# Face aux polémiques, TotalEnergies fournit à ses salariés un guide pour « un dîner presque parfait »
Un document interne au groupe rassemble des éléments de langage pour répondre aux critiques. Ce prêt-à-penser sur l’expansion pétrolière de la firme, ses superprofits ou son controversé projet en Ouganda, élude les faits les plus préjudiciables pour la firme.
*« Avez« Avez-vous déjà été interrogés, lors d’un dîner en famille ou entre amis, sur une polémique concernant la Compagnie ? Aviez-vous les éléments factuels pour répondre à vos convives ? »*
Composé de sept pages et rédigé par la direction de la communication interne, il propose aux salarié·es un argumentaire pour riposter aux récentes critiques auxquelles est confrontée TotalEnergies *« pour enfin avoir le dernier mot et profiter du dîner ! »*.
Ce prêt-à-penser revient en une dizaine de points sur les différentes controverses médiatiques qui ont secoué la multinationale française ces derniers mois : superprofits, accusations de *greenwashing*, mégaprojet pétrolier EACOP-Tilenga en Ouganda ou encore imposition en France.
Mais face aux contestataires des activités socialement et climatiquement néfastes de TotalEnergies, ses communicant·es l’assurent : *« Nos arguments existent. »*
## Défendre les choix énergétiques du groupe
Les premiers éléments de langage de ce guide interne au groupe permettent à tout·e salarié·e de répondre à la question suivante : *« Pourquoi TotalEnergies développe-t-elle de nouveaux champs de pétrole alors que le monde tente de sortir des énergies fossiles ? »*
Face à cette interrogation embarrassante, la direction de la communication de l’industriel propose son personnel d’argumenter entre autres que *« continuer à investir dans de nouveaux projets pétroliers est indispensable pour maintenir l’équilibre entre l’offre et la demande »*, et que la firme investit *« en même temps dans les énergies décarbonées »*.
Puis de dégainer : *« Notre stratégie d’investissements ciblés est compatible avec une trajectoire mondiale en ligne avec les objectifs de l’accord de Paris. »*
Problème : pour respecter l’accord de Paris, c’est-à-dire contenir la hausse des températures en dessous de 1,5 à 2 °C de réchauffement, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) [martèle](https://www.iea.org/reports/net-zero-by-2050) depuis 2021 qu’aucun nouvel investissement dans l’exploration et la production de nouveaux gisements fossiles ne doit être approuvé.
Quant à ses investissements dans *« les énergies décarbonées »,* le groupe a investi à peine 1,6 % de son chiffre d’affaires dans les renouvelables et l’électricité en 2021. Soit presque trois fois moins que ce que la multinationale a consacré à la rémunération de ses actionnaires cette année-là.
L’autre attaque que doivent affronter les cadres de la compagnie lors des dîners, sur les réseaux sociaux ou dans les médias, est que TotalEnergies pratique le *greenwashing*, notamment en affirmant qu’elle atteindra la neutralité carbone d’ici à 2050.
La multinationale conseille dans son guide de survie en milieu hostile de répliquer que *« TotalEnergies a investi l’année dernière 4 milliards de dollars dans les énergies bas carbone et en investira davantage (5 milliards) en 2023 »*.
Puis de glisser que la firme a choisi de se *« développer dans le GNL* [gaz naturel liquéfié – ndlr]*, une énergie de transition : certes fossile mais deux fois moins émettrice que le charbon, et d’investir de manière rentable sur les marchés de l’électricité, en investissant dans l’éolien, le solaire* […] *»*
Concernant le GNL – du gaz refroidi afin qu’il passe à l’état liquide pour être transportable par navire –, son empreinte carbone est [2,5 fois plus élevée](https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/041122/gaz-naturel-liquefie-la-france-s-enferre-dans-le-fossile) que celle du gaz acheminé par gazoduc. Sa production émet d’énormes volumes de méthane, un gaz à effet de serre qui a un potentiel de réchauffement 84 fois plus important que le CO2 sur une période de vingt ans.
il y a encore des climato-sceptiques, mais pire que ca, ces entreprises ont tellement d’argent qu’elles dépenseront un fric monstre pour pas trop menacer cette manne financière.
C’est lassant ces articles tapant sur Total. Si la boîte fait de tels profits, continue son expansion c’est bien qu’il y a des débouchés, des consommateurs qui en demandent toujours plus derrière.
Les larmes de crocodile de pseudo activistes derrière leurs écrans, fait à base de dérivé de pétrole soit dit en passant, c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité.
Bien sûr que Total va défendre son business model, il vont pas d’un coup tout arrêter. Le changement, si changement il y a, vient à mon sens d’abord des consommateurs en bas de l’échelle. Mais quand on demande de consommer moins, de consommer mieux, de faire des efforts tout d’un coup c’est beaucoup plus difficile et on entend plus de plaintes sur les grosses entreprises que de réels changements individuels.
3 comments
# Face aux polémiques, TotalEnergies fournit à ses salariés un guide pour « un dîner presque parfait »
Un document interne au groupe rassemble des éléments de langage pour répondre aux critiques. Ce prêt-à-penser sur l’expansion pétrolière de la firme, ses superprofits ou son controversé projet en Ouganda, élude les faits les plus préjudiciables pour la firme.
[Mickaël Correia](https://www.mediapart.fr/biographie/mickael-correia-0), 25 mai 2023 à 15h34
*« Avez« Avez-vous déjà été interrogés, lors d’un dîner en famille ou entre amis, sur une polémique concernant la Compagnie ? Aviez-vous les éléments factuels pour répondre à vos convives ? »*
C’est par cette accroche que débute un document interne à TotalEnergies, [révélé](https://www.lalettrea.fr/entreprises_energie-et-environnement/2023/05/22/le-kit-de-communication-de-total-a-ses-salaries-pour-un-diner-presque-parfait,109976384-art) en début de semaine par *La Lettre A*, et que s’est procuré Mediapart. Le 11 mai dernier, le groupe pétrolier, qui tient l’assemblée générale de ses actionnaires vendredi 26 mai, a envoyé à près de 60 000 de ses employé·es un mémo intitulé *« Un dîner presque parfait »* – en référence à une célèbre émission télévisée culinaire.
Composé de sept pages et rédigé par la direction de la communication interne, il propose aux salarié·es un argumentaire pour riposter aux récentes critiques auxquelles est confrontée TotalEnergies *« pour enfin avoir le dernier mot et profiter du dîner ! »*.
Ce prêt-à-penser revient en une dizaine de points sur les différentes controverses médiatiques qui ont secoué la multinationale française ces derniers mois : superprofits, accusations de *greenwashing*, mégaprojet pétrolier EACOP-Tilenga en Ouganda ou encore imposition en France.
Mais face aux contestataires des activités socialement et climatiquement néfastes de TotalEnergies, ses communicant·es l’assurent : *« Nos arguments existent. »*
## Défendre les choix énergétiques du groupe
Les premiers éléments de langage de ce guide interne au groupe permettent à tout·e salarié·e de répondre à la question suivante : *« Pourquoi TotalEnergies développe-t-elle de nouveaux champs de pétrole alors que le monde tente de sortir des énergies fossiles ? »*
Face à cette interrogation embarrassante, la direction de la communication de l’industriel propose son personnel d’argumenter entre autres que *« continuer à investir dans de nouveaux projets pétroliers est indispensable pour maintenir l’équilibre entre l’offre et la demande »*, et que la firme investit *« en même temps dans les énergies décarbonées »*.
Puis de dégainer : *« Notre stratégie d’investissements ciblés est compatible avec une trajectoire mondiale en ligne avec les objectifs de l’accord de Paris. »*
Problème : pour respecter l’accord de Paris, c’est-à-dire contenir la hausse des températures en dessous de 1,5 à 2 °C de réchauffement, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) [martèle](https://www.iea.org/reports/net-zero-by-2050) depuis 2021 qu’aucun nouvel investissement dans l’exploration et la production de nouveaux gisements fossiles ne doit être approuvé.
Or le groupe avait, rien qu’en 2022, acté, lancé ou étendu [une vingtaine](https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/311222/en-2022-totalenergies-investi-massivement-dans-le-chaos-climatique) de nouveaux projets ayant trait à l’extraction d’énergies fossiles. Bien que les [Nations unies](https://www.unep.org/fr/actualites-et-recits/communique-de-presse/les-gouvernements-du-monde-entier-doivent-reduire-la) aient démontré que la production de gaz doit baisser de 3 % par an jusqu’en 2030 pour freiner le réchauffement planétaire, TotalEnergies [prévoit](https://reclaimfinance.org/site/wp-content/uploads/2021/04/WhyShareholdersShouldVoteAgainstTotalClimateStrategy_InvestorsBriefing-1.pdf) d’augmenter d’un tiers sa production de gaz d’ici là.
Quant à ses investissements dans *« les énergies décarbonées »,* le groupe a investi à peine 1,6 % de son chiffre d’affaires dans les renouvelables et l’électricité en 2021. Soit presque trois fois moins que ce que la multinationale a consacré à la rémunération de ses actionnaires cette année-là.
L’autre attaque que doivent affronter les cadres de la compagnie lors des dîners, sur les réseaux sociaux ou dans les médias, est que TotalEnergies pratique le *greenwashing*, notamment en affirmant qu’elle atteindra la neutralité carbone d’ici à 2050.
La multinationale conseille dans son guide de survie en milieu hostile de répliquer que *« TotalEnergies a investi l’année dernière 4 milliards de dollars dans les énergies bas carbone et en investira davantage (5 milliards) en 2023 »*.
Puis de glisser que la firme a choisi de se *« développer dans le GNL* [gaz naturel liquéfié – ndlr]*, une énergie de transition : certes fossile mais deux fois moins émettrice que le charbon, et d’investir de manière rentable sur les marchés de l’électricité, en investissant dans l’éolien, le solaire* […] *»*
TotalEnergies omet cependant de préciser que, selon son dernier plan « climat », les énergies renouvelables [représenteront](https://reclaimfinance.org/site/evaluation-de-la-strategie-climatique-des-compagnies-petrolieres-et-gazieres/#tab-4913e0149d0449307f2) seulement 15 % de son mix énergétique à l’horizon 2030. En 2020, l’entreprise n’a [produit](https://www.greenpeace.fr/espace-presse/total-fait-du-sale-la-finance-complice/) qu’une unité d’énergie renouvelable pour 447 unités d’énergies fossiles.
Concernant le GNL – du gaz refroidi afin qu’il passe à l’état liquide pour être transportable par navire –, son empreinte carbone est [2,5 fois plus élevée](https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/041122/gaz-naturel-liquefie-la-france-s-enferre-dans-le-fossile) que celle du gaz acheminé par gazoduc. Sa production émet d’énormes volumes de méthane, un gaz à effet de serre qui a un potentiel de réchauffement 84 fois plus important que le CO2 sur une période de vingt ans.
Enfin, TotalEnergies ne mentionne pas non plus qu’elle est l’objet d’une [enquête](https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/260123/totalenergies-est-visee-par-une-enquete-preliminaire-pour-mensonges-climatiques) ouverte par le parquet de Nanterre à la suite d’une plainte au pénal pour « pratiques commerciales trompeuses », un délit qui ouvre la voie à des sanctions pour *greenwashing*. En effet, depuis trois ans, le pétrolier [communique](https://ts.totalenergies.com/wp-content/uploads/2021/02/TOTAL_RAPPORT_CLIMAT_2020.pdf) à tous crins sur sa neutralité carbone d’ici à 2050. Mais, selon son plan « climat », 70 % des dépenses d’investissement de TotalEnergies resteront dédiées aux énergies fossiles jusqu’en 2030.
il y a encore des climato-sceptiques, mais pire que ca, ces entreprises ont tellement d’argent qu’elles dépenseront un fric monstre pour pas trop menacer cette manne financière.
J’ai fait cet oignon pour hiérarchiser les différentes étapes du discours: https://i.redd.it/p2crabalslza1.jpg
Et aussi à ne pas oublier, et à imprimer et à afficher partout: https://i.imgur.com/gnAr6PX.jpg
(autres langues: https://www.leolinne.com/?portfolio=discourses-of-climate-delay)
C’est lassant ces articles tapant sur Total. Si la boîte fait de tels profits, continue son expansion c’est bien qu’il y a des débouchés, des consommateurs qui en demandent toujours plus derrière.
Les larmes de crocodile de pseudo activistes derrière leurs écrans, fait à base de dérivé de pétrole soit dit en passant, c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité.
Bien sûr que Total va défendre son business model, il vont pas d’un coup tout arrêter. Le changement, si changement il y a, vient à mon sens d’abord des consommateurs en bas de l’échelle. Mais quand on demande de consommer moins, de consommer mieux, de faire des efforts tout d’un coup c’est beaucoup plus difficile et on entend plus de plaintes sur les grosses entreprises que de réels changements individuels.