Collectif de médecins : « La solution de ne pas admettre en réanimation les personnes ayant fait le choix de ne pas se vacciner n’est pas envisageable »

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  1. **Avoir refusé la vaccination contre le Covid-19 ne signifie pas nécessairement être un antivax, souligne un collectif de médecins dans une tribune au « Monde ». C’est bien plus complexe, mais la lassitude s’installant, les soignants, confrontés à des décisions impossibles, pourraient avoir du mal à se saisir de cette complexité.**

    Un médecin réanimateur, confronté à la déprogrammation de certaines opérations en application du plan blanc, posait récemment une question par courriel à plusieurs de ses confrères d’autres centres hospitaliers : « Est-ce normal de priver des malades de lits de réanimation ou de soins chirurgicaux, même non urgents, pour s’occuper de personnes qui ont choisi de prendre le risque de faire un Covid-19 grave alors qu’on peut l’éviter ? »

    Les faits sont maintenant bien connus : 70 % environ des patients hospitalisés en réanimation pour une forme sévère du Covid-19 sont non vaccinés. La particularité de cette épidémie, contrairement à d’autres infections plus graves, est qu’elle a des répercussions sur nos vies personnelles et noie sous ses vagues les hôpitaux, notamment les services spécialisés dans les soins critiques. Nos ressources sont mises en défaut. Dès lors, il faut opérer des choix : affaiblir l’économie au profit de la santé ? Confiner, isoler, fragiliser les citoyens pour éviter de transformer la médecine hospitalière en médecine de catastrophe ? Prioriser l’admission en soins intensifs de patients ayant le plus de chances de survie ?

    Des choix sont faits tous les jours et à tous les niveaux, et apparaît alors au premier plan la question de la justice.

    Est-il juste de laisser une patiente atteinte d’une infection digestive aux urgences sur un brancard pendant dix heures, car le service des maladies infectieuses est rempli par des patients atteints du Covid-19 ? Est-il juste de refuser un patient en décompensation cardiaque, stagnant à domicile, pris en charge tant bien que mal par les médecins en dehors de l’hôpital, en attendant de trouver enfin un service avec un lit disponible pour l’accueillir ? Est-il juste de ne pas réaliser une transplantation hépatique, car la réanimation accueillant habituellement ces patients a été transformée en unité Covid-19 ?

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    Ces questionnements sont de plus en plus présents dans l’esprit des médecins. La justice est certes complexe, mais elle relève d’une perception quasi instinctive – le sentiment d’injustice ou de justice s’impose à nous. Cette période est marquée par un sentiment d’injustice croissant.

    Le réanimateur partage dans la suite de son courriel ses inquiétudes : « J’ai par ailleurs aussi des craintes que, faute de reconnaissance de cette problématique, certains d’entre nous (dans la communauté des réanimateurs) puissent un jour être malveillants à l’égard des non-vaccinés parce que le choix qu’on leur demanderait de faire entre tel ou tel patient ne serait plus à leur portée… C’est complexe, mais cela mérite un débat ouvert à mon sens et le gouvernement ne peut pas ne pas en avoir conscience. »

    **Clivage sociétal**

    Le Covid-19 a en effet une autre particularité sans précédent qui crée un clivage sociétal sur une question de santé. Le débat sur la vaccination est teinté d’affects importants, le choix vaccinal devient un choix éthique puisqu’il inscrit la personne dans son lien avec les autres. Il est intéressant de voir comment de grands thèmes éthiques comme la liberté, la responsabilité ou encore la justice ont été et sont toujours mobilisés dans les discussions, faisant naître l’idée de deux camps irréconciliables. Si ce recours à l’argumentaire éthique était sans doute nécessaire, peut-être a-t-il eu pour effet de crisper les positions de chacun.

    Les vaccinés ressentent de l’injustice, voire de la colère, car ils considèrent les non-vaccinés en partie responsables des restrictions de liberté, des difficultés de certains à travailler, de la gêne au quotidien. Le médecin, pour sa part, reste avant tout un citoyen (vacciné), frappé par un épuisement au travail, dans un système de santé qu’il voit s’effondrer. Une pathologie impliquant autant les sentiments des médecins est inhabituelle et déconcertante. Insidieusement, se pose une question du côté des professionnels de santé : est-ce que le statut vaccinal doit être pris en compte dans la priorisation ?

    La mission d’un médecin n’est pas de juger, mais de soigner. « Je respecterai, est-il affirmé dans le serment d’Hippocrate, toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination, selon leur état ou leurs convictions. »

    Aussi le corps médical ne peut-il toutefois ignorer le caractère complexe et très hétérogène des populations refusant encore la vaccination. Certes, on ne peut nier l’existence de groupes minoritaires mais très actifs de personnes s’égarant dans une interprétation saugrenue et dangereuse des données de la science. Mais ce sont aussi le manque d’accès à une information juste et bien formulée ou plus probablement encore des représentations liées à des expériences personnelles ou familiales qui nourrissent ce refus. Avoir refusé la vaccination ne signifie pas nécessairement être un antivax. Tout cela est bien plus complexe ; mais la lassitude s’installant, les soignants pourraient avoir du mal à se saisir de cette complexité.

    **Problème de la priorisation**

    Surmonter ce sentiment premier face à des comportements qui questionnent les médecins est un impératif éthique. Mais, dans ce contexte inédit, devant des choix tragiques, où le problème de la priorisation se pose, les médecins réanimateurs se trouvent à devoir prendre des décisions impossibles, alors que le questionnement déborde le seul cadre médical.

    Nous souhaitions attirer l’attention sur ce sentiment spontané, grandissant chez les acteurs de santé, totalement inédit. Ce texte n’est pas une inquisition visant à culpabiliser les non-vaccinés : il est question ici de rapporter une réalité dérangeante et qui ne peut être ignorée. Le manque de moyens donnés à l’hôpital public est la conséquence de décisions socio-économiques depuis de nombreuses années maintenant et si l’afflux de malades est une cause majeure des problématiques de priorisation, ce sont aussi nos diminutions capacitaires qui les imposent.

    Nous accueillons tous les jours des patients arrivant dans un état de détresse, regrettant amèrement leur décision inconsciente de ne pas se faire vacciner. La solution de ne pas admettre en réanimation les personnes ayant fait le choix de ne pas se vacciner n’est pas envisageable. Pour autant, nous tenons à rappeler des faits, qui ne sont le reflet d’aucun jugement moral : ne pas se faire vacciner, c’est risquer sa vie, risquer celle des autres, notamment les patients avec des défenses immunitaires faibles chez qui la vaccination est peu efficace, qui ne peuvent compter que sur les autres, mais aussi empêcher certaines personnes plus fragiles d’accéder à la réanimation, retarder la prise en charge d’autres malades atteints de pathologies chroniques : c’est tout simplement accepter l’idée que notre choix impose aussi de priver les autres de soins.

    * **Premiers signataires :** Mathieu Acquier, médecin réanimateur, médecine intensive réanimation, Bordeaux ; Véronique Averous, médecin de soins palliatifs, comité d’éthique, Bordeaux ; Alexandre Boyer, médecin réanimateur, médecine intensive réanimation, Bordeaux ; Didier Gruson-Vescovali, médecin réanimateur, médecine intensive réanimation, Bordeaux ; Thibaud Haaser, médecin oncologue radiothérapeute, Comité d’éthique, Bordeaux ; Aurélie Martin, médecin réanimateur, réanimation polyvalente, Libourne ; Olivier Mollier, médecin neurochirurgien, Comité d’éthique, Bordeaux ; Jérôme Pillot, médecin réanimateur, réanimation polyvalente, Bayonne ; Antoine Romen, médecin réanimateur, réanimation polyvalente, Pau ; Arnaud Sément, médecin réanimateur, réanimation polyvalente, Mont-de-Marsan.

  2. Leur présenter la facture me semble une bonne solution. Vous voyez vous soigner ca a couter ca.

  3. Le probleme avec ce genre de chose, c’est pourquoi s’arrêter au cavid du coup?

    Fumeur? Exces de vitesse? Et autre choix pas forcément sain ou dangereux mais fait librement pourquoi ne pas faire la meme chose?

    Edit : plus que le côté pratique/reel de l’analogie, je pensais surtout au côté philosophique de la question.

    Un fumeur sur un lit d’hôpital prend un lit autant qu’un non vacciné

  4. Le titre : ce n’est pas envisageable

    Le texte : c’est quand-même tentant et on est pas loin de le faire, vaccinez vous parce que vous commencez vraiment à nous faire chier

  5. Je garde toujours en tête qu’on devrait pour ces personnes envisager le travail d’intérêt général.

    « Gnana c’est la liberté » bah oui l’un n’empêche pas l’autre. La liberté va de pair avec la responsabilité. Tu ne veux pas te vacciner ? Pas de problème, tu es libre de choisir. Par contre, si tu tombes malade on va te soigner, c’est normal mais derrière tu devrais « payer le coût supplémentaire » de ta liberté à la société.

    Ça peut être plein de chose, mais j’aurais tendance à mettre ça en lien avec le problème créé. En l’espèce travailler à l’hôpital (nettoyer les sols, faire l’accueil, orienter les personnes, etc.). Pas besoin d’être hyper formé (même s’il faudra en partie le faire) sur le sujet, et on peut moduler ça en heure pour qu’ils continuent leur activité pro. Genre le week-end ou en matinée/soirée.

  6. Pourquois lis-je ici quotidiennement que les non-vaccinés remplissent à ras-bord notre hôpital public alors que c’est totalement faux ?

    Edit : Il y a [3025](https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus/carte-et-donnees) personnes atteintes du Covid en soins critiques actuellement. Or les soins critiques cela inclue plus de 5000 lits de réanimation, + 6000 en soins intensifs, + 8000 en surveillance continue. En cherchant le taux d’occupation des soins critiques on tombe sur 59%. Or ce chiffre est FAUX comme on vient de le voir. Il correspond au nombre de patients Covid en soins critiques rapporté au seul nombre de lits de réanimation. Voir [cet article](https://www.google.com/amp/s/www.liberation.fr/checknews/2020/10/30/l-indicateur-du-taux-d-occupation-des-lits-de-reanimation-est-il-gonfle_1803768/%3foutputType=amp).

    Je remets [ici](https://infogram.com/evolution-du-covid-19-en-france-1h7z2lgw8xgx4ow) les graphiques qui permettent de comparer les indicateurs avec ce qu’ils étaient lors des précédentes vagues.

    Pré-edit : Le taux d’occupation des soins critiques est de 59%. Tout compris.

  7. Y a un truc que je capte pas. La couverture vaccinale en France s’étend à 90% des plus des 12ans, ça doit bien faire 95% de la population des adultes (les mineurs vont jamais en réa donc on les compte pas)

    La réa covid est tendue à 58% (ça m’impressionne pas vraiment mais bon)

    Si à peu près 3/4 de ces patients réa sont des non vaccinés ça veut dire que la situation est pas franchement catastrophique non ? Ça peut que aller en s’améliorant non ? 🤔

    Soit le phénomène va se résorber de lui même (le vaccin offre une protection stable) soit la proportion de gens vacciné en réa par rapport aux non-vaccinés va commencer à s’inverser et tout le monde va jouer les choqués (le virus développe une résistance au vaccin en mutant et/ou devenant plus virulent)

    [source pourcentages : TousAntiCovid]

  8. On rejoint l’excellente philosophie de “faut il tolérer les intolérants”, avec tout le bordel mis par le Covid. Par le simple fait que des concepts ou des idées auxquels certaines personnes s’attachent, finissent par empiéter sur tout le monde, et leur faire payer le prix.

    Pour moi, toutes ces histoires ont surtout fini par m’exacerber face à la stupidité rarissime que beaucoup de personnes atteignent durant cette période d’épidémie. Je ne sais pas si c’est mon passif “famille religieuse” qui me rends allergique à tout ceux qui dégueule leurs opinions personnels et qui à coup de biais de pensée à justifier l’injustifiable ( dans ce cas actuel, ne pas se faire vacciner ).

    Car si ma position n’est pas assez clair, moi qui n’était déjà pas un grand philanthrope avant, je pense sincèrement qu’il serait grand temps que les gens apprennent à payer les conséquences de leurs actes, plutôt que de se faire constamment essuyer les fesses par le contribuable et l’Etat qui ramasse les morceaux derrière.

    J’ai conscience que tout le monde n’a pas la même capacité de jugement ou d’intellect, mais pour de actes aussi évidents que le vaccin, et des contre-arguments tous plus stupide les uns les autres, sans aucuns fondements, ne pas vouloir se faire vacciner, c’est égoïste, et il est normal que ceux qui ne pensent qu’a leur gueule… bah s’en sortent tout seul. Je ne vois pas pourquoi je prendrais le risque de payer pour la stupidité des autres, et je pense que c’est ça qui gonfle une grosse majorité des français.

    Tout comme ceux qui s’imaginent que nos hommes politiques ont l’omniscience absolue, et savent ce qui va se passer dans 2 mois. Bah non, ils sont comme nous, ils affrontent cette crise au jour le jour, en essayant de prendre la décision la moins pire. Alors oui, les décisions ne plaisent pas, cela ne veut pas dire qu’elles sont mauvaises. La troisième dose, ça fait chier, mais je vais la faire quand même. C’est comme une ceinture de sécurité, on la met tout les jours sans forcément avoir d’accidents, mais le jour ou ça nous arrive, bah on est bien content de l’avoir. Ayant eu un proche de la famille qui fut mis en coma artificiel à cause du Covid, je sais de quoi je parle.

    Malheureusement, les personnes de nos jours sont tellement tournés vers elle-même et imbue de leurs personnes, que la moindre chose qui leur déplait provenant d’un ordre supérieur, c’est la levé de bouclier immédiate… Sans aucunes justifications réelles, si ce n’est que “ça me plait pas donc je dis non”. Le vaccin parle pour moi, quand tu vois le nombre d’imbéciles qui jouent les rebelles sur les réseaux sociaux avec des photomontages et des caricatures, bonne pour flatter l’égo, mauvaise pour le cerveau.

    Bref, le jour ou les gens devront apprendre à assumer les conséquences de leurs choix, plutôt que de distiller la responsabilité à tout les citoyens et à l’Etat, on avancera surement. En attendant, va falloir continuer à serrer les dents et éviter les réseaux sociaux ou les réunions de familles avec Jean-René et sa position ultra ferme et intelligemment construite sur “le vaccin c’est de la merde, on me l’a dit sur Facebook”.

  9. Est-ce qu’une solution sur la base du “volontariat” ne serait pas envisageable ? Par exemple, les personnes ne souhaitant pas se faire vacciner signerait une décharge qui indiquerait qu’elles ne seraient pas prises en charge de manière prioritaire en cas de passage en réanimation. Et en échange elles pourraient de nouveau avoir accès à tous les lieux publics.

  10. Perso je connais une personne de 60 ans qui est sérieusement anti-vaccin (et aussi super complotiste). J’ai débattu avec cette personne pendant plus d’une heure pour essayer de comprendre ce rejet du vaccin, tout ça pour qu’au final on arrive à la conclusion de ses motivations : elle a juste peur des piqûres et est prête à tout pour éviter d’en avoir une. C’est aussi simple que ça.

  11. C’est marrant parce que la question s’était déjà posée en d’autres termes.

    Dédicace à tous les connards qui voulaient ne confiner que les vieux, que les gros, que les moches…

    Dans notre société, on ne sacrifie pas spontanément des gens par catégorie. Même le dernier des cons antivaxx, quand il faut le soigner, ben on le soigne. Pareil pour les violeurs, ou les meurtriers.

    C’est justement ce qui fait du médecin quelqu’un d’unique, d’impartial et d’essentiel: peu importe quelle merde tu as pu faire, c’est pas à lui de décider si tu as le droit de vivre ou pas.

    Sérieusement, réfléchissez-y. Qui pourrait décider du droit de vie ou de mort? Qui pourrait (sup)porter ce poids sur ses épaules ?

    Par contre, demander à ces idiots de participer plus, financièrement par exemple, au système de santé, ça me paraît plus raisonnable et souhaitable.

  12. Lisez l’article, c’est pas une question de responsabilisation ou de punition mais de priorisation des soins. Quand on peut soigner tous le monde (covid ET autres) tout va bien. Quand on peut s’occuper que d’un patient sur deux, lequel on soigne ? Avant c’était les jeunes plutôt que les vieux, ceux avec une espérance de vie correcte plutôt que ceux qui seraient de toutes façons morts dans l’année etc.
    C’est pas déconnant de penser que des personnes ayant délibérément refusé un traitement préventif en connaissance de cause passent après celles l’ayant fait, ou celles en attente de soins pour d’autres pathologies qui souffriraient un risque supplémentaire à cause des premières.

    Le problème des non vaccinés outre la dynamique de l’épidémie, c’est le risque d’encombrement de l’hôpital qu’ils provoquent et donc le risque qu’ils font reposer sur quiconque devra pour une raison ou une autre se retrouver à l’hosto.

  13. Ca serait immoral, et cela rajouterait une pression mentale sur le personnel soignant, ils n’ont pas besoin de cela en ce moment

    En revanche on pourrait faire payer une franchise aux non-vaccines en cas d’admission en reanimation

    C’est plus efficace de taper dans le portefeuille

  14. Pour ceux qui sont contre les soins des personnes non vacciné, c’est quoi votre position par rapport aux obèses?

  15. Tant qu’il y a assez de lits, ok. Mais quand il n’y en a plus assez, il est intolérable qu’une personne vaccinée passe après un antivax. Rien ne changera ma position sur ce sujet.

  16. Ne pas les accepter OK mais on peux prioriser sur le principe, on prend les gens qui ont le plus de chance de s’en sortir donc les vaccinés.

  17. Est ce que la question peut également se poser avec les obèses qui sont plus de 180 000 à mourir chaque année et qui occupent les lits d’hôpital pendant les semaines/mois précédent leur mort alors qu’ils n’avaient qu’à faire un régime et ne pas manger n’importe quoi? Idem avec les fumeurs sur le même principe?

    J’entends les arguments mais qu’on aille au bout de la logique alors.

    edit: J’irais même plus loin, un chauffeur sous drogue ou alcoolisé qui se crash merite-t-il de se faire soigner?
    Le coronavirus est apparemment en train de déssiner une nouvelle societé donc allons au bout.
    On peut même imaginer un systeme de point où plus on est un bon citoyen, plus on est bien prit en charge et l’inverse en cas de mauvais point.

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