# Dissolution des Soulèvements de la Terre : les nouveaux griefs du gouvernement
Jeudi, le ministère de l’intérieur a notifié aux animateurs du collectif écologiste des « éléments complémentaires », dont Mediapart a pris connaissance, justifiant « le maintien du projet de dissolution » repoussé depuis plusieurs semaines. La décision pourrait intervenir dès mercredi prochain.
Les appels, les manifestations, les messages de soutien si nombreux aux Soulèvement de la Terre n’auront donc pas suffi. Le poids du lobby de l’agro-industrie aura pesé plus lourd.
Jeudi 15 juin, le ministère de l’intérieur a adressé un nouveau courrier à deux des animateurs du collectif. Dans cette lettre de trois pages, dont Mediapart a pris connaissance, la directrice des libertés publiques et des affaires juridiques du ministère, Pascale Léglise, détaille les *« éléments complémentaires »* qui justifient, à ses yeux, le « *maintien du projet »* de dissolution.
Les intéressés ont jusqu’à lundi soir pour répondre et tenter d’infléchir la décision. Dans le cas contraire, le gouvernement peut prononcer la dissolution dès le mercredi 21 juin, en conseil des ministres.
Après une première *« lettre de griefs »* datée du 29 mars, à laquelle les avocats des Soulèvements de la Terre, Raphaël Kempf et Aïnoha Pascual, avaient répondu point par point, le gouvernement semblait avoir renoncé à une dissolution qui suscitait une levée de boucliers. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont signé l’appel *« Nous sommes les Soulèvements de la Terre »*, tandis que des personnalités publiques et de nombreuses associations ont ouvertement pris position pour défendre le collectif.
Dans le courrier du 15 juin, le principal argument avancé par le ministère de l’intérieur reste le même : les Soulèvements de la Terre se rendraient coupables de *« provocation à des agissements violents »*, un motif permettant la dissolution administrative de ce « groupement de fait ».
Le nouveau courrier actualise toutefois les griefs adressés aux Soulèvements de la Terre en tirant argument de mobilisations récentes. Le collectif *« a persisté à appeler à des actions de contestation, qui se sont à nouveau traduites par des agissements violents »*, déplore le ministère de l’intérieur, évoquant surtout les manifestations des 10 et 11 juin, en Loire-Atlantique, lors desquelles du muguet a été arraché dans une grosse exploitation et remplacé par d’autres plantations, tandis que les serres d’une coopérative maraîchère ont été dégradées avec des tags inscrits sur place.
Par ces actions, les Soulèvements de la Terre entendaient viser l’agro-industrie de la périphérie nantaise, et notamment la production de la mâche, objet d’une culture particulièrement intensive. Cette salade a besoin de terres sableuses pour se développer, au point de représenter un débouché important pour la carrière GSM de Saint-Colomban, visée par les militant·es les 10 et 11 juin. C’est cette forme d’*« accaparement »* industriel des sols qu’ils ont voulu dénoncer. Ainsi que les produits particulièrement toxiques utilisés pour faire pousser la fameuse salade nantaise : la société Primaloire a été condamnée pour blessures involontaires et utilisation inappropriée de métam‐sodium, un pesticide très volatil qui a causé l’intoxication de plusieurs dizaines de personnes en 2018, avant son interdiction. Elle fait aujourd’hui partie de la puissante fédération des Maraîchers nantais qui n’a pas ménagé ses efforts pour dire toute son indignation après le passage des militant·es.
Quant à la société Vinet, dont le muguet a été arraché et remplacé par du sarrasin bio, c’est l’une des plus grosses entreprises maraîchères du territoire, condamnée pour le non-respect de règles environnementales. Une cinquantaine de paysannes et paysans ont [revendiqué leur participation](https://lessoulevementsdelaterre.org/blog/resistance-paysanne-au-maraichage-industriel) à cette action au nom du refus de l’agribusiness. Organisée à l’initiative de paysan·nes et d’habitant·es de la région nantaise, ce *« convoi du sable »* est représentatif du fonctionnement des Soulèvements de la Terre : amplifier, et peut-être radicaliser par ses modes d’action, une lutte locale.
## « On n’humilie pas les agriculteurs qui nous nourrissent »
Cette action a suscité de nombreuses réactions politiques, notamment chez les élus locaux. Mercredi, la sénatrice LR de Loire-Atlantique Laurence Garnier a été la première à monter au créneau lors des questions au gouvernement, en demandant à la première ministre la dissolution du mouvement, ainsi qu’au ministre de l’intérieur *« la suspension de leurs fonctions »* des élus ayant participé à la manifestation du 11 juin. Le porte-parole du gouvernement Olivier Véran lui a répondu que la dissolution interviendrait prochainement. *« Quand on veut militer pour le climat, on n’arrache pas des salades ou du muguet*, a déclaré le ministre. *Quand on veut militer pour la Terre, on ne harcèle pas et on n’humilie pas les agriculteurs qui nous nourrissent. »*
Mais l’annonce d’une prochaine dissolution n’a pas satisfait la FNSEA. Dès jeudi, Arnaud Rousseau, le nouveau président du syndicat agricole, [interrogé par *Le Point*](https://www.lepoint.fr/environnement/violences-contre-des-maraichers-l-impunite-conduit-a-la-guerre-civile-15-06-2023-2524651_1927.php), s’est insurgé : *« Ce sont pour l’instant des discours et nous voulons des actes. »* Le syndicaliste a annoncé avoir pris rendez-vous avec Gérald Darmanin et a suggéré que des mesures musclées, voire illégales, soient prises. *« Si l’on n’est pas capables de dissoudre ce mouvement, comment expliquer qu’on ne puisse pas intervenir sur leurs moyens de communication, sur ces innombrables appels à “assécher” les cibles qu’ils désignent nommément ? Ne peut-on pas couper leur site internet ? Les réponses de l’État sont imprécises et timorées »*, a-t-il déclaré au *Point.*
Dramatisant à l’excès les faits survenus sur les exploitations maraîchères, le 11 juin, Arnaud Rousseau juge que *« l’impunité est totale »*, et *« va conduire tout le monde à la guerre civile »*. Il a déploré que les forces de l’ordre ne soient pas intervenues lors de la dégradation des serres, et il a brandi la menace d’une réponse incontrôlée de la base. *« La FNSEA, en responsabilité, appelle tout le monde au calme et à la retenue. Mais je suis obligé d’ajouter que je ne suis pas sûr de tenir longtemps mes troupes. »* *« Un incident peut arriver »*, a-t-il encore averti. Mediapart a tenté de le joindre, sans succès, vendredi.
On rigole pas avec les Maraichers Nantais.
Je suis membre des soulèvements de la terre, et ils peuvent dissoudre, menacer, surveiller, emprisonner, violenter, assassiner, tous les écologistes et scientifiques de france, ça ne changera rien à la réalité de la crise écologique, et de notre détermination à essayer de préserver la vie sur terre.
Ils pètent une assoc en 6 mois il en apparaîtra 10 autres en deux jours.
Beaucoup de brigading sur ce thread. Le lien doit tourner sur les plateformes de ces Bouvard et Pécuchet de l”écologie …
Dans le complément d’enquête sur Sainte-Soline, on y voit un membre des soulèvements de la terre organiser les cortèges en direction des fdo pour les déborder et ensuite détruire le chantier.
Pourquoi n’y a t’il pas eu de poursuites judiciaires ?
Pour une simple rave party, les organisateurs peuvent être condamnés lorsqu’ils sont identifiés. Là il s’agit d’une manifestation considérée illégale, qui a conduit à des affrontements violents, dans le but délibéré de détruire un chantier.
Bon débarras. Ce sont des activistes violents qui desservent les causes qui prétendent défendre.
Ils ne sont la que pour venir découdre avec les forces de l’ordre.
Que ce soit saintes solines (ou les associations locales avaient été consultées) ou le tunnel ferroviaire (mais putain, protester contre le rail qui peut remplacer la bagnole…), ce groupuscule est systématiquement à côté de la plaque.
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# Dissolution des Soulèvements de la Terre : les nouveaux griefs du gouvernement
Jeudi, le ministère de l’intérieur a notifié aux animateurs du collectif écologiste des « éléments complémentaires », dont Mediapart a pris connaissance, justifiant « le maintien du projet de dissolution » repoussé depuis plusieurs semaines. La décision pourrait intervenir dès mercredi prochain.
Les appels, les manifestations, les messages de soutien si nombreux aux Soulèvement de la Terre n’auront donc pas suffi. Le poids du lobby de l’agro-industrie aura pesé plus lourd.
Deux mois et demi après la manifestation de Sainte-Soline et à la veille d’une nouvelle mobilisation écologiste contre le projet de tunnel ferroviaire Lyon-Turin ([interdite par arrêté préfectoral](https://www.mediapart.fr/journal/france/160623/lyon-turin-le-prefet-interdit-les-mobilisations-du-week-end)), le gouvernement vient de réitérer sa volonté de dissoudre les Soulèvements de la Terre.
Jeudi 15 juin, le ministère de l’intérieur a adressé un nouveau courrier à deux des animateurs du collectif. Dans cette lettre de trois pages, dont Mediapart a pris connaissance, la directrice des libertés publiques et des affaires juridiques du ministère, Pascale Léglise, détaille les *« éléments complémentaires »* qui justifient, à ses yeux, le « *maintien du projet »* de dissolution.
Les intéressés ont jusqu’à lundi soir pour répondre et tenter d’infléchir la décision. Dans le cas contraire, le gouvernement peut prononcer la dissolution dès le mercredi 21 juin, en conseil des ministres.
Après une première *« lettre de griefs »* datée du 29 mars, à laquelle les avocats des Soulèvements de la Terre, Raphaël Kempf et Aïnoha Pascual, avaient répondu point par point, le gouvernement semblait avoir renoncé à une dissolution qui suscitait une levée de boucliers. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont signé l’appel *« Nous sommes les Soulèvements de la Terre »*, tandis que des personnalités publiques et de nombreuses associations ont ouvertement pris position pour défendre le collectif.
Au gré des deux derniers mois, quelques articles de presse ont évoqué tantôt [des *« difficultés juridiques »*](https://rmc.bfmtv.com/actualites/politique/pourquoi-le-gouvernement-a-tant-de-difficultes-a-dissoudre-les-soulevements-de-la-terre_AN-202306160054.html) – il n’est pas aisé de prouver que des violences ou des dégradations commises en manifestation seraient attribuables aux Soulèvements de la Terre –, tantôt [des tensions au sein de l’exécutif](https://www.lesechos.fr/politique-societe/gouvernement/emmanuel-macron-pousse-a-la-dissolution-des-soulevements-de-la-terre-1952258) – Emmanuel Macron, Gérald Darmanin et Marc Fesneau seraient pour la dissolution, Élisabeth Borne moins convaincue.
Dans le courrier du 15 juin, le principal argument avancé par le ministère de l’intérieur reste le même : les Soulèvements de la Terre se rendraient coupables de *« provocation à des agissements violents »*, un motif permettant la dissolution administrative de ce « groupement de fait ».
Le nouveau courrier actualise toutefois les griefs adressés aux Soulèvements de la Terre en tirant argument de mobilisations récentes. Le collectif *« a persisté à appeler à des actions de contestation, qui se sont à nouveau traduites par des agissements violents »*, déplore le ministère de l’intérieur, évoquant surtout les manifestations des 10 et 11 juin, en Loire-Atlantique, lors desquelles du muguet a été arraché dans une grosse exploitation et remplacé par d’autres plantations, tandis que les serres d’une coopérative maraîchère ont été dégradées avec des tags inscrits sur place.
Par ces actions, les Soulèvements de la Terre entendaient viser l’agro-industrie de la périphérie nantaise, et notamment la production de la mâche, objet d’une culture particulièrement intensive. Cette salade a besoin de terres sableuses pour se développer, au point de représenter un débouché important pour la carrière GSM de Saint-Colomban, visée par les militant·es les 10 et 11 juin. C’est cette forme d’*« accaparement »* industriel des sols qu’ils ont voulu dénoncer. Ainsi que les produits particulièrement toxiques utilisés pour faire pousser la fameuse salade nantaise : la société Primaloire a été condamnée pour blessures involontaires et utilisation inappropriée de métam‐sodium, un pesticide très volatil qui a causé l’intoxication de plusieurs dizaines de personnes en 2018, avant son interdiction. Elle fait aujourd’hui partie de la puissante fédération des Maraîchers nantais qui n’a pas ménagé ses efforts pour dire toute son indignation après le passage des militant·es.
Quant à la société Vinet, dont le muguet a été arraché et remplacé par du sarrasin bio, c’est l’une des plus grosses entreprises maraîchères du territoire, condamnée pour le non-respect de règles environnementales. Une cinquantaine de paysannes et paysans ont [revendiqué leur participation](https://lessoulevementsdelaterre.org/blog/resistance-paysanne-au-maraichage-industriel) à cette action au nom du refus de l’agribusiness. Organisée à l’initiative de paysan·nes et d’habitant·es de la région nantaise, ce *« convoi du sable »* est représentatif du fonctionnement des Soulèvements de la Terre : amplifier, et peut-être radicaliser par ses modes d’action, une lutte locale.
## « On n’humilie pas les agriculteurs qui nous nourrissent »
Cette action a suscité de nombreuses réactions politiques, notamment chez les élus locaux. Mercredi, la sénatrice LR de Loire-Atlantique Laurence Garnier a été la première à monter au créneau lors des questions au gouvernement, en demandant à la première ministre la dissolution du mouvement, ainsi qu’au ministre de l’intérieur *« la suspension de leurs fonctions »* des élus ayant participé à la manifestation du 11 juin. Le porte-parole du gouvernement Olivier Véran lui a répondu que la dissolution interviendrait prochainement. *« Quand on veut militer pour le climat, on n’arrache pas des salades ou du muguet*, a déclaré le ministre. *Quand on veut militer pour la Terre, on ne harcèle pas et on n’humilie pas les agriculteurs qui nous nourrissent. »*
Mais l’annonce d’une prochaine dissolution n’a pas satisfait la FNSEA. Dès jeudi, Arnaud Rousseau, le nouveau président du syndicat agricole, [interrogé par *Le Point*](https://www.lepoint.fr/environnement/violences-contre-des-maraichers-l-impunite-conduit-a-la-guerre-civile-15-06-2023-2524651_1927.php), s’est insurgé : *« Ce sont pour l’instant des discours et nous voulons des actes. »* Le syndicaliste a annoncé avoir pris rendez-vous avec Gérald Darmanin et a suggéré que des mesures musclées, voire illégales, soient prises. *« Si l’on n’est pas capables de dissoudre ce mouvement, comment expliquer qu’on ne puisse pas intervenir sur leurs moyens de communication, sur ces innombrables appels à “assécher” les cibles qu’ils désignent nommément ? Ne peut-on pas couper leur site internet ? Les réponses de l’État sont imprécises et timorées »*, a-t-il déclaré au *Point.*
Dramatisant à l’excès les faits survenus sur les exploitations maraîchères, le 11 juin, Arnaud Rousseau juge que *« l’impunité est totale »*, et *« va conduire tout le monde à la guerre civile »*. Il a déploré que les forces de l’ordre ne soient pas intervenues lors de la dégradation des serres, et il a brandi la menace d’une réponse incontrôlée de la base. *« La FNSEA, en responsabilité, appelle tout le monde au calme et à la retenue. Mais je suis obligé d’ajouter que je ne suis pas sûr de tenir longtemps mes troupes. »* *« Un incident peut arriver »*, a-t-il encore averti. Mediapart a tenté de le joindre, sans succès, vendredi.
On rigole pas avec les Maraichers Nantais.
Je suis membre des soulèvements de la terre, et ils peuvent dissoudre, menacer, surveiller, emprisonner, violenter, assassiner, tous les écologistes et scientifiques de france, ça ne changera rien à la réalité de la crise écologique, et de notre détermination à essayer de préserver la vie sur terre.
Ils pètent une assoc en 6 mois il en apparaîtra 10 autres en deux jours.
Beaucoup de brigading sur ce thread. Le lien doit tourner sur les plateformes de ces Bouvard et Pécuchet de l”écologie …
Dans le complément d’enquête sur Sainte-Soline, on y voit un membre des soulèvements de la terre organiser les cortèges en direction des fdo pour les déborder et ensuite détruire le chantier.
Pourquoi n’y a t’il pas eu de poursuites judiciaires ?
Pour une simple rave party, les organisateurs peuvent être condamnés lorsqu’ils sont identifiés. Là il s’agit d’une manifestation considérée illégale, qui a conduit à des affrontements violents, dans le but délibéré de détruire un chantier.
Bon débarras. Ce sont des activistes violents qui desservent les causes qui prétendent défendre.
Ils ne sont la que pour venir découdre avec les forces de l’ordre.
Que ce soit saintes solines (ou les associations locales avaient été consultées) ou le tunnel ferroviaire (mais putain, protester contre le rail qui peut remplacer la bagnole…), ce groupuscule est systématiquement à côté de la plaque.