d’établissement ou directeurs et directrices d’écoles primaires de l’Hérault et de la Haute-Garonne ont en effet reçu un courrier, directement adressé par les services de police locaux ou par l’entremise du rectorat, leur demandant de recenser le nombre d’enfants absents des écoles, collèges et lycées à l’occasion de cette fête musulmane, ainsi que, à Montpellier notamment, les élèves absents pendant le ramadan.

    La demande leur a paru incongrue : rien n’interdit à un élève de s’absenter le jour de l’Aïd-el-Fitr, à condition d’en informer au préalable l’établissement et sans qu’il soit nécessaire de donner des précisions sur le motif de l’absence. Chaque année, le bulletin officiel de l’Éducation nationale publie en effet la liste des grandes fêtes religieuses « pouvant donner lieu à des demandes d’autorisation d’absence » et l’Aïd-el-Fitr [en fait partie](https://www.ac-paris.fr/calendrier-des-fetes-religieuses-2022-2023-123526), comme la fête bouddhiste du Vezak, la fête de la Nativité arménienne ou encore le jour de Yom Kippour, une célébration juive. Le ministère de l’éducation nationale a d’ailleurs tenu à signaler que cette initiative de recensement n’était absolument pas de son fait.

    Dimanche 21 mai, après la révélation de cette affaire dans plusieurs journaux, le ministère de l’intérieur, par l’entremise de la secrétaire d’État chargée de la citoyenneté Sonia Backès, a donc fini par publier un communiqué reconnaissant qu’il avait été demandé, dans certaines académies, une « évaluation du taux d’absentéisme constaté à l’occasion de l’Aïd-el-Fitr », « mais aucun fichage » nominatif, ce dont personne ne l’avait accusé. Pour expliquer une telle démarche, le ministère explique qu’il « étudie régulièrement l’impact de certaines fêtes religieuses sur le fonctionnement des services publics, et notamment au sein de la sphère scolaire ».

    Faux, disent les syndicats enseignants, qui assurent n’avoir jamais eu vent de ce type de demandes sur la présence ou non des élèves à l’occasion de fêtes religieuses. Le cabinet de Sonia Backès, interrogé lundi 22 mai par Mediapart, ne sait pas non plus où, quand ni comment ce type de demandes auraient été formulées dans le passé, malgré son communiqué formel de la veille.

    Le même cabinet, manifestement embarrassé, dément aussi que le recensement serait le fruit d’une « demande du ministère de l’Intérieur », il parle d’une initiative « autonome », « maladroite » et « malheureuse d’un responsable du renseignement qui fait ses recherches ». Or la demande émane d’au moins deux académies, d’après nos informations. Et tout en reconnaissant les services de renseignement « fondés à demander des informations », le cabinet ne donne aucune précision sur le « responsable du renseignement » concerné.

    Une assistante d’éducation, insérée dans plusieurs boucles professionnelles sur la région parisienne, exerçant dans un lycée assez mixte du 17e arrondissement, confirme que rien de tel n’a été demandé aux établissements franciliens. « En même temps, les absences les jours de fête religieuse, ça n’a jamais posé de problème… On sait juste que certains jours il y aura moins de monde à la cantine, voila tout. »

    De manière « globale », « les renseignements traitent des faits sociaux », précise aussi le cabinet de Sonia Backès. « Quand il y a une grande messe à Notre-Dame, ils se renseignent pour savoir combien il y aura de gens. » En l’espèce, la demande aux écoles a été envoyée après le ramadan et la fête de l’Aïd-el-Fitr.

    Mais qu’importe, l’Intérieur tient à donner le « contexte scolaire », s’appuyant sur les remontées du ministère de l’éducation sur une augmentation des atteintes à la laïcité, notamment à l’occasion du ramadan : « On sait depuis plusieurs semaines voire plusieurs mois que l’école républicaine subit un certain nombre d’attaques de certains groupes séparatistes, en particulier de la mouvance salafo-fréristes. Ce ne sont pas des choses particulièrement graves mais on est très attentifs, ce sont des signaux faibles que l’on souhaite combattre. » Il se serait donc agi, sans sollicitation particulière des préfets ou des recteurs, de « se donner une idée, une tendance ».

    Sur le terrain, les réponses ont varié, le temps que, dans les deux académies concernées, les hiérarchies fassent marche arrière en demandant expressément de « ne pas tenir compte » de cette demande. « Chez nous, la conseillère principale d’éducation [CPE –ndlr] était en vacances quand elle a vu ce mail, et ma direction ne savait pas trop quoi faire donc elle lui a demandé de faire remonter les chiffres d’absences bruts, en pourcentage, le jour de l’Aïd, décrit Adèle*, enseignante dans un gros collège de Toulouse. Depuis, on a encore du mal à avoir une transparence sur ce qui a été transmis et ce qu’il a été fait de ces pourcentages. » Il y a bien eu « contre-ordre » rapidement, confirme cette professeure, mais entre-temps, « les établissements ont quand même eu une petite marge de manœuvre », note t-elle.

    eaucoup ont cependant résisté, immédiatement choqués par le procédé. « Le secrétariat nous a transféré le mail, on l’a regardé, et en rigolant on s’est dit qu’on allait faire un signalement pour atteinte à la laïcité, car c’était tout bonnement hallucinant, confie cette autre CPE d’un gros groupe scolaire de Montpellier. L’absence un jour de fête religieuse est un droit. Ils pensaient quoi, qu’on allait pister les élèves pour savoir s’ils avaient bel et bien fêté l’Aïd ? Mais la consigne venait d’en haut… Donc on a réfléchi et décidé, c’était clair dans nos têtes, qu’on n’allait pas le faire. » Le contre-ordre de la hiérarchie a conforté l’équipe dans sa décision.

  2. y’a que moi qui se demande pourquoi les profs seraient étonnés ?

    faire l’appel et enregistrer les absents c’est tout les jours non ?

  3. La question a été posé aux gouvernements (pendant les questions de l’assemblée au gouvernement aujourd’hui) et la réponse était grosso modo, on le fait déjà pour toute les religions et toutes les fêtes sauf celle là

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