Lyon-Turin : les travaux bravent l’interdiction de creuser sur 16 sites d’eau potable

5 comments
  1. # Lyon-Turin : les travaux bravent l’interdiction de creuser sur 16 sites d’eau potable

    Le projet de tunnel ferroviaire à travers les Alpes impacte des zones de protection de sources d’eau potable, d’après des informations de Mediapart. Il est pourtant interdit, dans ces périmètres, de creuser ou d’utiliser des explosifs. « C’est illégal », clament les opposants, tandis que le gouvernement et le constructeur assurent respecter la loi.  

    [Jade Lindgaard](https://www.mediapart.fr/biographie/jade-lindgaard) et Simon Toupet, 16 juin 2023 à 16h53

    Dans la famille des grands projets d’aménagement, le Lyon-Turin est un peu l’hydre de la mythologie grecque. Coûts, destructions environnementales, pollutions, répression, opacité, bilan carbone… : les problèmes sont multiples, effrayants et agitent tous leur tête en même temps. 

    Un rassemblement contre l’infrastructure est prévu ce week-end en vallée de Maurienne (Savoie), à l’appel de plusieurs associations, syndicats, et des Soulèvements de la Terre. Alors que la préfecture l’a interdit, [jeudi 15 juin](https://www.mediapart.fr/journal/france/160623/hold-karl-et-jade-un-week-end-de-mobilisation-contre-le-lyon-turin-interdit-en-savoie), par crainte d’intrusions sur les chantiers, les organisateurs ont annoncé maintenir la manifestation, où plusieurs milliers de personnes sont attendues – et au moins 2 000 membres des forces de l’ordre.

    Dans [une actualité de sécheresse](https://www.mediapart.fr/journal/international/130623/climat-le-rechauffement-s-accelere-l-inaction-perdure) et de bas niveau des nappes phréatiques, un sujet de préoccupation promet de grossir plus que les autres : l’impact du chantier sur les ressources en eau de la vallée de la Maurienne. Le tunnel ferroviaire ne se contentera pas de fendre les Alpes sur 57,5 km entre Saint-Jean-de-Maurienne et le val de Suse, en Italie. Il traversera aussi les bassins d’approvisionnement en eau potable de 4 400 habitant·es.

    Au total, seize sites de prélèvement d’eau (« captages ») se trouvent dans des périmètres de protection localisés sur le tracé de la future infrastructure. Or [ces zones](https://sigessn.brgm.fr/spip.php?article83) servent à protéger les sources d’eau contre les risques de pollution. Certaines activités y sont ainsi interdites par arrêté préfectoral : excavations de sols, constructions sans lien avec le réseau public d’eau potable, forages, ouvertures de galeries souterraines, dépôts, tirs de mines et emplois d’explosifs. 

    Or, pour creuser un énorme tunnel dans la montagne, il faut des machines, des camions, des produits chimiques. Il faut surtout excaver la roche, parfois en faisant exploser les obstacles. *« Dès lors que c’est attentatoire à la ressource en eau, c’est illégal*, analyse Zehor Durand, avocate de Vivre et agir en Maurienne (VAM) et de La France insoumise (LFI). *Les études hydrologiques montrent une incidence probable du creusement de tunnel sur le tarissement des sources. Cette eau potable, cristalline, va subir des perturbations irréversibles. On n’est pas loin d’un écocide. »* Les communes concernées sont : Avrieux, Bramans, Modane, Orelle et Saint-André, comme indiqué sur notre carte ci-dessous.

    C’est l’association [Vivre et agir en Maurienne](https://vamaurienne.ovh/) qui a découvert le problème et saisi une [instance déontologique](https://www.alerte-sante-environnement-deontologie.fr/deontologie-et-alertes-en-sante-publique-et-environnement/la-commission/article/la-commission) dédiée aux signalements de la société civile sur les menaces écologiques : la Commission nationale déontologie et alertes en santé publique et environnement (cnDAspe).

    Celle-ci a écrit au ministère des transports, chargé du dossier, il y a un an et demi pour lui transmettre l’alerte. Une lettre restée sans réponse, malgré une relance sept mois plus tard. La commission *« n’a pas la capacité d’enjoindre aux administrations de lui répondre ou d’agir »*, répond-elle au collectif, déconfite, en avril dernier. Sa conclusion sort de l’ordinaire : *« Il revient aux lanceurs d’alerte, s’ils le jugent opportun, de s’appuyer sur cette information pour agir en direction des médias. »*

    Interrogé sur ce silence, le cabinet du ministre des transports, Clément Beaune, nous apprend qu’*« une réponse exhaustive et comprenant les dernières mesures intégrées sera apportée à l’alerte de la cnDAspe une fois l’instruction par les services de l’État des suites à donner »* à un rapport du Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM) sur le réseau de suivi de la ressource hydrique – rendu en novembre 2021.

    D’ici là et sans attendre, Mediapart s’est saisi de l’invitation de la cnDAspe et a collecté des informations qui n’avaient jamais été expliquées au grand public. Cela nous a permis de créer une carte schématisée dévoilant la localisation des captages d’eau potable sur le tracé du Lyon-Turin (vous pouvez agrandir la carte et zoomer sur ses détails en cliquant dessus).

    On y voit les cinq communes concernées par l’impact sur leur alimentation en eau potable. Pour Philippe Delhomme, coprésident de VAM, *« c’est un risque grave »*.

    Les premiers chantiers liés au Lyon-Turin ont démarré il y a plus de vingt ans. Le village de Villarodin-Bourget, avec ses 536 habitant·e·s, a déjà vu plusieurs de ses sources *« soit complètement se tarir, soit avoir un débit diminué »*, explique celui qui en est adjoint au maire. Il se souvient de ce jour de novembre 2002 où *« les sources qui alimentaient la fontaine du village se sont taries, comme dans* Manon des sources *»*, le célèbre roman de Marcel Pagnol. Au même moment, le constructeur du Lyon-Turin perçait une galerie à 60 mètres sous le village. *« Ça a modifié le tracé des sources. Impossible de les remettre en route. C’est irréversible. »*

  2. voilà un rapport brgm qui sera étrangement moins cité que d’autres /s
    Je vais limite retourner sur Twitter voir si la brochette habituelle est toujours à la pointe de la science hydrogéologique

    À savoir que le drainage n’est pas une fatalité, s’il y a de l’argent supplémentaire et du temps / ingénierie mis dans des contre drainages et autres astuces.

Leave a Reply