Cécile Alduy, sémiologue : « Le discours de LR sur l’immigration est un copier-coller presque complet du RN »

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  1. « Déconstruction de l’Etat de droit », « émancipation des contre-pouvoirs », idée d’un « Etat profond »… Les propositions du parti Les Républicains relèvent d’« un populisme à tendance illibérale », décrypte la professeure à l’université Stanford dans un entretien au « Monde ».

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    Pour la sémiologue Cécile Alduy, professeure à Stanford (Californie) et chercheuse associée au Centre de recherches politiques de Sciences Po, les récentes propositions du parti Les Républicains (LR) sur l’immigration le rapprochent fortement du Rassemblement national (RN). Mais les deux partis conservent une différence dans la conception de la citoyenneté française, juge l’autrice de _Marine Le Pen prise aux mots. Décryptage du nouveau discours frontiste_ (Seuil, 2015).

    ### En quoi les mots et propositions de LR sur l’immigration et l’Etat de droit se rapprochent-ils de ceux du Rassemblement national ?

    Le discours coche tous les clichés lexicaux diffusés par Jean-Marie Le Pen dans les années 1990 : « submersion migratoire », « immigration incontrôlée », « immigration de masse », la « décadence » de la France. C’est le b.a.-ba du bréviaire lepéniste. Le volet programmatique est un copier-coller presque complet. Le plus surprenant, venant de la droite, est l’adoption du changement de la Constitution et l’abolition de ce que LR qualifie de « cours suprêmes ». La sortie de la Convention européenne des droits de l’homme est inscrite dans le programme du Front national _[ancien nom du RN]_ depuis longtemps. La déconstruction de l’Etat de droit et l’émancipation des contre-pouvoirs constituent une étape sérieuse et grave dans l’évolution d’un parti qui a donné des membres éminents au Conseil constitutionnel. Quant à l’idée d’un « Etat profond », elle se rapproche davantage de la rhétorique trumpienne que lepéniste. C’est un populisme à tendance illibérale, qui s’inscrit dans une tendance plus large en Europe.

    ### Le parti LR va-t-il vraiment plus loin que Nicolas Sarkozy durant sa campagne présidentielle de 2007 ?

    Du point de vue des emprunts rhétoriques et du narratif d’une France menacée dans son identité, ce n’est effectivement pas nouveau : Nicolas Sarkozy a construit son profil politique sur le copier-coller de ce narratif frontiste. Mais jamais dans les mesures. Il se faisait le ventriloque lepéniste, sans en reprendre les propositions anticonstitutionnelles.

    ### Subsiste-t-il néanmoins des différences avec le programme et le discours du Rassemblement national ?

    Le programme de LR relève d’une pensée magique, celle de construire une forteresse dissuasive. Il n’a pas le même ressort populiste et xénophobe que celui du RN, qui construit l’opposition entre « nous » et « eux ». La priorité nationale, c’est l’aspect programmatique du RN consistant à opposer des catégories de population qui habitent en France. Il sous-entend que certains habitants volent le pain ou l’emploi des autres.

    Par ailleurs, LR, dans la continuité de Charles Pasqua, propose de renforcer les obstacles à l’obtention de la nationalité sur la base du droit du sol. De son côté, le Front national va plus loin, en proposant depuis 1974 l’abolition quasi totale du droit du sol, même s’il ne la promeut jamais dans les médias. Avec le droit du sang, la citoyenneté est fondée sur le biologique, ce n’est plus un contrat social. Cette proposition expose les présupposés ethnicisants du RN. Il y a donc une différence de nature entre LR et le RN, avec une vision assimilationniste d’un côté, et, de l’autre, la restriction de l’identité aux Français nés de Français. S’il existe un vaste espace de recoupement entre les deux programmes, il demeure une petite marge propre au RN : la définition par le sang de l’identité nationale.

  2. Beh c’est la conséquence logique d’un fait acné depuis un moment : LR est un cadavre ambulant. Ses cadres pas fachos se sont tirés chez Macron qui de toute façon a besoin d’eux pour gouverner.

    Ce qu’il reste garde le nom LR pour s’auto-convaincre qu’il ne sont pas encore d’extrême-droite .

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