Casserolade à Salon-de-Provence et vraie-fausse homonymie : une étonnante plainte vise un militant

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  1. # Casserolade à Salon-de-Provence et vraie-fausse homonymie : une étonnante plainte vise un militant

    Une plainte a été déposée contre un opposant à la réforme des retraites. En avril, il avait chahuté le député Jean-Marc Zulesi (Renaissance) à la Fête de la fraise. Aujourd’hui, il est accusé d’avoir usurpé l’identité d’un homme qui vit à des centaines de kilomètres de là… et qu’il ne connaît pas.

    **Marseille (Bouches-du-Rhône).–** Opposant à la réforme des retraites, Alexandre Beddock n’aurait pas cru que la « casserolade » à laquelle il a participé lors du déplacement du député Renaissance Jean-Marc Zulesi à la fête de la fraise de Salon-de-Provence allait avoir de telles conséquences judiciaires. Il est aujourd’hui accusé d’avoir usurpé l’identité d’un homme à l’autre bout de la France, mais l’itinéraire de ce dépôt de plainte inattendu interroge.

    Au cœur de cette histoire, un appel téléphonique passé à la permanence de Jean-Marc Zulesi, député de la 8e circonscription des Bouches-du-Rhône. Militant de la Nouvelle Union populaire, écologique et sociale (Nupes), Alexandre Beddock se présente alors au téléphone comme *« Alexandre Taquin »* de France Bleu de manière audible, selon nos informations. Avec d’autres militants, ils utilisent ce stratagème, un *« gag téléphonique »*, pour connaître l’heure de la venue de l’élu à la Fête de la fraise.

    À l’autre bout de la France, dans le Grand Est, un homme au nom approchant, que nous appellerons Alexandre T., reçoit un étonnant appel de la police nationale. Marsactu a pu entrer en contact avec lui*. « La police de Salon m’a appelé pour me dire que mon identité avait été usurpée et m’a indiqué que je pouvais porter plainte. »* Quelques jours plus tard, Alexandre T. dépose bien plainte contre Alexandre Beddock, un homme qu’il ne connaît pas.

    Alexandre T. n’est alors pas averti que le nom qui a été utilisé n’est pas exactement le sien. Cette identité fictive de Taquin, Alexandre Beddock l’a créée avec d’autres opposants. *« Alexandre* *Taquin pour taquiner, parce que c’était sans intention de nuire, c’était ironique. Et journaliste radio, parce que c’est mon vrai métier »*, argue-t-il. Un stratagème qu’il justifie : *« En trois mois, Jean-Marc Zulesi n’avait pas trouvé le temps pour nous rencontrer, nous ou les syndicats. Mais là, il était prêt à se libérer en 48 heures pour une interview. C’était un test. »*

    Pour que l’histoire remonte jusqu’à Alexandre T., il aura fallu que le canular soit décortiqué successivement par l’équipe du député, par l’équipe de France Bleu-Provence puis par les policiers.

    Au soir de la manifestation, le parlementaire, qui, sous la pression, avait dû quitter la manifestation, s’était ému dans un communiqué du procédé utilisé : *« Utiliser une fausse identité pour connaître mon emploi du temps et organiser ce type d’intimidation n’est pas une manifestation, c’est tout simplement du harcèlement. »* Dans la foulée, les membres de l’équipe de Jean-Marc Zulesi cherchent à retrouver la personne à laquelle ils ont indiqué son emploi du temps. *« Ce sont mes collaborateurs qui ont rappelé France Bleu après coup »*, confirme l’élu.

    ## Enquête préliminaire

    *« On m’a demandé si un des journalistes avait demandé une interview au député*, raconte-t-on à la rédaction de France Bleu. *J’étais très étonné car ce n’était pas le cas.* *Encore plus lorsqu’on m’a donné le nom d’Alexandre T., qui n’est pas du tout de la région. »* Le téléphone raccroché, cette source contactera son collègue du groupe Radio France dans le Grand Est pour le prévenir de la situation.

    Malgré sa construction hasardeuse, la plainte d’Alexandre T. a trouvé des oreilles attentives. *« Une enquête préliminaire est en cours »*, confirme à Marsactu Jean-Luc Blachon, procureur du parquet d’Aix-en-Provence. Alexandre Beddock a été interrogé le 10 mai sur ces soupçons d’usurpation d’identité.

    Pour son avocat, Farid Farissy, cette plainte *« frise le n’importe quoi »*. Défendant que le nom fictif est Taquin, Farid Farissy déplore que la plainte ne soit pas constituée et s’étonne qu’elle ait donné lieu à une enquête. *« Ce n’est pas le même nom, et cette identité n’avait pas pour intention de nuire*, développe-t-il. *C’est une instrumentalisation à des fins politiques. »* Une position que partage son client, qui se dit *« visé »* car *« visage connu de la contestation locale »*. Le procureur d’Aix, qui décide de l’opportunité des poursuites, comme la police salonaise, qui mène cette enquête, n’ont pas souhaité commenter plus avant.

    Le 10 mai, toujours selon son avocat, Alexandre Beddock a aussi été interrogé sur des soupçons de violences à l’encontre du député. Cette scène de violences, comme le rapportait [*20 minutes*](https://www.20minutes.fr/faits_divers/4034454-20230426-reformes-retraites-main-courante-deposee-contre-depute-porte-plainte-apres-casserolade), aurait eu lieu dans un parking souterrain de la ville, où Jean-Marc Zulesi rejoignait sa voiture. Ce dernier confirme le dépôt d’une plainte, tout en refusant d’en dévoiler le motif.

    Du côté des opposants, on n’est pas en reste. Plusieurs mains courantes ont été déposées visant Jean-Marc Zulesi, dont une par Alexandre Beddock qui dit avoir été intimidé par le député. À Salon-de-Provence, le bruit des casseroles n’a pas fini de résonner.

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    Léa Delaplace (Marsactu)

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