Harcèlement scolaire : «Nombre de mineurs sont dépourvus d’empathie et ivres de pouvoir à l’égard de leur victime» [article en commentaire]

14 comments
  1. **Harcèlement scolaire : «Nombre de mineurs sont dépourvus d’empathie et ivres de pouvoir à l’égard de leur victime»**

    *Par Maurice Berger*

    Les drames récents, dont le suicide de Lindsay, 13 ans, harcelée par d’autres élèves, amènent à repenser la question du harcèlement à partir du triangle classique harceleur-victime-témoins. On a beaucoup écrit sur la personnalité des mineurs harceleurs, souvent décrits comme victimes eux-mêmes de violence et d’humiliations dans leur enfance, tableau à nuancer car on sait maintenant que certains sont issus de milieux où ils n’ont pas subi de maltraitances. On sait aussi qu’un comportement violent ponctuel peut faire partie de la période de l’adolescence, mais dans le cas du harcèlement, les propos cruels ont lieu dans la durée, la définition même du harcèlement étant qu’il est «sans répit» pour la victime.

    Dans un processus de harcèlement, il y a un meneur, un chef de meute, et les suiveurs. Le harceleur a besoin de la meute qui l’admire, l’imite, lui obéit, comme dans le livre Le Roi des mouches. Sans quoi, le harcèlement aurait beaucoup plus de difficultés à perdurer. Le terme de meute est exact en ce qu’il évoque la chasse à courre où l’animal traqué se trouve face à un groupe qui ne lâche jamais la poursuite de sa proie, jusqu’à l’hallali, sauf changement d’établissement. Il y a aussi les témoins dits «non concernés», mais dire qu’ils sont passifs est trop rapide. Certains n’éprouvent-ils pas un plaisir voyeuriste à regarder le scénario cruel qui se déroule sous leurs yeux ? Pourquoi filmer certaines scènes de violence si ce n’est pas pour les montrer aux autorités ? Pourquoi ne pas parler de ce qu’on sait à ces mêmes autorités scolaires ou policières ? Et qui ne dit rien consent et participe au silence. Enfin il y a le témoin impliqué qui tente d’alerter et de protéger la victime, parfois à ses risques.

    Du côté des adultes, il existe souvent en chacun un «mini-négationniste» qui ne veut pas voir ce que la victime endure. Ce processus est général à toutes les situations de maltraitance et s’accompagne d’une mise en cause de la victime. Ainsi une femme battue par son mari serait masochiste, ce serait un problème de couple, etc. Les enfants victimes d’agressions sexuelles peinent à faire prendre en compte leur parole, même dans les situations où les professionnels ont la preuve des faits. D’une manière générale, il est difficile pour une victime de se faire entendre. Il ne s’agit pas de prendre toutes les plaintes pour argent comptant, dans chaque situation «les compteurs doivent être remis à zéro», mais de souligner qu’il existe une tendance naturelle à détourner le regard de ce qui gêne, ou à souligner les difficultés personnelles de la victime qui suggèrent de mettre en cause ses plaintes.

    Face à cet ensemble complexe, il faut garder comme repère qu’il y a des agresseurs et une victime. La première ministre demande aux ministres concernés, dont celui de la justice «d’être plus efficace […] dans les sanctions contre le harcèlement». La loi prévoit qu’une insulte, incluant des termes méprisants, est considérée comme publique dès qu’elle est sur internet ou sur un réseau social, et qu’elle est passible de 12.000 euros d’amende et éventuellement d’un travail d’intérêt général. Quant au harcèlement scolaire, inscrit dans le Code pénal au chapitre des atteintes à l’intégrité physique ou psychique de la personne (article 222-33-3), il est passible d’une peine pouvant atteindre trois ans de prison et 45.000 d’amende en cas d’incapacité totale de travail (ITT) égale ou inférieure à huit jours ou même en absence d’ITT. Ces lois ont-elles déjà été appliquées ? Si oui, combien de fois sur les milliers de situations annuelles de harcèlement ? Si non, à quoi sert une loi jamais utilisée ? Quel bilan avons-nous des différentes actions entreprises ?

    Il y a probablement des situations où les autorités règlent de manière rapide et cohérente les situations de harcèlement avant qu’elles atteignent un fort niveau de dangerosité, et il y a aussi des situations où les mineurs harceleurs ont prioritairement besoin de soins. Mais dans d’autres, tout se passe comme si la loi n’existait pas, ou plus exactement, l’agresseur n’en a rien à faire tant qu’elle n’est pas incarnée, matérialisée. Et du côté des adultes, on ne la prend en compte que lorsqu’il est trop tard, il faut qu’un mineur soit mort pour que les agresseurs constatent que leurs actes peuvent entraîner des risques pour eux.

    Ce questionnement concerne plus largement la prise en compte de la violence dans notre société, ici celle de mineurs dépourvus d’empathie à l’égard de leur victime et ivres du pouvoir de nuisance qu’ils se donnent sur elle. La violence, c’est lorsque la parole des adultes est inefficace, et il n’y a alors pas d’autre choix que de signifier au sujet qu’il doit être retiré temporairement de la société. Je plaide ici pour des peines de prison courtes pour les mineurs de plus de treize ans dans des lieux différents de ceux qui reçoivent des délinquants violents et «aguerris», avec un sursis conséquent, épée de Damoclès en cas de récidive. Prison, et non foyer éducatif. On criera qu’on ne peut pas mettre des enfants en prison.

    Quand il s’agit de sanction, tous les mineurs deviennent des «enfants», même ceux dont les paroles tuent. Mais que faire si rien n’inhibe les actes dangereux de certains de ces «enfants» ? Ce n’est qu’exclus provisoirement de la société et privés de la possibilité d’agir que certains réalisent que ce qu’ils font est grave, que ce n’est pas qu’un jeu, et parfois se mettent enfin à réfléchir sur leurs actes et sur eux-mêmes. La réalité, c’est que cette butée sera incontournable dans les années à venir, elle est le prix à payer pour la manière dont de nombreux acteurs et décideurs dans notre société, médias inclus, ont laissé se dégrader les différentes formes d’autorité, au lieu d’appuyer l’autorité que certains parents essayent de maintenir. Pour les mineurs de moins de treize ans, le tribunal peut écarter la présomption de non-discernement et une réflexion sur la sanction s’impose.

  2. Pas mal les commentaires qui associent ce phénomène à la fin “du modèle familiale”. Parce que c’est bien connu que c’est la faute de la gauche et que les harceleurs ne peuvent jamais venir de familles aisés, avec des parents mariés.

  3. Pour avoir subit du harcèlement, il n’y a que quand j’ai utilisé la violence que ça s’est arrêté.

    Quand les CPE/Proviseurs veulent aider, c’est souvent inefficace, et en plus ça envenime les choses parce qu’on passe pour une balance et on se met à dos encore plus de gens.

  4. > comme dans le livre Le Roi des mouches

    Yo c’est une traduction Deepl d’un article anglais ou bien ? C’est “Sa Majesté des mouches” et ça l’a toujours été !

  5. > Il y a aussi les témoins dits «non concernés», mais dire qu’ils sont passifs est trop rapide. Certains n’éprouvent-ils pas un plaisir voyeuriste à regarder le scénario cruel qui se déroule sous leurs yeux ? Pourquoi filmer certaines scènes de violence si ce n’est pas pour les montrer aux autorités ? Pourquoi ne pas parler de ce qu’on sait à ces mêmes autorités scolaires ou policières ? Et qui ne dit rien consent et participe au silence. Enfin il y a le témoin impliqué qui tente d’alerter et de protéger la victime, parfois à ses risques.

    Ben je sais pas t’aurais pas pu faire une étude pour déterminer les proportions ? Y en combiens qui filment pour combien qui regardent terrorisés ? Le figaro ils sont entre autre insipide pour ça, ils te sortent des grandes phrases et des théories qui ne seraient pas si difficile à vérifier mais non.

    Parce que je vois beaucoup d’attaques sur les passants dans ce paragraphe mais je me souviens pour l’avoir vécu m’être juste dis “bah ils tapent un mec en groupe et ils ne leur arrive rien si je m’en mêle ça sera pareil mais pour moi”. Pour le figaro c’est “un plaisir voyeuriste à regarder le scénario cruel”.

    Torchon de journal.

  6. Ha.

    C’est ni plus ni moins ce que je développais sur un autre fil, mais sur le même sujet.

    Les défaillances sont tellement nombreuses (parents, police, tribunal, autres élèves, autres adultes) mais on s’obstine à remettre ça sur le dos des enseignants.

    Mais en tant que tel, jamais nous n’avons eu l’autorisation de juger, de sanctionner, de déplacer les harceleurs.

    Venir nous reprocher de ne rien faire, alors qu’on ne **pouvait** rien faire, c’est absurde. Alors que ceux qui pouvaient (enfin qqun daigne mentionner les “filmeurs”, qui ne donnent pas spontanément leurs vidéos à la police) on ne leur dit jamais rien…

    A tous les harcelés de Reddit, pourquoi vous en voulez à votre prof de physique, et pas aux 34 autres élèves qui regardaient sans rien dire? Aux 3 qui filmaient mais qui disent n’avoir rien vu? Aux parents, les vôtres et les leurs?

  7. Le mec: “Hé les gars, j’ai écrit une tribune dans laquelle je propose d’envoyer des enfants de moins de 13 ans en prison” Le Figaro: “Ça étudie les causes du problème, ou ça parle de prévention?” Le mec: “Absolument pas, ça dit que les mômes sont des sadiques et ça parle uniquement de répression” Le Figaro: “Génial, on prend!”

  8. À l’école, je me faisais harceler, battre des fois, et au lieu de punir mes assaillants, on me faisait rencontrer le psychologue de l’école de peur que je me venge…

    Ils avaient peur que je devienne un tireur d’école… Il avaient peur de moi… Putain que c’était insultant. C’était comme me victimiser une seconde fois.

    Alors j’ai simplement décidé de ne plus rapporter les sévices dont j’étais la victime.

  9. J’ai échangé avec un prof anglais récemment et ils ont vraiment changé d’approche.

    Ils impliquent les flics très vite, estimant qu’une résolution dans l’école ça protège l’enfant d’un truc qui lui aurait valu des problèmes avec la justice s’il était adulte (coup et blessures, harcèlement morale, etc.)

    Ils ont mis plusieurs jeunes ados en GàV.

    Je ne sais pas trop quoi en penser mais c’était intéressant.

  10. Ouais fin ça c’est pas nouveau que les pires c’est les gamins, surtout quand ils sont en groupe

    On a tous été à l’école (presque) et a partir du college ça devient le zoo
    Ma vie scolaire est pas si loin mais je trouve hallucinant à quel point le problème à évolue avec l’arrivée d’internet et des réseaux sociaux qui n’était pas aussi présent et bien moins nombreux qu’à ma période college/lycée

  11. Les ados peuvent être de véritables monstres. J’ai un ami qui s’est fait harcelé au collège, c’était un enfer et tout le monde s’en foutait

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