A La France insoumise, verrouillage à tous les étages

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  1. **Au sommet, Jean-Luc Mélenchon invite certains cadres à partir. A la base, des militants s’en vont, dégoûtés par l’affaire Quatennens. Sur le terrain, les lambertistes du Parti ouvrier indépendant (POI) s’implantent et alimentent les soupçons de surveillance.**

    Samedi 17 juin, ils seront une centaine de militants *« insoumis »* à se retrouver à Paris, à La Bellevilloise, pour l’assemblée représentative de La France insoumise (LFI), la deuxième depuis la présidentielle de 2022. Un rendez-vous entre des représentants de la base, tirés au sort, et la direction. Pas une *« grand-messe »* mais un moment pour *« travailler »*, assure la députée européenne Manon Aubry. Manuel Bompard, numéro un du mouvement, promet *« une discussion tactique et stratégique sur la séquence, les perspectives, la Nupes [Nouvelle Union populaire écologique et sociale] et les européennes »*, et se félicite : il y a, selon lui, dans toute la France 70 000 participants à des groupes d’action.

    Derrière ce tableau optimiste, la crise est loin d’être terminée pour le premier mouvement de gauche, qui refuse le nom de parti. En décembre, les historiques de LFI découvraient que la nouvelle direction s’était faite sans eux. Jean-Luc Mélenchon était alors accusé de verrouillage généralisé. Pendant la bataille des retraites, les critiques avaient été mises sous l’éteignoir. Maintenant que la pression est retombée, elles refont surface.

    Au sommet d’abord. A voix basse, des députés se demandent où et comment se décide la ligne politique. Officiellement en retrait, M. Mélenchon assure à ceux qui viennent lui demander des places aux européennes qu’il n’est plus à la manœuvre. Dans les faits, le fondateur de LFI reste central. *« LFI, c’est la propriété privée de Jean-Luc. Il a l’argent, et choisit la couleur des volets. Le concierge, c’est Manu »*, résume un élu, sous le couvert de l’anonymat. Chaque semaine, l’ancien sénateur socialiste continue de recevoir sa garde rapprochée en dehors des instances. *« Ça m’arrive de faire un point le lundi, le dimanche… à trois, quatre, sept avec Jean-Luc »*, reconnaît Manuel Bompard.

    Cette rencontre informelle précède la réunion hebdomadaire de la direction, le lundi après-midi, à laquelle l’ex-candidat à la présidentielle participe également la plupart du temps. Aucun compte rendu n’est rédigé, mais en quarante-huit heures, des éléments de langage descendent aux députés, en réunion de groupe. Après avoir étalé publiquement leurs désaccords, certains de ceux qui animaient les critiques en janvier – Clémentine Autain, Alexis Corbière – ont fini par quitter le bureau du groupe à l’Assemblée nationale. Par souci d’*« apaisement »*, se bornent-ils à dire. Seule Raquel Garrido continue de se risquer, comme le 6 juin dans Libération, à formuler des demandes de réforme du fonctionnement de LFI.

    **« Elle essayait de placer sa came »**

    L’appareil dément vouloir écarter quiconque. Mais, dans l’Hémicycle, Sophia Chikirou a confié à certains qu’un départ des 15 à 20 députés jugés trop critiques de la direction ne la dérangerait pas. *« Je suis pour gagner, donc pour être le plus nombreux possible »*, dément-elle auprès du Monde, tout en rappelant que les « insoumis » sont *« engagés par un programme commun »*. Dans la boucle de communication du groupe, Jean-Luc Mélenchon a fait part, plusieurs fois, de sa volonté de voir Raquel Garrido partir. *« Oui, je souhaite que tu t’en ailles »*, écrivait-il récemment. *« Ras-le-bol de ses attaques fielleuses permanentes. Mieux vaut se séparer, pourquoi reste-t-elle ? »*, interrogeait-il dans un autre message, le 17 mai. Rares ont été les réponses. Certains proches de l’ancien candidat ont abondé dans son sens. Une élue s’est risquée à évoquer le besoin de se former à la *« communication non violente »*. En réunion de groupe, le 30 mai, s’inquiétant de cette drôle d’ambiance, le député Aymeric Caron (président de Révolution écologique pour le vivant, REV) a déploré les prises de parole demandant des exclusions.

    A la base aussi, les interrogations sur la démocratie interne, mêlées à l’affaire Adrien Quatennens – du nom de ce député du Nord condamné en décembre 2022 à quatre mois de prison avec sursis pour des violences sur son ex-compagne –, continuent de créer des remous. Manuel Bompard n’a, à ce jour, pas répondu à l’appel rendu public, mi-mai, par 370 militants, se plaignant du *« manque de démocratie »*, et demandant une *« VIe République »* interne. *« Un épiphénomène »*, juge le coordinateur de LFI. La démarche a été entamée en juillet 2022 dès la création de la Nupes, mise en veille pendant quelques mois, et relancée en décembre au moment de la réorganisation controversée de la direction. *« Nous sommes quelques-uns à trouver que ça fait plusieurs années qu’on ne nous consulte pas sur des décisions assez importantes »*, témoigne Camille, militant de Seine-Saint-Denis, qui a préféré un nom d’emprunt. Ce mouvement de révolte n’a pas été inscrit à l’ordre du jour de samedi.

    Sur le terrain, une affaire en particulier, révélée par Mediapart, le 5 mai, a créé un malaise. Dans la Vienne, des *« insoumis »* demandant l’exclusion d’Adrien Quatennens ont découvert leur nom sur une liste, dont la création est attribuée à des camarades sympathisants du Parti ouvrier indépendant (POI), héritier de l’Organisation communiste internationaliste (OCI), qui a vu Jean-Luc Mélenchon entrer en politique. L’ancien candidat à la présidentielle se félicite d’avoir fait entrer son ancienne famille dans les murs de LFI, un partenariat dont la preuve la plus éclatante est l’élection du député LFI et militant du POI Jérôme Legavre, en Seine-Saint-Denis. M. Mélenchon est un habitué du 87, rue du Faubourg-Saint-Denis à Paris, où siège le POI. Il y intervient régulièrement, tout récemment encore dans le cadre des conférences de l’observatoire politique de son think tank, l’Institut La Boétie. *« Le temps est passé où les trotskistes étaient mis de côté ! »*, assumait-il en compagnie de Mme Chikirou, à l’assemblée du POI, le 26 mars.

    Depuis que le POI a soutenu l’ancien socialiste à la présidentielle, ses soutiens ont conforté leur présence parmi les militants. Après les législatives, Camille, en Seine-Saint-Denis depuis vingt ans, a vu débarquer avec surprise une sympathisante du POI, le journal du parti, Informations ouvrières, sous le bras. *« Elle essayait de placer sa came »*, rembobine-t-il. Au départ, il ne porte pas grande attention à la nouvelle venue. Depuis, il soupçonne le groupuscule d’être là *« pour faire remonter des infos »* et ne souhaite plus que *« la camarade »* participe aux réunions. Dans les Pyrénées-Atlantiques, plusieurs lambertistes siègent désormais dans les boucles départementales, tout comme dans le Maine-et-Loire. Leur présence est source de frictions sur *« l’orientation des décisions politiques, des actions… »*, relate un animateur d’un groupe d’action autour de Pau, qui ne connaissait pas il y a un an la discrète formation politique.

    **Les « fichés du POI »**

    Parfois, l’entrisme est assumé. Dans l’Ouest, une « insoumise » s’est vu dire par un camarade du POI : *« La France insoumise n’est pas structurée, nous, on va apporter la structure qui vous manque. »* Jérôme Legavre, député LFI militant au POI, l’admettait volontiers au Monde en mars : *« Depuis 2017, on est totalement et de plain-pied au côté des militants de LFI, on participe aux groupes d’action et en même temps on a nos propres instances. »*

    A Poitiers, épicentre des crispations, plusieurs militants vus comme proches du POI ont candidaté aux postes ouverts au niveau départemental, relève Aladin Lévêque, coanimateur d’un groupe local. Dans la Vienne toujours, Axel Maignan a été tiré au sort pour représenter les « insoumis » à Paris, pour l’assemblée du 17 juin. Le 26 mars, ce jeune diplômé en science politique était assis au premier rang lors de l’assemblée du POI. *« J’étais effectivement à cette assemblée parce qu’on m’y a invité, en particulier pour y voir le discours de Mélenchon »*, explique-t-il. Et d’ajouter : *« Je ne suis pas militant du POI, je n’y ai pas ma carte. Les camarades du POI sont actifs, c’est normal qu’on travaille avec eux. »*

    Pendant l’affaire Quatennens, les lambertistes ont été les premiers à défendre le député du Nord, en premier lieu dans Informations ouvrières. « Un des nôtres est vilipendé », avait titré le numéro du 22 septembre. De quoi alimenter un schisme, des départs et une analyse : le POI est un *« très bon outil pour serrer la vis »* quand la ligne de la direction est contestée, comme le relève une élue locale. Des militants en ont fait l’expérience, au point de quitter LFI. A Poitiers, Christelle Roy faisait partie des *« fichés du POI »*, comme s’appellent entre eux ces « insoumis » qui ont découvert dans cette liste des photos d’eux, parfois avec leurs enfants.

    Cheffe de file pour la première circonscription de la Vienne, elle animait un groupe d’action nommé Militer dans la joie. *« Ce nom, c’était un tacle, ils sont tellement mortifères dans leur militantisme… »*, se souvient-elle, en évoquant ses anciens camarades lambertistes, qui n’ont cessé, dit-elle, de lui mettre *« des bâtons dans les roues »* quand elle aurait pu être candidate aux législatives. En décembre 2022, elle avait été tirée au sort pour représenter son département à Paris à l’assemblée du mouvement. *« Pour moi, c’était l’occasion de parler de Quatennens, et en fait c’est complètement passé à travers… »*, dit-elle. Elle comprend alors que du député du Nord il ne sera pas question, quitte le mouvement et dissout son groupe quelques semaines plus tard, sans que personne au siège ne cherche à la retenir.

  2. L’incompétence de LFI ne peux être innocente.

    On est sans doute sur des accélérationiste sous Taqîya.

    Un gauchisme réformisme pourrait “fonctionner” et donc réduire les véléitées révolutionnaires des classes populaires.

    En phagocytant la plage à gauche (le PS et le PCF) ils ne laissent aucune alternative.

    C’est soit ça soit de l’incompétence boursouflé d’un haut commissaire catapulté en nouvelle Polynésie. (l’amiral alcoolique étant bien entendu Fabien Roussel).

  3. J’ai trouvé cet article édifiant. Je m’attendais à une énième redite de trucs qu’on a déjà lus, mais les infos sur l’instrumentalisation du POI (ce sont pas eux les pro-Russes qui collent des affiches avec “OTAN hors d’Ukraine” d’ailleurs ?) Comme espèce de service d’ordre de LFI sont fascinantes.

  4. La chronique hebdomadaire contractuelle de lfi-bashing de tous les torchons de milliardaires, avec la photo de meluche la gueule ouverte obligatoire. Qu’est ce que ça doit être pénible de produire de la merde à la chaîne pour bernard arnault.

  5. >Les militants trotskistes se repèrent d’abord entre eux. Ironie de l’histoire, les courants qui s’étaient divisés en 1952 au sein de la IVe Internationale entre lambertistes et pablistes se retrouvent désormais face à face, à l’intérieur de LFI.

    Quelqu’un pour m’expliquer les divergences entre ces courants de pensée ?

  6. J’ai l’impression que ça fait presque 20 ans qu’après chaque election c’est la même.

    Mélenchon plait à gauche, il rassemble du monde, puis il ya des divergences de point de vue (saine dans un parti politique) et un grand coup de ménage pour avoir des instances qui suivent la ligne majo.

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